Cette Europe qui ne fait plus rêver

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19 novembre 2013

Cette Europe qui ne fait plus rêver

Par Thélyson Orélien

Deux drames ont récemment retenu mon attention. Il s’agit de deux filles. L’une appelée Leonarda, l’autre Maria.

Leonarda, 15 ans, a été emmenée de force à l’intérieur d’un bus, lors d’une sortie scolaire, et expulsée de France avec sa famille. Maria elle, 4 ans, a été retrouvée il y a quelques jours, dans une ville à l’intérieur de la Grèce, avec un couple soupçonné d’enlèvement.

Leonarda brune, Maria blonde

La première est née en Italie et a grandi en France. Mais c’est au Kosovo qu’elle a été expulsée, un pays qu’elle n’a jamais vécu, parce que son père est originaire de l’ex-Yougoslavie. Mais cette expulsion a déclenché le ras-le-bol des écoliers français et l’émotion de la population.

Son frère, Daniel, est né à Naples, mais vit en Ukraine. Sa sœur de 17 ans, Erina, vit en France, mais elle est née en Italie, tout comme elle, ainsi que Rocky, 12 ans, Ronaldo, 8 ans et Hassan, 5 ans. La plus jeune, âgée de 17 mois, est née en France.

Le président Français, très impopulaire, a offert à Leonarda de retourner en France, mais toute seule, dans le but de terminer ses études. La jeune fille de 15 ans a rejeté l’offre du président, affirmant qu’il n’était pas question pour elle de rentrer en France sans sa famille.

La deuxième, Maria, surnommée « l’ange blond » par les médias grecs, retrouvée chez une famille de Farsala en Grèce, est la fille d’un couple roms-Bulgares vivant dans l’extrême pauvreté dans les ghettos de Nikolaevo.

Les parents de Leonarda, ont huit enfants, et ceux de Maria en ont dix âgés entre 2 à 20 ans, ils vivent tous dans la même pièce. Sacha Rousseva, la mère de Maria, 35 ans, aurait vendu son ange à un couple en Grèce, où elle a vécu, parce qu’elle ne pouvait pas donner à manger à sa fille. Le parquet d’Athènes mène des enquêtes.

L’Europe du 21e siècle

Nous sommes dans l’Europe du 21e siècle,  non pas celle du 18e ou du 19e siècles, celle des ghettos, des énormes familles, de la famine ou des millions de pauvres. Nous sommes bien dans l’Europe des droits de l’Homme, l’Europe qui envoie ses sondes dans l’espace, et  fier de son PIB ou de son indice de développement humain. Mais une Europe qui penche de jour en jour vers l’extrême droite, et qui ne fait plus rêver.

Dans cette Europe, les Tsiganes errent encore, comme ils le faisaient dans les mille dernières années, sans un sou, à la saveur de l’humeur du patron dans le pays où ils se trouvent, et ne peuvent pas prendre racine, même quand ils ne parviennent plus à agir comme des nomades. Ils sont les seuls à vivre la vision futuriste du monde, les seuls à ne pas s’identifier à un territoire.

Les Tsiganes, même sort que les Juifs

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Tsiganes ont partagé leur sort avec les Juifs. Avec eux ils ont été expulsés d’un pays à l’autre. Avec eux ils ont été battus et volés depuis leur départ de l’Inde, il y a environ mille ans.

En 1925, les roms ont commencé à souffrir comme les Juifs, les restrictions des lois de Nuremberg sur la protection du sang, qui interdit le mariage entre les Allemands et les « non-aryens ».

En 1937, la loi sur la citoyenneté a relégué les Tsiganes et les Juifs au statut de citoyens de seconde classe quand Hitler a publié le décret dénommé « La lutte contre la malédiction gitane ». Si les Juifs avaient eu le pogrom de la Nuit de Cristal (Reichskristallnacht en allemand) dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938 et dans la journée qui suivit, les roms eux ont eu la Semaine de Nettoyage Gitan du 12 et 18 juin 1938.

Le premier test du gaz Zyklon B utilisé par les Allemands dans les chambres à gaz, a été réalisé avec 250 enfants roms, en janvier 1940, au camp de concentration de Buchenwald. Les Juifs fondèrent Israël, les Tsiganes, cependant, n’ont jamais eu un Dieu pour leur donner une terre promise. Ils continuent a être les damnés de l’Europe, discriminés, persécutés et tués par la maladie et la faim. Dans la banlieue de Bucarest, de Sofia, de Budapest, les enfants roms sont les seuls qui continuent à vivre exclusivement dans des ghettos ethniques à l’instar des dix frères de Maria ou de Leonarda.

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