Thélyson Orélien

Trois ans de sang et de balles : Haïti sous le spectre de Jovenel

Le 7 juillet 2021, le président haïtien Jovenel Moïse est assassiné chez lui à Port-au-Prince par des hommes armés. Cette prose poétique se veut un hommage à cette tragédie, un cri de douleur et de résilience pour un peuple marqué par la violence et l’injustice.

Dans la nuit, le silence a été joviellement déchiré par la détonation. Un cri étouffé par le fracas des balles, et la terre d’Haïti s’est alors teintée de sang, rouge sombre, rouge profond, rouge de deuil. Trois ans ont passé, et le sang n’a toujours pas séché. Les blessures béantes suintent encore de douleur. Les balles ont laissé des trous dans la mémoire, des échos de violence qui résonnent sans fin.

À Port-au-Prince, les rues murmurent encore le nom de Jovenel, président déchu. Son corps criblé, son esprit dissous, des rêves envolés dans un souffle de poudre. Un futur arraché par la morsure du métal. Le vent chuchote des lambeaux de vérité, des fragments de justice éparpillés. Dans chaque goutte de sang, un cri, un appel muet pour une paix introuvable. Le sol sacré, témoin impuissant, absorbe les larmes, les hurlements. Les âmes errantes des victimes de la nuit cherchent des réponses dans le chaos. Des visages se tournent vers le ciel, des prières se heurtent aux nuages, mais les balles ne répondent pas. Elles se taisent, complices de l’ombre.

La nuit s’étire, interminable, et chaque étoile est une goutte de sang, chaque ombre une blessure béante, chaque souffle une plainte de douleur. Haïti, île de feu et de sang, tes veines ruissellent des cris étouffés, des espoirs jovennelés par des bottes sans âme, des vies fauchées par des balles traîtresses. Trois ans ont passé, et le temps semble jovennelé. Les blessures sont des gouffres béants, le sang ne cesse de crier vengeance, les balles murmurent des secrets de mort. Et dans ce chaos, une lueur vacille, un espoir ténu, fragile comme la vie, que les balles se transforment en fleurs, que le sang devienne fleuve de paix.

Port-au-Prince, ville de douleurs et de souvenirs, où les cicatrices des Têtes Kalés sont encore visibles dans chaque rue. Trois ans après, la tête de l’État a été kalé, dénudée de ses illusions. Les promesses sont tombées comme des cheveux sous une lame cruelle, laissant la ville exposée, vulnérable. Les citoyens pleurent encore, leurs cœurs alourdis par la peur et la tristesse. Chaque jour, ils cherchent à comprendre, à trouver une lueur d’espoir dans les ténèbres.

Ils se rappellent les moments où Jovenel, Nèg Bannan nan, a tenté de changer les choses, où il a parlé de justice et de progrès. « Suivez mon regard » disait-il, mais aujourd’hui, on suit les larmes. Le reste des ressources est pour le peuple « Ti rès la, se pou pèp » la clamait-il, mais il semble que même le reste soit parti avec lui. Haïti a été agritransformée, mais les fruits de cette transformation sont amers.

Un jour viendra où la terre d’Haïti ne sera plus un champ de bataille, où les balles seront des souvenirs, et le sang, une mémoire sacrée. Mais aujourd’hui, les cicatrices sont fraîches, le deuil est une plaie ouverte, les balles continuent de résonner, et le sang coule, rouge et vibrant. Trois ans après, nous nous souvenons des promesses brisées, des vies volées, des balles traîtresses, du sang versé.

Nous pleurons avec une douleur sans fin. Nous portons le deuil d’un homme, d’un rêve assassiné en pleine nuit. Chaque goutte de sang, chaque blessure, est un testament de notre résilience et de notre douleur. Jovenel, le nom qui résonne comme une plaie ouverte, un écho dans la mémoire collective.

Les blessures jovennelées,
les espoirs jovennelés,
et les promesses jovennelées

À Port-au-Prince, sous le spectre des Têtes Kalés, les souvenirs sont criblés de balles, les espoirs fauchés par des rafales, et la douleur est une ombre qui ne quitte jamais les rues. Haïti, île résiliente, cherche encore la lumière. Les citoyens lèvent les yeux vers un avenir incertain, espérant que les cicatrices se transforment en forces, que les blessures deviennent des leçons. Port-au-Prince, malgré la douleur, garde espoir, rêve de jours où la paix remplacera la violence, où le sang et les balles ne seront que des souvenirs lointains.

Thélyson Orélien

07-07-2024


Notes et néologismes:

  • Joviellement déchiré : Une manière poétique de dire que le silence a été brisé de manière violente et soudaine, en jouant sur le nom de Jovenel Moïse.
  • Jovennelé : Un jeu de mots basé sur le nom de Jovenel Moïse, utilisé pour décrire quelque chose qui est marqué par la tragédie, la douleur ou les événements associés à sa mort.
  • Têtes Kalés : Se référant aux partisans ou au parti politique de Jovenel Moïse,  »Parti Haïtien Tête Kalé », où « kalé » évoque l’idée de quelque chose de dénudé, exposé ou dépouillé, comme une tête rasée. Cela peut aussi suggérer une vulnérabilité ou une révélation brutale de la réalité.
  • Nèg Bannan nan : Un surnom donné à Jovenel Moïse, le qualifiant de « Nègre des bananes » en référence à son rôle de PDG d’Agritrans, une entreprise de production et d’exportation de bananes.
  • Agritransformée évoque les changements agricoles en Haïti sous Jovenel Moïse via son entreprise Agritrans, avec un jeu de mots sur « transformé. »
  • Suivez mon regard : Une phrase célèbre de Jovenel Moïse, ici réutilisée pour évoquer l’idée de suivre les indices ou les conséquences de ses actions, mais dans un contexte de perte et de deuil.
  • Ti rès la, se pou pèp la : Une autre phrase célèbre de Jovenel Moïse, signifiant « le reste (des ressources) est pour le peuple », ici réutilisée de manière ironique pour souligner que même ce « reste » semble avoir disparu après sa mort.


Des Royal Dahomés aux Policiers Kényans : Quand l’Histoire se répète en Haïti

Sans Souci. Château du roi Christophe d’Haïti, lithographie de Gottfried Küstner (1800-1864) issu d’un ouvrage de Carl Ritter publié en 1836. / Wikimédia

Les souvenirs du passé resurgissent souvent dans les moments de crise, illuminant notre présent de leçons précieuses.

Alors que j’observe l’arrivée des premiers contingents de policiers kényans en Haïti, un parallèle saisissant se dessine entre ces forces de maintien de l’ordre et les Royal Dahomés1, cette élite militaire redoutable du roi Henri Christophe au début du 19ème Siècle, venus du Dahomey (actuel Bénin) pour imposer l’ordre et la stabilité dans un pays alors en pleine construction.

En 1804, Haïti est née dans le sang et le feu de la Révolution, un peuple d’anciens esclaves se libérant de leurs chaînes pour créer la première république noire du monde. Conscient de la fragilité de ce jeune État, le roi Henri Christophe a recruté des soldats du Dahomey, transformés en une élite militaire connue sous le nom de Royal Dahomés.

Leur mission était de défendre la nation contre une éventuelle invasion française post-indépendance visant le rétablissement de l’esclavage, de maintenir l’ordre dans les campagnes et d’assurer l’application stricte des lois, notamment le code rural de Toussaint Louverture, qui imposait des obligations de travail rigoureuses.

La Citadelle Laferrière, construite entre 1805 et 1820 par le roi Henri Christophe près de Milot, Haïti, visait à défendre contre une invasion française post-indépendance. Symbole de résistance, elle est perchée à 900 m d’altitude, couvre 10 000 m², et possède des murs de 40 m de hauteur. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1982. / Wikimédia

Les Royal Dahomés : Piliers de la stabilité

Les Royal Dahomés, par leur discipline et leur efficacité, ont marqué l’histoire d’Haïti, imposant une stabilité parfois brutale mais nécessaire à l’époque. Ils étaient directement recrutés dans l’ancien Dahomey, l’actuel Bénin, et formaient un corps de 4 000 hommes répartis dans les 56 arrondissements du royaume2. Leur présence dans les campagnes était particulièrement significative, car ils y contrôlaient l’application du code rural avec des obligations de travail sévères que le système du fermage avait rétablies.

Leur rôle ne se limitait pas à la simple surveillance des champs et des travailleurs. En cas d’attaque extérieure, Christophe comptait avant tout sur cette garde prétorienne pour favoriser les embuscades et frapper l’ennemi par des opérations concertées.3 Les Royal Dahomés étaient une force redoutée et respectée, leur discipline de fer décourageant toute velléité d’opposition. Leur efficacité et leur dévouement faisaient d’eux la colonne vertébrale de la stabilité du royaume de Christophe.

Ce contrôle strict, bien que parfois oppressif, était vu par le roi Henri Ier comme la seule garantie de la stabilité et du progrès. Il croyait fermement que sans un contrôle rigoureux, les jeunes nations comme Haïti, nées dans le chaos et la révolution, seraient rapidement consumées par l’anarchie. Les Royal Dahomés, avec leur main de fer, représentaient la main invisible qui guidait le pays vers l’ordre et la discipline, éléments indispensables pour toute croissance et tout développement.

Ruines du palais Sans-Souci, à Milot (extérieur), gravure avant 1881 (Wikimédia).

L’arrivée des Kényans : une répétition historique

En voyant les policiers kényans débarquer à Port-au-Prince le 25 juin dernier, je ne peux m’empêcher de penser à cette époque révolue et à ces hommes, venus d’Afrique, qui ont joué un rôle crucial dans le maintien de l’ordre et la construction de notre nation. Les nouveaux arrivants sont confrontés à une mission tout aussi ardue : rétablir la sécurité dans un pays déchiré par la violence des gangs.

La Mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS) en Haïti est une force de police internationale approuvée par le Conseil de sécurité des Nations Unies pour aider le gouvernement d’Haïti à rétablir l’ordre public dans un contexte d’aggravation de la violence des gangs depuis 2018. La résolution 2699 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le 2 octobre 2023, a autorisé une mission de sécurité dirigée par le Kenya en Haïti.

L’analogie avec les Royal Dahomés est frappante. Tout comme eux, les policiers kényans arrivent dans un contexte de chaos, où des factions armées sèment la terreur et la désolation. Les gangs contrôlent 80 % de la capitale, rendant la vie quotidienne invivable pour des centaines de milliers d’Haïtiens.

La chapelle royale de Milot (également connue sous le nom de cathédrale de Milot), est un établissement religieux situé dans le palais Sans Souci à Haïti / Wikimédia

Les Kenyans, rejoints par des policiers et soldats du Bénin, du Bangladesh, du Tchad, de la Barbade, des Bahamas et de la Jamaïque, assument la lourde tâche de pacifier une ville en guerre et ses environs. Les forces kényanes, qui dirigent la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS) en Haïti, ainsi que les pays qui les accompagnent, et les anciens Royal Dahoméens du Bénin partagent une origine commune : l’Afrique, tout comme nous, Haïtiens. Ce qui est bien. Cependant, cette intervention soulève des questions : cette force étrangère parviendra-t-elle à apporter une paix durable, ou ne sera-t-elle qu’un pansement temporaire sur une plaie béante ?

En réfléchissant à cette situation, je me rends compte que l’histoire semble se répéter. La présence de forces étrangères pour rétablir l’ordre en Haïti n’est pas une nouveauté. Chaque intervention a apporté son lot d’espoirs et de désillusions. La Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti, en abrégé MINUSTAH de 2004 à 2017, par exemple, est entachée de scandales et de controverses, laissant derrière elle des cicatrices profondes dans la mémoire collective haïtienne.

Je me demande souvent ce que ressentent ces policiers kényans en arrivant ici. Ressentent-ils la même détermination que les Royal Dahomés autrefois ? Sont-ils conscients du poids historique de leur mission ? Ont-ils la foi que leur présence fera une différence durable dans la vie des Haïtiens ?

Vue aérienne du corps principal (par l’arrière). / Wikimédia

Espoir et réalité

Il est facile de critiquer et de douter, mais je ne peux m’empêcher de nourrir un mince espoir. Peut-être que cette fois, les choses seront différentes. Peut-être que ces hommes et femmes en uniforme, venus de l’autre côté de l’océan, parviendront à instaurer une paix véritable, durable. Mais cela nécessitera plus que des actions militaires. Il faudra une véritable volonté de reconstruction, d’écoute et de compréhension des dynamiques complexes qui alimentent cette violence.

À la fin de la journée, alors que le soleil se couche sur Port-au-Prince, je repense à l’ancienne capitale royale de Christophe, le Cap-Haïtien, où les Royal Dahomés veillaient. Ils incarnaient une force redoutée et respectée, et je me demande ce que l’avenir réserve à Haïti. Les Royal Dahomés ont laissé leur empreinte dans l’histoire peu connu d’Haïti, mais est-ce que les policiers kényans et leurs coéquipiers feront de même ?

Nos valeureux ancêtres ont donné leur vie et versé leur sang pour que nous puissions vivre dans une nation libre, fière et prospère. Ce n’était certainement pas leur projet de nous voir dépendants au point que d’autres doivent s’occuper de notre sécurité et de notre avenir en tant que nation.

L’espoir réside dans la capacité des Haïtiens à se relever, encore et encore, malgré les défis incessants. Et peut-être, un jour, nous n’aurons plus besoin de forces étrangères pour garantir notre sécurité. Mais pour l’instant, chaque pas vers la paix, aussi petit soit-il, est une victoire précieuse.

Thélyson Orélien

Ottawa, 30 juin 2024

Portrait de Henri Christophe, souverain de Haïti (28 mars 1811 – 8 octobre 1820), peint par Richard Evans en 1816, Musée du Panthéon National Haïtien. publié dans le Bulletin de l’ISPAN n° 38 Institut de sauvegarde du patrimoine national (Wikimédia)

1– Antoine Coron, Le « système de défense » du roi Christophe, Revue de la BNF 2010/3 (n° 36), pages 74 à 81

2 Les Royal Dahomés (ou Royal Dahomets) constituaient un corps de 4 000 hommes, recrutés directement dans l’ancien Dahomey (aujourd’hui le Bénin). Le roi Christophe les avait organisés en une redoutable gendarmerie, répartie dans les 56 arrondissements de son royaume. Leur mission principale était de surveiller les campagnes, assurant l’application stricte du code rural de Toussaint Louverture, qui imposait des obligations de travail sévères rétablies par le système du fermage. En cas d’attaque extérieure, Christophe comptait principalement sur cette garde prétorienne pour mener des embuscades et frapper l’ennemi avec des opérations concertées.

3– Aimé Césaire, La Tragédie du roi Christophe. Paris: Présence Africaine, 1963, 1993.


De notre humanité commune

Avant d’être chroniqueur, je suis poète. La poésie a toujours été mon refuge, un espace où je peux exprimer les émotions les plus profondes et les pensées les plus intimes. Aujourd’hui, je délaisse le format habituel de mes chroniques pour vous offrir quelque chose de plus personnel et introspectif. Au lieu d’un long billet de blog, je vous propose deux courts poèmes qui, pour moi, résument toute l’intensité du monde. Ces poèmes sont des fragments de mon âme, des éclats de lumière dans un univers souvent sombre. Ils évoquent les racines profondes de ma terre natale, Haïti, et l’espoir résilient qui brûle en chacun de nous. J’espère que ces mots toucheront votre cœur et éveilleront en vous des réflexions sur notre monde et notre humanité commune.

Lalesh Aldarwish de Pexels : « La main me l’homme dans la mise au point peu profonde » 

I

Haïti
où l’eau elle-même a soif,
où les racines creusent des mémoires
dans la terre aride de l’oubli

je suis né dans un berceau de cendres
où les rêves s’effondrent comme des murs
où la lumière du jour
se heurte aux ombres de la nuit

le sel de la mer
est le sang de mes ancêtres
des larmes versées sur des vagues amères,
échos d’une histoire enterrée sous les vagues

Par John Rocha de Pexels

II

et si ce monde devait être refait,
peut-être commencerait-il
par une simple étincelle
dans les yeux d’un rêveur,
une flamme nourrie par l’espoir
et la révolte silencieuse
de ceux qui osent encore imaginer.

dans la nuit noire, je lève les yeux,
cherchant une constellation
qui guiderait mes pas incertains.
les étoiles, immuables et lointaines,
me rappellent que même dans l’obscurité,
il y a des points de lumière,
des fragments d’univers à reconstruire.

Thélyson Orélien
thelysonorelien[@]yahoo.fr


La crise du logement au Canada : ce que vous devez savoir avant d’immigrer

Imaginez arriver dans un pays magnifique, plein de promesses, où les paysages époustouflants et les opportunités attirent des gens du monde entier. Cependant, derrière cette image idyllique, le Canada fait face à une crise de logement sans précédent. En 2023, le taux d’inoccupation des logements locatifs a atteint un plancher historique de 1,5 %, accompagné d’une augmentation moyenne des loyers de 8 % en un an. Ces chiffres, publiés par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), révèlent une situation critique qui persiste encore aujourd’hui.

La rareté des logements touche toutes les grandes villes canadiennes, de Montréal à Toronto en passant par Québec. L’économiste Francis Cortellino de la SCHL souligne que cette pénurie est généralisée, affectant autant les grandes villes que les petites et moyennes agglomérations. Par exemple, des villes comme Trois-Rivières affiche un taux d’inoccupation de seulement 0,4 %, Drummondville de 0,5 % et Québec de 0,9 %, tandis que Montréal a vu son taux d’inoccupation passer de 2 % à 1,5 % en un an, rejoignant ainsi la moyenne nationale.

Coûts de déménagement prohibitifs

Je me souviens encore de mes premiers jours à Montréal, en tant qu’étudiant étranger. Trouver un logement abordable était déjà un défi à l’époque, mais la situation actuelle est bien pire. Les prix des loyers, quant à eux, ont grimpé en flèche. À travers le pays, la hausse moyenne des loyers a été de 8 %. Mais derrière cette moyenne se cachent des disparités importantes.

À Québec (la ville), le loyer moyen pour un logement de deux chambres a augmenté de 4,8 %, tandis qu’à Montréal, cette augmentation a été de 7,9 %. La région métropolitaine de Sherbrooke détient le record au Québec avec une hausse de 9,8 %. Calgary, cependant, dépasse toutes les autres villes canadiennes avec une hausse spectaculaire de 14,3 %.

Le coût moyen d’un logement de deux chambres s’élève désormais à 1040 $ à Québec et 1096 $ à Montréal. Ces chiffres sont des moyennes, et les loyers pour les appartements ayant changé de locataires sont encore plus élevés : 1310 $ à Montréal et 1128 $ à Québec, avec des hausses respectives de 18,9 % et 13 %.

En comparaison, Toronto, Vancouver et Calgary présentent des loyers nettement plus élevés, atteignant respectivement 2405 $, 2601 $ et 1771 $ pour des logements avec roulement de locataires.

Pourquoi ces chiffres sont-ils si importants ? Si vous prévoyez d’immigrer au Canada, vous devez savoir que le coût du logement sera un facteur déterminant de votre qualité de vie. Quand j’étais locataire, je me souviens avoir passé des semaines à chercher un appartement à un prix raisonnable, et finalement, j’ai dû accepter un petit studio dans un quartier éloigné.

En déménageant, les Canadiens eux-mêmes hésitent de plus en plus à quitter leurs logements actuels par peur de ne pas en trouver de nouveaux à des prix abordables. Le taux de roulement des locataires a diminué, passant de 11,1 % à 10,4 % au Québec, et à Drummondville enregistrant le taux le plus faible à 5,4 %.

Facteurs contributifs : emploi et immigration

Vous vous demandez peut-être pourquoi cette crise persiste. Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Premièrement, bien que l’offre de logements ait augmenté de 1,7 % au niveau national, cette hausse est insuffisante face à une demande croissante. À Montréal, par exemple, l’offre de logements a augmenté de 1,8 %, mais cela n’a pas suffi à compenser la forte demande.

Deuxièmement, la croissance de l’immigration et de l’emploi est un moteur essentiel de cette demande accrue. En 2023, le Canada a accueilli un nombre record d’immigrants et de résidents non permanents, augmentant ainsi la pression sur le marché locatif.

Le marché de l’emploi reste solide, avec des taux de chômage bas : 5,8 % au Canada et 4,7 % au Québec en décembre dernier. Cet afflux de population, conjugué à une migration intérieure des travailleurs des grandes villes vers les régions, exacerbe la pénurie de logements.

Je me souviens d’avoir rencontré un jeune couple d’immigrants venus de France, qui avaient décidé de s’installer à Montréal pour profiter des opportunités professionnelles. Ils étaient enthousiastes, mais la recherche d’un appartement s’est rapidement transformée en cauchemar. Après des semaines de recherche et de visites infructueuses, ils ont finalement trouvé un petit deux-pièces dans un quartier modeste, bien au-dessus de leur budget initial.

Conséquences sociales et économiques

Les répercussions de cette crise sont profondes. Le coût exorbitant des logements a contraint de nombreux Canadiens à rester dans leurs logements actuels par crainte de ne pas trouver de meilleures options à des prix abordables. Cette situation a conduit à une réduction des taux de roulement des locataires, un signe clair de l’incertitude qui règne sur le marché locatif.

Mais ce n’est pas tout. La crise du logement a des conséquences sociales et économiques vastes. En décembre 2023, le gouvernement canadien a officiellement qualifié cette situation de « crise du logement ». Les hausses des coûts de logement contribuent à l’augmentation de l’itinérance et à la détérioration des conditions de vie dans certains logements, rendant l’abordabilité un problème majeur. Face à cette réalité, des mesures draconiennes sont envisagées, inspirées des stratégies mises en œuvre après la Seconde Guerre mondiale. Cependant, les solutions d’aujourd’hui doivent s’adapter à un contexte beaucoup plus complexe et exigeant en termes de coordination intergouvernementale.

Analyse régionale de la crise

Milieux urbains

Les grandes villes comme Montréal, Toronto, Vancouver, Calgary et Halifax sont confrontées à des défis uniques. La rareté des terrains constructibles, l’augmentation des coûts de logement et la pression sur les infrastructures urbaines sont des problèmes majeurs. La forte demande et l’insuffisance de l’offre contribuent à une flambée des prix de l’immobilier, rendant difficile l’accès à des logements abordables pour une grande partie de la population.

En effet, dans des villes comme Vancouver et Toronto, la densité de la population et la rareté des terrains disponibles rendent la construction de nouveaux logements particulièrement complexe et coûteuse. À Calgary, bien que les terrains soient plus disponibles, le défi réside dans l’équilibre entre le développement urbain et l’étalement excessif, qui peut entraîner des problèmes d’infrastructure et de services publics.

Rapport de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL)

Un ami qui vivait à Vancouver m’expliquait que même avec un bon emploi dans le secteur technologique, il avait du mal à trouver un logement convenable à un prix raisonnable. Finalement, il a dû se résoudre à partager un appartement avec deux autres colocataires pour réduire les coûts.

Collectivités de taille moyenne

Les villes de taille moyenne, telles que Red Deer, Saskatoon, London, Kelowna, Trois-Rivières et Saint-Jean de Terre-Neuve, ne sont pas épargnées. Elles connaissent des problèmes d’abordabilité similaires à ceux des grandes villes, avec une demande de logements souvent supérieure à l’offre disponible. La diversité des types et des styles de logements est limitée, ce qui freine l’accueil d’une population variée aux besoins divers.

Rapport de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL)

En outre, l’inadéquation des infrastructures face à la croissance démographique pose un défi majeur. Les services publics, tels que les transports en commun et les établissements de santé, peinent à suivre l’augmentation de la population, créant des tensions dans ces collectivités. L’économie locale, fortement corrélée à la disponibilité de logements abordables, peut également en pâtir. En effet, l’insuffisance de logements peut décourager les entreprises de s’installer ou de se développer dans ces régions.

Zones rurales

La crise du logement touche également les zones rurales de manière significative. À mesure que les centres urbains s’étendent, la demande de logements gagne les campagnes environnantes, exerçant une pression accrue sur les ressources locales et faisant grimper les prix de l’immobilier. Il est essentiel de trouver un équilibre entre la croissance économique et la préservation des surfaces agricoles pour assurer la durabilité de ces régions.

Rapport de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL)

Les nouveaux secteurs d’activité, comme le tourisme en pleine expansion à Bragg Creek, Alberta, créent de nouveaux besoins en logement. Cependant, l’offre de logements est souvent insuffisante pour répondre à la demande croissante de la main-d’œuvre. Il est crucial de développer des solutions de logement adaptées pour soutenir ces économies rurales émergentes sans compromettre leur caractère unique et leurs ressources naturelles.

Perspectives d’avenir

Pour surmonter la crise actuelle, il est impératif de mettre en œuvre des solutions adaptées aux spécificités de chaque région. Une approche collaborative entre les différents niveaux de gouvernement et les acteurs locaux est essentielle pour répondre aux besoins variés de la population. Le développement de logements abordables doit être une priorité, avec des mesures pour faciliter la construction et la rénovation de logements adaptés.

Le Canada doit également continuer à accueillir les nouveaux arrivants tout en veillant à ce que l’offre de logements suive la croissance démographique. L’amélioration des infrastructures urbaines, la modernisation des règlements de zonage et la réduction des lourdeurs administratives sont des étapes nécessaires pour accélérer la construction de logements.

Je pense souvent à mes débuts au Canada, où chaque petit appartement visité était une histoire en soi. C’est là que j’ai rencontré d’autres étudiants étrangers, chacun avec ses propres défis et rêves. Nous avons partagé des astuces pour trouver des bons plans, comme visiter les appartements en hiver, quand la demande est plus faible. Ces souvenirs me rappellent l’importance de la communauté et de l’entraide, des valeurs qui, je l’espère, aideront à surmonter cette crise.

La crise du logement au Canada est un défi complexe et multifacette qui nécessite une action concertée et des solutions innovantes. Ceux qui envisagent d’immigrer au Canada, doivent être conscients des réalités du marché immobilier canadien.

Comprendre les défis actuels et les efforts déployés pour y remédier peut aider à mieux préparer leur transition vers une nouvelle vie au Canada. L’engagement du gouvernement et des collectivités locales sera crucial pour assurer un avenir où chaque Canadien et chaque nouvel arrivant puisse avoir accès à un logement décent et abordable.

Le Canada reste un pays accueillant et plein d’opportunités. Cependant, être informé des défis actuels et des efforts en cours pour les surmonter est essentiel pour toute personne envisageant de s’installer dans ce magnifique pays.


NB : Cet article se base sur des chiffres provenant du Rapport sur le marché locatif de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) un organisme gouvernemental relevant du Ministre du Logement, de l’Infrastructure et des Collectivités au Canada. Il ne constitue ni une recommandation ni un article sponsorisé par la SCHL. Les informations présentées visent à informer et à analyser les données disponibles de manière objective.


L’héritage poétique de Marc Exavier, un trésor de la littérature haïtienne

Lorsque j’ai tenu entre mes mains le recueil de poèmes « Chansons pour amadouer la mort: suivi de, Le cœur inachevé » de Marc Exavier en 2007, je ne savais pas encore que cette expérience littéraire allait marquer mon esprit de manière indélébile.

Publié en 2005 par les Presses Nationales d’Haïti, ce recueil de poèmes transcende les simples mots pour explorer les recoins les plus sombres et les plus lumineux de l’âme humaine. Marc Exavier, poète haïtien de renom, nous entraîne dans un voyage poétique où la mort et l’amour se côtoient et se répondent, créant une symphonie de vers empreints de profondeur et de délicatesse.

Marc Exavier est né en 1962 à Saint-Louis du Nord en Haïti. Il arrive à Port-au-Prince en 1974, où il a grandi et développé son amour pour la poésie et la littérature. Ses œuvres sont imprégnées de la richesse culturelle haïtienne, de ses luttes et de ses espoirs. Exavier est reconnu pour sa capacité à capturer les nuances de l’existence humaine à travers des images puissantes et évocatrices, et Chansons pour amadouer la mort ne fait pas exception.

Crédit : Katzenfee50 de Pixabay

Un hymne à l’amour et à la mort

Dès les premiers vers, Exavier nous plonge dans une réflexion profonde sur la mort, un thème qui hante et fascine à la fois. Dans le poème « J’ai longtemps habité des ruines », le poète exprime une intimité avec les ruines, métaphores des pertes et des trahisons.

J’ai longtemps habité des ruines
Et je sais tout des araignées
La toile des métamorphoses
Couvre le poids des forfaitures

La « toile des métamorphoses » symbolise la capacité de transformation face aux épreuves, et la « poussière des deuils » rappelle la fragilité de la vie et la permanence de la mort.

Exavier explore également la nature éphémère de l’amour dans des termes délicats et poignants. La patience de l’aimée, comparée à « une pluie de rêves », souligne la beauté et la fugacité de l’affection humaine. Dans « Je sais fragile toute rose », l’amour s’épanouit et se flétrit, un cycle aussi naturel que douloureux.

Je sais fragile toute rose
Et toute aurore évanescente
L’amour s’écaille au bout de la semaine
Je m’accroche à l’émoi des mots
Pour ne pas sombrer dans mes songes
Toute flamme est immense
Quand le regard s’éprend
De la courbe du soir

Crédit ; moshehar de Pixabay

La mélancolie et l’espoir

La mélancolie est omniprésente dans les poèmes d’Exavier, mais elle est souvent tempérée par un fil d’espoir. Dans « J’ai peur de danser sous la pluie », la peur de perdre son essence dans les illusions des autres est poignante, mais le poète trouve une forme de libération dans l’acceptation de sa fragilité. L’image de la « liberté » sans frère est particulièrement frappante, illustrant une indépendance solennelle face à l’adversité.

J’ai peur de danser sous la pluie
Pour ne pas salir mon ombrage
Dans la salive des faux rêveurs
Tous les regards qui me regardent
Éclaboussent la transparence
De mes enivrements
Faut-il toujours découper sa semblance
Dans l’étroitesse des miroirs
J’invente les gestes qui m’effacent
Je rends à la mort sa caresse
La liberté n’a pas de frère

Dans « Mon enfance est une nécropole fascinante », Exavier évoque des souvenirs d’enfance teintés de mystère et de douleur. La mémoire est comparée à un fleuve, un flot ininterrompu de réminiscences qui dessine les contours de l’identité.

Mon enfance est une nécropole fascinante où se confondent
dans un frisson de brume dans un buvard
d’évanescence les crucifiés de l’étoile polaire
et les phalènes de l’amour fou
Ma mémoire est un fleuve
masqué aux dimensions de l’abat-jour

Crédit : Flickr

La poésie comme acte de résistance

Marc Exavier utilise la poésie non seulement comme un moyen d’expression personnelle, mais aussi comme un acte de résistance. Dans « Tes rêves d’allumettes que le soleil dévore », il dépeint la réalité haïtienne avec une lucidité brutale.

Tes rêves d’allumettes que le soleil dévore
Le printemps machinal qui te sert d’aventure
L’arc-en-ciel fatigué qui boit ton innocence
Et la pluie qui dit non parce qu’elle a peur du sang
Homme de ce pays où poussent les potences
Comme les seins promis aux fiancés du rêve
Tu traces des matins dans la paume du vent
Dans les ondes pourries de la désolation
La soif est un soleil plus mûr que l’habitude
Mais ta gorge s’englue dans le suc des chansons.

Les « potences » qui poussent comme des seins promettent un contraste saisissant entre l’innocence perdue et la brutalité omniprésente.

L’écriture d’Exavier est un cri du cœur contre l’injustice et la désolation. Il invite le lecteur à voir au-delà de la surface et à se confronter aux réalités souvent cachées ou ignorées. Cette approche confère à ses poèmes une profondeur et une pertinence qui résonnent encore longtemps après la lecture.

Par ThoughtCatalog de Pixabay

Style et langage poétique

Le style de Marc Exavier est à la fois lyrique et incisif. Il utilise des métaphores riches et des images vibrantes pour transmettre des émotions complexes. Sa maîtrise du langage poétique permet de créer des tableaux visuels puissants qui capturent l’essence de ses thèmes principaux. Chaque mot est soigneusement choisi pour son impact émotionnel et sa capacité à évoquer des sentiments profonds.

Par exemple, dans « La patience d’une femme aimée », Exavier joue avec les contrastes pour illustrer la fragilité et la résilience. La pluie, souvent symbole de tristesse, devient ici une pluie de rêves, une source d’espoir et de régénération.

La patience d’une femme aimée
Est une pluie de rêves
Sur un vent de blessures
Aux échos des ailleurs
S’ouvre l’immensité de l’aube
Des ailes pour oublier
La poussière des deuils

Par Mohayg de Pixabay

Un chant d’amour et d’espoir

Chansons pour amadouer la mort est bien plus qu’un simple recueil de poèmes ; c’est une exploration profonde de la condition humaine, une méditation sur la mort, l’amour et la résilience. Marc Exavier nous offre une œuvre magistrale qui résonne avec une intensité émotionnelle et une vérité poignante. Sa poésie, imprégnée de la culture et de l’histoire haïtiennes, transcende les frontières et les époques, nous rappelant la puissance des mots et la beauté de l’âme humaine. Ses vers, porteurs d’un espoir vibrant même au cœur des ténèbres, éclairent notre chemin avec une clarté inoubliable.

L’espoir est un soleil impair
Un frisson volé aux miroirs
L’espoir est une ruche folle
Une ruée de clignements
Une rumeur aux gras de sel
Une marée mure de sang

L’espoir est un chemin aveugle
Un désespoir qui se recharge
Un écho qui choisit les mensonges
Un gisement de ciels
L’espoir est un fleuve qui rêve
Dans le soir fumant de la soif

En tenant ce recueil entre mes mains en 2007 et en le lisant d’un seul jet, j’ai ressenti une connexion profonde avec les émotions et les expériences qu’Exavier décrit. Ce livre est un témoignage vibrant de la capacité de la poésie à capturer l’essence de la vie et à offrir une forme de consolation face à l’inéluctable.

Marc Exavier a réussi à amadouer la mort à travers ses chansons poétiques, et son « cœur inachevé » continue de battre au rythme de ses vers, rappelant à chacun de nous la beauté et la fragilité de notre existence.

Crédit : Ketut Subiyanto (CC) de Pexels

Pourquoi chaque amateur de poésie doit lire Marc Exavier ?

La lecture de Marc Exavier est une immersion dans un univers poétique où chaque mot est soigneusement choisi pour évoquer des émotions profondes et des images saisissantes. Sa maîtrise de la langue et sa capacité à jouer avec les métaphores et les symboles font de ses poèmes des œuvres d’art littéraires. Chaque vers est une invitation à explorer les recoins les plus sombres et les plus lumineux de l’âme humaine. En tant qu’amateur de poésie, se plonger dans les écrits d’Exavier, c’est s’ouvrir à une nouvelle dimension de la littérature, où les mots transcendent leur sens littéral pour devenir des ponts vers des expériences universelles.

De plus, la poésie de Marc Exavier est profondément enracinée dans la culture haïtienne, ce qui en fait une lecture essentielle pour comprendre le contexte socio-historique et les défis auxquels le peuple haïtien est confronté. Ses poèmes sont imprégnés des douleurs et des espoirs de son pays, offrant un aperçu unique et authentique de la réalité haïtienne. Pour les amateurs de poésie, lire Exavier, c’est non seulement apprécier une esthétique poétique remarquable, mais aussi accéder à une voix puissante et authentique qui raconte l’histoire de son peuple avec une sincérité et une intensité rare.

La poésie de Marc Exavier transcende les frontières culturelles et linguistiques, offrant des thèmes universels tels que l’amour, la perte, la résilience et la quête de soi. Sa capacité à toucher les lecteurs de diverses origines et à résonner avec des expériences humaines communes en fait un poète incontournable. Lire Exavier, c’est s’engager dans une conversation profonde avec soi-même et avec le monde, une expérience qui enrichit non seulement l’esprit mais aussi l’âme. En tant qu’amateur de poésie, découvrir l’œuvre de Marc Exavier, c’est trouver un compagnon littéraire qui guide et éclaire les chemins sinueux de la vie avec une sagesse et une beauté inégalées.

Thélyson Orélien


Informations bibliographiques

TitreChansons pour amadouer la mort: suivi de, Le cœur inachevé
Collection Souffle nouveau
AuteurMarc Exavier
ÉditeurPresses nationales d’Haïti, 2005
ISBN9993537268, 9789993537267
Longueur106 pages


Ma mère : Chronique d’une nostalgie lumineuse

Stylo Glower Besode à Pétales Violets, par George Dolgikh de Pixabay

L’adieu qui ne finit jamais

Le calendrier marque une fois de plus le passage de la fête des mères, un jour débordant de joyeuses célébrations pour tant de familles, mais pour moi, il résonne différemment. Il évoque une douceur mêlée de mélancolie, car ma mère, cette étoile qui a guidé chacun de mes pas, ne fait plus partie de ce monde visible. Elle nous a quittés en deux-mille-dix-neuf, laissant derrière elle un vide immense, mais aussi un héritage de lumière.

Ma mère avait quitté Haïti, laissant derrière elle sa vie, ses souvenirs et ses racines pour traverser des océans et des continents. Elle était animée par l’espoir de retrouver son fils (moi) et de construire une nouvelle vie au Québec. En deux-mille-seize, suite à nos démarches auprès de l’immigration canadienne, elle est devenue résidente permanente, et avec mon père, ils ont reformé le nid familial qui avait été dispersé par les aléas de la vie. C’était une période de renaissance pour elle, pour nous.

Dans cet exil volontaire, elle avait emporté sa force et son amour inconditionnel, ces mêmes qualités qu’elle m’a transmises et qui aujourd’hui me définissent. Lorsqu’on me complimente, c’est elle que je vois derrière ces louanges. Sa présence invisible est un fil continu qui relie chaque seconde de mon existence à sa mémoire.

Femme Portant Bébé à La Plage Pendant Le Coucher Du Soleil ((CC0) Pixabay)

Le socle de notre famille

Ma mère et mon père, un duo indissoluble, ont été les architectes de notre famille. Leur amour l’un pour l’autre a été un spectacle quotidien, une leçon silencieuse sur la persévérance et le dévouement mutuel. Ils se soutenaient dans les moments de doute et se réjouissaient ensemble dans les victoires, petits et grands.

Dans notre foyer, chaque soir, ma mère révisait mes leçons avec moi. Ce n’était pas seulement un exercice académique, mais un rituel où elle semait en moi les graines de la patience, de la curiosité, et surtout, de la persévérance. Son influence a sculpté en moi un amour profond pour l’apprentissage et un respect pour le savoir.

Dans notre famille, il est dit souvent que j’aime ma mère plus que mon père, une affirmation qui bien que maladroite, cache une vérité plus complexe. Mon amour pour eux est égal, mais différent dans son expression, car ma mère est celle qui a façonné mon monde intérieur, tandis que mon père structurait l’extérieur.

L’amour ne se mesure pas dans la balance des préférences mais dans l’harmonie des actions. Si ma mère m’a porté dans le ventre, mon père, lui, m’a porté sur ses épaules, figurant tous deux des piliers égaux dans la construction de ma vie. Aimer l’un n’efface pas l’amour de l’autre.

Mère Et Son Enfant Sur L’herbe, par Daria Obymaha (Pixabay)

Une présence éternelle

Même dans l’absence, l’amour d’une mère reste une force gravitationnelle puissante. Pour ceux qui ont encore la chance de pouvoir étreindre leur mère, je leur dis : chérissez chaque moment, chaque petite habitude quotidienne, car ces instants sont précieux. Montrez-leur leur importance, non seulement à travers des mots mais par des actions, des gestes simples qui disent « je t’aime » plus fort que les paroles.

Et pour ceux qui, comme moi, regardent la fête des mères à travers les larmes du souvenir, souvenons-nous que nos mères continuent de vivre en nous. Leurs enseignements, leurs rires, et même leurs reprimandes, sont des échos qui résonnent dans nos actions et nos décisions.

Ma mère, cette merveilleuse tutrice, cette compagne de chaque instant, demeure ma lumière guide. Je lui suis fidèle, non par obligation, mais par un amour éternel qui transcende l’absence physique. À travers moi, elle vit, elle influence, elle aime encore. Je vous invite à retrouver non pas une histoire de perte, mais une célébration de l’amour maternel, une force qui ne connaît ni fin ni frontière.

En cette période où les fleurs éclosent en hommage aux mères du monde entier, je contemple avec gratitude l’empreinte indélébile laissée par ma mère. Sa vie, bien que marquée par des sacrifices et des adieux, brille d’une lumière qui ne s’éteint pas avec le temps. Chaque fête des mères renouvelle mon engagement à honorer son héritage, en vivant les valeurs qu’elle m’a inculquées.

Ainsi, même dans le silence de son absence, elle continue de guider mes pas. Pour tous ceux qui partagent cette perte, souvenons-nous que nos mères sont des présences éternelles, dont l’amour est notre soutien constant et la mémoire un sanctuaire de paix.


Haïti : Neuf chefs d’État pour un chaos

Haïti, ce pays où la tragédie semble avoir élu domicile, a inauguré jeudi 25 avril son conseil présidentiel de transition, un organisme de neuf présidents aux allures de théâtre politique, promettant l’ordre dans un chaos indomptable.

À l’occasion d’une cérémonie séparée en deux actes – l’un dans un palais présidentiel en ruines, symbole poétique d’un État brisé, l’autre dans une Villa d’accueil guère plus accueillante – huit hommes et une femme ont juré de redresser ce qui semble incurablement affaissé.

Au cœur de Port-au-Prince, les balles résonnaient comme pour narguer la fanfare officielle, rappelant que les promesses faites sous les ors fanés sont aussi fragiles que le calme dans les rues de la capitale. Le conseil, une brochette hétéroclite de neuf têtes pour un corps malade, se dresse tel un panthéon ironique face à une réalité où les gangs dictent leur loi, rendant toute tentative de gouvernance presque risible.

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Les visages du nouveau gouvernement

Michel Patrick Boisvert, nouveau Premier ministre par intérim, par Ministry of Communication de Wikimedia Commons

Michel Patrick Boisvert, le nouveau Premier ministre par intérim, a pris le relais d’Ariel Henry, disparu sur la scène internationale. La question se pose, par dérision peut-être, sur le sort de ceux fidèles à Henry, promus ou exilés pour récompenser leur loyauté ou leur incompétence. Emmelie Prophète, ex-journaliste devenue ministre de la Culture, reste à un poste où elle peut moins nuire, illustrant avec une ironie mordante ce ballet de chaises musicales où les mêmes acteurs changent de masque mais jamais de script.

Le rétablissement de la sécurité publique est chanté comme un refrain éculé par Régine Abraham, membre du conseil, qui dénonce l’échec cuisant du gouvernement sortant. Mais, peut-on vraiment échouer là où aucun succès n’a jamais été enregistré ? Peut-être est-ce là le vrai génie d’Haïti : échouer si spectaculairement que le monde ne peut s’empêcher de regarder, mi-horrifié, mi-fasciné.

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Avec des élections promises dans un futur aussi flou que l’efficacité de la future mission de sécurité de l’ONU, Haïti continue de naviguer dans un labyrinthe de non-sens politiques. Le pays, toujours sans président ni Parlement depuis des lustres, s’enfonce un peu plus chaque jour dans les sables mouvants de l’instabilité, sous le regard à la fois impuissant et complice de la communauté internationale.

La communauté internationale reste sceptique

Ariel Henry,  Il est Premier ministre et chef de l’État de facto du 20 juillet 2021 au 11 mars 2024, par Casa Rosada (Argentina Presidency of the Nation) de Wikimedia Commons

Ainsi, le cirque politique haïtien continue, avec de nouveaux clowns, quelques acrobates en moins, et un public de moins en moins amusé par un spectacle qui a perdu de son éclat, mais jamais de son absurdité. Le conseil présidentiel de transition, avec ses neuf présidents pour un territoire fragmenté, semble moins un gouvernement qu’une parodie, où l’espoir d’un changement devient le gag final d’une farce tragique jouée encore et encore.

Ce contexte ubuesque est souligné par les remarques d’observateurs internationaux qui, malgré leurs discours optimistes, semblent peiner à masquer leur scepticisme face à la viabilité de cette nouvelle formation. Comme si, à défaut de pouvoir influencer positivement le cours des choses, le monde se contentait de saluer chaque nouveau chapitre de cette saga avec une résignation teintée de cynisme.

La démocratie menacée

Dans les rues, loin des salles de conférence sécurisées et des discours formatés, la réalité d’Haïti se vit au rythme des échanges de tirs et des vies brisées. Les citoyens, pris entre le marteau des gangs et l’enclume d’un gouvernement impotent, expriment un mélange de désespoir et d’indifférence face à ce nouveau tournant politique. « C’est juste un changement de visages, pas de politique », murmure un marchand de rue, fataliste.

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Pendant ce temps, les défis logistiques et financiers de la tenue d’élections crédibles semblent presque insurmontables dans un pays où la sécurité ne peut être garantie ni pour les électeurs, ni pour les candidats. Cela soulève une question amère : peut-on vraiment parler de démocratie lorsque voter est un acte qui met la vie en danger?

Malgré tout, Haïti continue de survivre, oscillant entre espoirs éphémères et désillusions amères, une terre où la résilience du peuple est aussi remarquable que la tragédie est profonde. Et alors que le conseil de transition prend ses marques, le monde regarde, attendant le prochain acte de cette dramaturgie politique, espérant secrètement que cette fois, contre toute attente, le rideau se lèvera sur une scène de renouveau plutôt que sur un autre tableau de désolation.


Peut-on envisager l’amnistie des gangs en Haïti comme une solution viable ?

Ariel Henry face au secrétaire d’État Américain, de Département d’État américain / Wikimedia Commons

La démission d’Ariel Henry, Premier Ministre de facto d’Haïti, sous la demande des États-Unis et d’autres pays membres de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) suite à la pression écrasante des gangs violents, a ouvert un chapitre sombre et complexe dans l’histoire tourmentée de cette nation caribéenne. À l’origine de cette crise, une série d’actes de violence inouïe, perpétrée par des chefs de gangs impitoyables tels que Jimmy Cherizier alias Barbecue, et d’autres figures notoires, a plongé le pays dans une spirale de terreur. En 2023, Haïti a été témoin d’une escalade alarmante de violence, avec un bilan de plus de 5000 morts, dont une majorité de civils innocents, selon les rapports de l’ONU.

Jimmy « Barbecue » Cherizier, chef de gang influent. Crédit VOA KREYÒL via Wikicommons

Cette situation catastrophique a ouvert la voie à des propositions controversées, comme celle de Guy Philippe, ancien policier haïtien et ex-détenu pour trafic de drogue aux États-Unis, prônant l’amnistie pour les gangs en échange de la paix. Philippe, lui-même une figure controversée de l’histoire haïtienne, avance l’idée que l’intégration des gangs dans le processus politique pourrait stabiliser le pays. Cependant, cette suggestion soulève une question éthique et pragmatique cruciale : est-il justifiable de négocier avec des criminels responsables de tant de souffrances ?

L’idée d’accorder l’amnistie à des groupes qui, jusqu’à présent, ont agi avec des motifs purement criminels, sans aucune idéologie politique ou sociale, est une proposition risquée. En acceptant de telles conditions, le gouvernement haïtien risquerait non seulement de légitimer la violence, mais aussi de créer un dangereux précédent.

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Amnistie dans d’autres contextes

Lorsqu’on aborde la question de l’amnistie des gangs en Haïti, il est instructif de se tourner vers d’autres contextes où des groupes armés ont été intégrés dans des processus de paix. Des cas tels que l’IRA en Irlande du Nord, les FARC en Colombie, l’ANC en Afrique du Sud et le FMLN au Salvador offrent des perspectives variées.

L’IRA en Irlande du Nord – L’Armée républicaine irlandaise, s’est battue pour l’indépendance de l’Irlande du Nord et contre l’occupation britannique. L’amnistie et la participation politique de l’IRA ont été essentielles dans l’Accord du Vendredi Saint, qui a mis fin à des décennies de conflit. Toutefois, contrairement aux gangs en Haïti, l’IRA avait une idéologie politique claire et des objectifs précis, ce qui a facilité les négociations et la réconciliation.

Les FARC en Colombie – Les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) étaient un groupe de guérilleros de gauche avec un agenda politique et social. Le processus de paix en Colombie a été complexe, nécessitant des concessions des deux côtés et un cadre légal pour l’intégration des ex-combattants. Cependant, l’existence d’une idéologie politique a permis une transition vers des activités légitimes. Ce cas diffère des gangs haïtiens, qui opèrent principalement pour le gain criminel.

L’ANC en Afrique du Sud – Le Congrès National Africain (ANC), dirigé par Nelson Mandela, a lutté contre l’apartheid. L’amnistie accordée aux membres de l’ANC dans le cadre de la Commission de la Vérité et de la Réconciliation était conditionnée à la reconnaissance des fautes passées, un élément absent chez les gangs en Haïti.

Quand le FLN algérien assurait la formation militaire de Mandela de Riad Salih / Wikimedia Commons

Le FMLN au Salvador – Le Front Farabundo Martí de Libération Nationale (FMLN) était un groupe guérilleros marxistes avec un agenda politique clair contre une dictature oppressive. L’amnistie, dans ce cas, a été possible grâce à une volonté mutuelle de changement et un engagement envers la démocratie.

Contrairement à ces exemples, les gangs en Haïti ne poursuivent pas une cause politique ou sociale claire, mais plutôt des intérêts criminels guidés par l’appât du gain. Ce sont des marionnettes au service de politiciens et puissants hommes d’affaires, des terroristes de l’intérieur et aux services du plus offrant. Ils n’ont pas de plateforme idéologique qui pourrait être intégrée dans un cadre politique légitime. Leur participation à un processus de paix, sans une transformation idéologique fondamentale, risquerait de légitimer la violence et la criminalité comme moyens d’accès au pouvoir. Cela créerait un dangereux précédent, où les actes criminels pourraient être perçus comme un chemin vers la reconnaissance politique.

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De plus, l’amnistie sans responsabilité peut saper l’état de droit et la justice sociale. Dans le cas des gangs haïtiens, accorder l’amnistie sans conditions strictes équivaudrait à ignorer les souffrances des pauvres victimes innocentes et à encourager une impunité continuelle. Cela enverrait un message dévastateur à la société : que la violence et la terreur sont des stratégies viables pour parvenir à ses fins. Cela fragiliserait davantage les institutions démocratiques déjà précaires d’Haïti et minerait les efforts de construction de la paix.

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Quelques arguments…

L’analyse philosophique et morale de la proposition d’amnistie des gangs en Haïti révèle plusieurs préoccupations profondes. Cette section explore ces arguments sur l’amnistie, en mettant l’accent sur les concepts de justice, de responsabilité morale et de l’impact sociétal.

La justice et la responsabilité morale – D’un point de vue philosophique, la justice exige que les actes répréhensibles soient reconnus et que les responsables soient tenus pour responsables. L’amnistie des gangs, sans un processus transparent de reconnaissance des fautes et de réparation, constitue une injustice pour les victimes. Le philosophe Emmanuel Kant met en avant l’idée que les actions doivent être jugées selon un principe de moralité universelle. En amnistiant des criminels sans exigences éthiques, on trahit cette notion de moralité universelle, car cela équivaudrait à valider leurs actions destructrices.

Le précédent dangereux et l’état de droit – Accorder l’amnistie à des gangs en Haïti sans conditions rigoureuses pose un précédent dangereux. Cela suggère qu’en recourant à la violence et à la terreur, un groupe peut gagner une légitimité politique. Cette approche menace l’état de droit et sape la confiance en la capacité du gouvernement à protéger ses citoyens. Le philosophe John Rawls souligne l’importance de la justice comme équité, où la société est structurée de manière à garantir la protection et le respect de tous ses membres. En ignorant ce principe, l’amnistie non conditionnelle des gangs compromettrait l’équité et l’intégrité du système judiciaire.

Statue représentant la justice. Image par Sang Hyun Cho de Pixabay

L’impunité et la répétition des violences – La proposition d’amnistie, si elle est mise en œuvre sans critères stricts, pourrait encourager l’impunité. Cette absence de responsabilisation pour des actes criminels graves risque de renforcer le cycle de la violence. Le philosophe Friedrich Nietzsche a discuté de la notion de la récurrence éternelle, suggérant que les actions d’aujourd’hui influencent l’avenir. En ne sanctionnant pas correctement les crimes des gangs, Haïti risque de voir ces actions se répéter indéfiniment, empêchant ainsi toute évolution positive.

La dignité humaine et la reconstruction sociétale – Enfin, il est essentiel de considérer la dignité humaine dans le débat sur l’amnistie. Les gangs en Haïti ont violé de manière répétée la dignité de nombreux citoyens. Hegel, dans sa philosophie de l’histoire, met en lumière l’importance de la reconnaissance de l’autre pour la réalisation de soi. En ignorant les crimes contre l’humanité commis par ces gangs, l’amnistie compromettrait le processus de reconnaissance mutuelle nécessaire à la reconstruction de la société haïtienne.

Il est clair que l’amnistie des gangs en Haïti, telle qu’elle est proposée, soulève des questions éthiques profondes et représente un défi majeur à la justice, à la moralité et à l’ordre social. Les arguments contre une telle amnistie sont à la fois philosophiques et pratiques, mettant en lumière la nécessité de trouver des solutions qui tiennent compte de la justice, de la responsabilité et du respect de la dignité humaine.

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Vers un avenir incertain pour Haïti

La situation en Haïti, aggravée par la démission récente d’Ariel Henry sous la pression des gangs, a entraîné des incidents graves, tels que la destruction et le pillage de commissariats à Port-au-Prince et dans les environs. Cela inclut également l’incendie de structures importantes comme des marchés, hôpitaux, tribunaux et banques, ainsi qu’une évasion massive de prisonniers. Ces événements soulèvent des questions cruciales sur l’avenir du pays.

Par smattern de Pixabay

La proposition d’amnistier les gangs, visant à résoudre la crise actuelle, suscite de sérieuses préoccupations sur le plan moral et de son efficacité. Il est essentiel de noter que les gangs en Haïti ne sont pas des acteurs politiques luttant pour une cause idéologique, mais des groupes criminels qui terrorisent leur propre peuple. Ils ont contribué à la destruction de leur pays par des actes de violence gratuite, en kidnappant, rançonnant, volant et violant des citoyens innocents.

Ces actions ne peuvent être ignorées ou pardonnées légèrement. Accorder une amnistie sans conditions rigoureuses et sans un processus de justice et de réparation équitable reviendrait à trahir les principes de justice, de responsabilité morale et de dignité humaine. En outre, cela pourrait établir un précédent dangereux, encourageant d’autres groupes à recourir à la violence et à la criminalité pour parvenir à leurs fins. Cela équivaudrait à une capitulation face à la criminalité qui ravage le pays.

L’avenir d’Haïti se trouve à un carrefour. Les décisions prises aujourd’hui détermineront la trajectoire du pays pour les années à venir. Il est impératif que ces décisions soient guidées par un engagement envers la justice, la vérité et la réconciliation, et non par la peur ou la commodité politique. Alors que le pays s’efforce de se reconstruire, il est essentiel que les solutions envisagées respectent et protègent les droits et la dignité de tous les Haïtiens. La route vers la paix et la stabilité en Haïti sera longue et difficile, mais elle doit être pavée avec des principes éthiques et une volonté de construire un avenir meilleur pour tous ses citoyens.