Haïti ou le risque d’un séisme politique


Cinq ans depuis le tremblement de terre dévastateur qui a secoué Haïti, le pays est toujours à la dérive. Le premier ministre Laurent Lamothe est parti. L’opposant et ex-journaliste Evans Paul est en passe de lui succéder.

Personnalité célèbre du paysage politique, Evans Paul est présenté comme un citoyen au-dessus des clivages. C’est la dernière tentative du pouvoir pour calmer les tensions, un pouvoir qui cherche à désamorcer une crise en raison de législatives trop longtemps retardées.

Parlant d’élections, qu’en est-il réellement ? Elles devaient avoir lieu au cours de l’année 2013 pour renouveler le tiers du Sénat de façon à maintenir fonctionnel le Parlement en 2014. Pratiquement tout le monde sait que la politique n’est pas une science exacte, surtout en Haïti. Aujourd’hui nous sommes en 2015, et les machinations politiques nous portent à croire que le pouvoir en place joue très mal le jeu s’il s’obstine à ne pas organiser d’élections.

Sans élection, pas de démocratie, et l’État s’affaiblit lui-même. Dans une démocratie bicéphale comme celle en application en Haïti, le Parlement est l’arbitre qui joue un rôle régulateur sur l’exécutif. Le 12 janvier 2015 est une date fatidique qui marquera la fin du mandat du 2e tiers du Sénat et le départ de la Chambre des députés. Cette date coïncide avec le 5e anniversaire du tremblement de terre du 12 janvier 2010. La législature une fois dissoute, Martelly pourra se donner le droit de gouverner par décrets. Risque de séisme politique ?

Sans Parlement, le pays ne tardera pas de connaître une crise majeure comme celle de 2004. Le président Michel Martelly pourra en maître et seigneur agir comme bon lui semble, voire même procéder à l’amendement frauduleux de la Constitution 1987, sans avoir de compte à rendre à personne.

L’ancien dictateur Duvalier, très choyé avant sa mort par Martelly, qui d’ailleurs a tenté de lui rendre hommage par des funérailles nationales, serait certainement amusé de le voir créer sans trop grandes difficultés une nouvelle dictature. Des partis de l’opposition organisent régulièrement des manifestations antigouvernementales pour exiger la démission du président Martelly, afin d’éviter le pire. «Si le Parlement est caduc, Martelly partira aussi», menace le président du Sénat Dieuseul Simon Desras.

La non-tenue des élections législatives fera état de la grande faiblesse de l’État et de l’incompétence de l’équipe au pouvoir. Elle traduit également une absence de programme politique que beaucoup de secteurs avaient dénoncée au départ et une plus grave violation de la Constitution. Cette situation annonce une tournure négative pour les citoyens haïtiens, et doit être prise en considération par la communauté internationale.

Les difficultés à faire atterrir les promesses électorales, les décisions politiques inadéquates qui se sont suivies durant les années de l’actuel gouvernement nous montrent clairement que l’expertise est bien absente. Le président ne fredonne plus à mi-voix, maintenant, il tâtonne. Premier ministre sur premier ministre et des remaniements ministériels fréquents en sont les preuves tangibles que ce gouvernement a échoué. Le défaut réel est de mettre en œuvre un projet élaboré de développement durable ou d’en d’inventer un.

En fin de compte, la compétence importe peu. Tout ce qui compte réellement, c’est le fait de s’allier des hommes qui peuvent entrer dans la danse et esquisser les pas élégamment dans un laps de temps d’apprentissage. Sitôt initié dans la bande, et une fois qu’on a les prérogatives on oublie impérativement le petit peuple.

Dommage que ceux qui ont vraiment les compétences et les expertises nécessaires pour conduire la barque tardent à se faire entendre. Les gens en ont marre des politicards: des professionnels de la politique, des politiciens manœuvriers, sans scrupules. Depuis trop longtemps, les hommes qu’il faut ne sont jamais à la place qu’il faut en Haïti. Ce pays a tout pour redémarrer, sauf des politiciens qui aient une vision et un réel souci du peuple. Je pense que les Haïtiens méritent mieux.

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