La démocratie politique haïtienne, du bipartisme au multipartisme


La démocratie haïtienne est née le 27 décembre 1806, avec la nouvelle constitution d’Alexandre Pétion et de Jean-Pierre Boyer, la troisième à l’Assemblée constitutionnelle.¹ Elle fut la première à lancer les bases d’une société dans laquelle le peuple devait exercer sa souveraineté.² Cette démocratie s’est enrichie en 1876 du bipartisme,³ suite à une polarisation régionaliste Nord et Sud. Du bipartisme politique haïtien, on relevait les partis Libéral et National. La structuration de ces deux partis politiques et leur intégration dans la réalité sociopolitique étaient de faciliter le développement social et économique du pays.

Le parti Libéral et républicain était composé d’industriels. Ce parti était favorable à une limitation du pouvoir dans le temps et dans l’espace. Il avait pour devise le pouvoir au plus capable et croyait que le développement d’Haïti devait passer avant tout par l’industrialisation. Pour ce parti, on n’ira nulle part si le peuple ne peut produire par exemple, ses propres souliers et ses propres chemises. Son esprit républicain rejetait les mandats à vie qui ont fortement marqué le pays depuis 1804. Il entendait détenir le monopole du commerce extérieur et souhaitait que les directives économiques et financières fussent endogènes et non exogènes, tout en promouvant le développement industriel.

De son côté, le parti National aussi républicain, mais légaliste et agricole avait pour devise le plus grand bien, au plus grand nombre. Ce parti croyait que seule l’agriculture pouvait conduire, Haïti «essentiellement agricole», au chemin du développement. Il réclamait une limitation spatio-temporelle du pouvoir et n’était pas favorable à l’ingérence étrangère dans les affaires économiques et financières du pays. Le parti National revendiquait le règne de la loi, le respect sacro-saint des prescrits juridiques de la constitution et le développement de l’agriculture pour répondre aux multiples besoins des Haïtiens. L’historien Dantès Bellegarde, dans L’histoire du peuple haïtien[4], écrit :

Un programme politique ne vaut en Haïti que par l’homme qui le propose. Le plus souvent, on n’en demande pas au chef de parti ses idées : son nom suffit ou la couleur de sa peau, ou le lieu de sa naissance.

Mais si l’on souhaite adapter leurs stratégies à la réalité d’aujourd’hui. Par une étude comparative des partis Libéral et National, on pourrait estimer l’option libérale plus rationnelle, plus efficace et même efficiente ; étant donné que les transformations sociales, techniques et économiques du présent sont des variables dépendantes de l’industrialisation.

Le multipartisme

Suite au départ de Jean-Claude Duvalier pour la France le 7 février 1986, on a assisté à une prolifération de partis politiques en Haïti. Le pays est passé du bipartisme qui a précédé les périodes de grandes instabilités politiques, (la grande lutte de Boyer pour la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti, la difficulté de construction de l’unité nationale, l’occupation américaine et la dictature des Duvalier) au multipartisme. Profitant du climat de «bamboche démocratique» décrété par le Conseil National de gouvernement, le CNG d’Henri Namphy, plusieurs Haïtiens présents à la capitale ou venant de la diaspora s’improvisent carrément en leaders politiques. Le refrain à l’honneur était: changement, démocratie et Haïti libérée. Profitant d’une ère d’attentisme politique, de populisme et d’opportunisme, plusieurs leaders et «pseudo-leaders», connus et inconnus, se veulent marchands d’illusions et multiplient leurs promesses fallacieuses à un «peuple bon enfant».

Parmi les multiples partis politiques de l’après Duvalier, on peut citer les plus importants, comme : le PAIN de Louis Déjoie II, le PSCH Parti Social Chrétien haïtien du professeur Grégoire Eugène, le Konakom du Professeur Victor Benoit, le PUCH Parti unifié des communistes haïtiens de René Théodore assisté de Marx Bourjolly, le RDNP Rassemblement des démocrates nationalistes et progressistes du professeur Leslie Manigat, la MDN Mobilisation pour le Développement national du professeur Hubert De Ronceray, le PDCH Parti démocrate chrétien d’Haïti du pasteur Sylvio Claude, le MIDH Mouvement pour l’Instauration de la Démocratie en Haïti de Louis Marc Bazin et le FNCD Front national pour le changement et la démocratie du prêtre Jean Bertrand Aristide.[5]

Aujourd’hui les partis politiques en Haïti pullulent, ils sont plus de 180 Partis, (plus fictifs que réels) groupements et regroupements inscrits officiellement au Conseil électoral provisoire (CEP) pour participer à la joute électorale de cette année. Les politiciens haïtiens, ont-ils la volonté de faire rivaliser Haïti à la République démocratique du Congo, qui elle bat le record dans le monde, avec 477 partis politiques officiellement agréés ?[6]

Parlant d’élections, qu’en est-il réellement ? Elles devaient avoir lieu au cours de l’année 2013 pour renouveler le tiers du Sénat de façon à maintenir fonctionnel le Parlement en 2014. La non-tenue des élections législatives depuis l’arrivée au pouvoir du musicien Michel Martelly fait état de la grande faiblesse de l’État, de l’incompétence démocratique de son équipe et une plus grave violation de la Constitution. Elle traduit également une absence de programme politique de son parti Repons Peyizan (Parti Réponse Paysanne) aujourd’hui Parti Ayisyen Tèt Kale (Parti Haïtien Crâne Rasée, le PHTK) que beaucoup de secteurs avaient dénoncée au départ.

À l’analyse, la majorité des partis politiques haïtiens n’a pas de programme politique. Si le programme politique appelé encore projet de société où une plate-forme électorale est la boussole, la carte de voyage, le fil conducteur, on comprend qu’il s’avère d’une impérieuse nécessité. À moins qu’on veuille promouvoir la logique de l’improvisation propre aux démagogues invétérés. Au lieu de former un front uni ou un rassemblement, plusieurs Haïtiens, porteurs du virus de la candidature, s’autoproclament en leaders politiques et s’estiment détenir le pouvoir nécessaire pour sauver Haïti de son tunnel. Yes we can !

Dans ce dédale de labyrinthes indescriptibles, certains de ces «pseudo-leaders» aidés par des cercles douteux, professent un activisme de mauvais aloi et néfaste pour la bonne marche du pays et de son économie. Ils forment des groupuscules et des mouvements de protestations qui réclament toujours et toujours le départ immédiat de n’importe quel président élu et de gouvernement démocratique. Refusant toutes négociations pouvant mener à des résolutions à l’amiable aux multiples crises politiques qui empêchent au pays d’avancer sur le chemin du progrès. Ce sont des adversaires radicaux qui créent toujours le chaos et le désarroi marqué par des manifestations qui sont tout sauf pacifiques, dans les quatre coins du pays. Le commerce, l’industrie et le tourisme se trouvent atrophiés. Les investisseurs dégoûtés se dirigent donc vers la République dominicaine.

À l’acquis démocratique de la liberté de réunion et d’association à des fins politiques de l’article 31, alinéas 1, 2 et 3 de la Constitution haïtienne, il y a ce multipartisme qui regroupeprès de 200 partis politiques inscrits au dernier décompte[7]. Cependant l’alternance politique c’est-à-dire la succession de partis idéologiquement opposés avec un projet de société et de développement durable relève du rêve, du fantasme et de l’utopie.

Notes

[1] La fondation de la république d’Haïti par Alexandre Pétion, (F. Dalentour, p. 56-87)

[2] Le sens d’une large démocratie (B. Ardouin t.6, p. 430-433)

[3] Corvington,Georgese «Port-au-Prince au cours des ans»

[4] L’histoire du peuple haïtien, écrit aux (D. Bellegarde, p. 188-189)

[5] Partis et Coalitions Politiques en Haïti – Haïti-Reference

[6] RDC Actu : 477 partis et une trentaine de regroupements politiques agréés

[7] Le Nouvelliste Haiti – Plus de 180 partis et regroupements politiques se sont inscrits

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