Le Vodou Haïtien: Origine et croyances


Entretien avec l’Ati Max Beauvoir, hougan, chimiste de formation et chef suprême du vodou en Haïti qui présente « Lapriyè Ginen » et « Le Grand Recueil Sacré, ou Répertoire des chansons du vodou haïtien » à « Kiskeya, l’île mystérieuse », une émission hebdomadaire culturelle animée par Marie-Alice Théard depuis juin 2011 sur Canal Bleu (chaînes 38 et 89) en Haïti.

Le Vodou Haïtien: Origine et croyances

Le mot « Vodou » vient du language parlé par les communautés Fon du Dahomey. Né dans la clandestinité et, dans sa prime enfance, religion des esclaves noirs importés d’Afrique, le vodou intégra des éléments des religions africaines avec le culte des saints dans la religion catholique.

Le vodou joua un rôle primordial dans le combat quotidien que menait l’esclave transplanté d’Afrique pour conserver non seulement sa santé mentale dans un système, à tous les égards, déshumanisant, mais aussi et surtout pour rester connecter avec sa terre ancestrale. Sa pratique considérée subversive par le colon, devrait donc se faire dans la clandestinité. Plus tard, il devint le catalyseur dans l’organisation des révoltes contre les Français. Les historiens reconnaissent que la cérémonie du Bois-Caïman dans la nuit du 21 au 22 Août 1791 marqua le début de l’insurrection des esclaves de Saint-Domingue.

De cette époque jusqu’au mois d’avril 2003 quand un arrêté du gouvernement de Jean-Bertrand Aristide le déclara « religion à part entière », le vodou ne jouissait d’aucune reconnaissance légale. Plusieurs gouvernements ont essayé d’interdire sa pratique, y compris l’administration de Toussaint Louverture (Voir: 4 janvier 1800).

Il fut l’objet de persécutions ouvertes et officielles pendant la fameuse campagne anti-superstitieuse sous le gouvernement d’Elie Lescot, ou sournoises après la chute du gouvernement de Jean-Claude Duvalier et, sur une base presque quotidienne, par des ministres des cultes reformés. En 2011, les vodouisant, dans certaines régions, furent accusés d’être les agents de propagation du choléra. Certains furent assassinés par des ignorants. [Pendant que L’Université Yale affirme dans une étude que les Casques bleus népalais venus aider en Haïti ont apporté du Népal la source du choléra qui fait rage au pays encore aujourd’hui.]

Pendant l’occupation américaine, la machine de propagande de l’occupant fit du vodou un « obstacle à la civilisation » et un champ où s’épanouit le démon (1); une thèse qui sera reprise par Pierre Pluchon presqu’à la fin du 20è siècle, en y ajoutant l’élément perversion (2).

N’empêche que les vodouisants n’avaient cure de ces dangers ou des critiques, et continuaient de pratiquer leur culte en privé ou publiquement dans leurs woufò, les lieux sacrés et lors des fêtes propres. Alors que d’autres, pratiquants ou non, le célébraient à travers des expressions culturelles comme les danses folkloriques, la musique dite « racine ». Certains gouvernements l’utilisaient même à des fins purement politiques.

Pendant cette même période et tout au cours du 20è siècle, le vodou fut l’objet d’études ethnographiques très avancées, certaines décrivant un système théologique extrêmement complexe. Les arguments et les recherches des académiciens ne changérent pourtant pas la perception de ses détracteurs.

L’arrêté du 4 Avril ne vint donc qu’entériner cette pratique religieuse, jusque là clandestine, en la plaçant sous la protection des lois et institutions du pays au même titre que toutes les autres religions.

Notes:

  1. Voir le livre de William Buehler Seabrook, Voodoo Island : first eye-witness account of the secret rites of Voodoo (New York : Lancer Books, [©1929]) traduit plus tard en français sous le titre de Ile magique (Paris : Firmin-Didot, 1929).
  2. Pluchon, Pierre. Vaudou, sorciers, empoisonneurs : de Saint-Domingue à Haïti. Paris : Karthala, 1987.

Source : Haïti – Référence 

touraine-21

L’Ati Max Beauvoir, hougan, chimiste de formation et chef suprême du vodou en Haïti

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