Derrière le prix Nobel de la paix de l’OIAC

Article : Derrière le prix Nobel de la paix de l’OIAC
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18 octobre 2013

Derrière le prix Nobel de la paix de l’OIAC

Par Thélyson Orélien

En décernant le Prix Nobel de la paix à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), le Comité Nobel norvégien a donné un autre coup de pouce dans l’objectif de débarrasser le monde des armes de destruction massive. 

En 2005, le Prix a été décerné à l’Agence internationale de l’énergie atomique. C’est tentant pour une organisation mondiale de rafler le Nobel, mais après tout, ce qui attend l’OIAC, organisme fondé en 1997 en tant que dépositaire de la Convention des armes chimiques, est un travail difficile: celui de surveiller la destruction des munitions chimiques de la Syrie. En vertu des termes du Traité de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC), 189 pays se sont donné pour objectif de détruire les armes chimiques dont ils disposent, au sein d’un calendrier précis.

Contrairement au Traité de non-prolifération des armes nucléaires, qui donne un statut spécial aux États-Unis, la Russie, la Chine, la France et la Grande-Bretagne, le CIAC est non discriminatoire. Malheureusement, le Comité Nobel a fait une triste observation lors de l’annonce du prix, dans un communiqué rendu public: « certains États ne sont toujours pas membres de l’OIAC. Certains autres n’ont pas respecté la date limite, fixée à avril 2012, pour détruire leurs armes chimiques. Cela s’applique en particulier aux États-Unis et à la Russie. »

Le désarmement est particulièrement mis en avant dans le testament d’Alfred Nobel. Les États-Unis, ainsi que la Russie n’ont pas encore détruit l’ensemble de leur arsenal d’armes chimiques. D’une part, l’ironie de tenter d’arracher un accord pour éliminer les stocks d’armes chimiques du président syrien exterminant son propre peuple, tout en étant en retard sur leurs engagements, semble échapper aux deux pays. Mais d’autre part, certains pays ont rempli pleinement leurs obligations découlant du traité, en éliminant complètement leurs arsenaux chimiques.

En plus de vivre leurs engagements en matière de désarmement, les grandes puissances doivent également s’assurer qu’il n’y a pas d’interférences avec le fonctionnement de l’OIAC. L’organisation s’appuie à la fois sur l’expertise technique et diplomatique pour atteindre ses objectifs.

Pourtant, elle a été entravée par des politiques partisanes du passé: dans la période qui a précédé l’invasion américaine de l’Irak, le diplomate José Mauricio Bustani, premier directeur général de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), a été mis à la porte lors d’une session spéciale en 2002.

C’est un secret de polichinelle que le diplomate brésilien a été congédié par l’OIAC sous la pression de l’administration américaine de George W. Bush, qui a vu en Bustani un obstacle majeur dans ses plans pour attaquer l’Irak.

Après avoir quitté l’organisation mondiale, Bustani est tranquillement retourné au service diplomatique brésilien. Étant donné que l’OIAC a reçu le Prix Nobel de la Paix vendredi dernier, le monde devrait au moins se rappeler du premier chef de l’Organisation qui aurait pu empêcher l’invasion de l’Irak en 2003.

Le rôle de l’OIAC en Syrie – compte tenu du temps limité dont elle dispose pour sa mission – va maintenant être mis en relief. Les enjeux sont élevés et l’Organisation doit avoir l’autonomie pour bien mener son travail, sans contrainte ni ingérence extérieure.

L’élimination rapide et efficace des armes chimiques de la Syrie permettrait de renforcer la confiance du monde dans le multilatéralisme et justifier le choix du Comité Nobel pour ce qui est sans doute le Prix le plus prestigieux de la planète.

Monde - Nobel de la paix à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques - 5
Infographie sur l’OIAC, qui vient de recevoir le Prix Nobel de la paix | PHOTO-AFP

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PHOTO: Reuters/Reuters – Le directeur général de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) Ahmet Üzümcü, à la Haye. Le prix Nobel de la paix 2013 a été attribué vendredi à cette organisation qui supervise la destruction de l’arsenal chimique syrien. /Photo prise le 11 octobre 2013/REUTERS/Michel Kooren 
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Commentaires

DEBELLAHI
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On dit bien "certains pays se sont donnés comme objectif".Où est donc le mérite de l'Organisation si les pays fixent leur propre calendrier, et ne le respectent pas. Ensuite pourquoi cet acharnement contre les armes chimiques. Y a-t-il des armes sympathique? Les pays qui se sont faits exception pour les armes nucléaire, au nom de quelle logique? Quatre ou cinq pays on le droit, institutionnalisé, de détruire le monde, et eux avec. Ils se vantent, chacun, de pouvoir détruire l'autre cinq fois! Vous avez compris quelque chose ? Arès la première fois, il n y aura plus rien à détruire, non? Interdisons toutes les armes, pour éviter les guerres. Serait-ce possible avec les intérêts des industries d'armement? Je ne le crois pas. Mais qu'on cesse de se moquer de nous, avec des interdictions sélectives.