Thélyson Orélien

Du romantisme révolutionnaire?

Les Indignés devant la Tour de la Bourse à Montréal, Place Victoria.
Les Indignés devant la Tour de la Bourse à Montréal, Place Victoria.

Par Thélyson Orélien | LaPresse.ca

Toutefois, en finalité, la prospective sociale doit aller beaucoup plus loin que l’on croyait. Car les hommes à longues cravates ne souffrent pas seulement de la manière que se fixe le temps, ses fluctuations, ses fixations, ses variabilités, ses instabilités, ou de la myopie, ils souffrent aussi d’une crise du culte de l’élite. Aussi si nous entendons saisir le contrôle du changement, nous devons révolutionner la façon de formuler nos objectifs sociaux.

L’afflux de la nouveauté dépouille de leur valeur les principales institutions – que ça soit l’État, l’Université, l’Entreprise, l’Armée, l’Église. L’accélération entraîne un renouvellement plus rapide des buts, elle rend les institutions plus éphémères. De leur côté, la diversité ou la fragmentation conduisent à leur foisonnement incessant. Pris au milieu de ces convulsions et de la multiplicité des choix, nous titubons de crise en crise, il nous arrive même d’être fatigués de l’avenir, dans la poursuite de fins désordonnées, contradictoires ou incompatibles.

Cela ressort avec évidence frappante des tentatives pathétiques pour imposer le changement à nos Cités. En l’espace de quelques mois nous avons été des témoins, parfois des victimes d’une succession cauchemardesque d’évènements ici et ailleurs, frôlant la catastrophe, passant du rire aux larmes, de l’émotion à la colère, de la révolte à l’incompréhension voire la peur. Crises économiques, catastrophes naturelles, crises politiques, comédies démocratiques, crises des indignés, que ça soit Printemps Arables dans le monde arable ou Printemps Érables dans le monde québécois – manifestations et longues périodes de grève d’étudiants et de professeurs contre une hausse des frais de scolarité,  ponctuées de drames parfois insoutenables. La liste est loin d’être complète.

Dans les institutions étatiques, qui sont toutes par milliers à travers les nations avec des technologies avancées, les politiciens foncent l’extincteur à la main d’un foyer à l’autre, sans le moindre semblant d’un plan ou d’une ligne politique cohérente pour l’avenir des villes. Dans une réflexion entre moi et un jeune poète haïtien, futur sociologue de Sorbonne, il me sort cette conclusion: «Mon cher… Nous faisons face à un monde où la politique ne peut plus rien faire». Mais cela ne veut pas dire que personne ne s’occupe de rien, de la planification. Bien au contraire, dans ce bouillonnement social, les plans, sous-plans et contre-plans nous inondent de toutes parts.

En l’espace de quelques mois, un mouvement de résistance sans leader avec des gens de sexes et de tendances politiques différentes a été mis sur pied dans les grandes villes du monde. La seule chose qu’ils ont en commun c’est qu’ils se réclament d’un 99% qui ne tolère plus la cupidité et la corruption du 1%. Pour beaucoup, il s’agirait d’un nouveau mai 68, ou encore d’une révolution à l’image de celles qui se sont produites dans les pays arabes. Le tout avec de la musique, en train de s’embrasser en organisant des campings.

Du romantisme révolutionnaire?

Certes, il y a des abus de part et d’autre, seulement comment tous ces indignés comptent-ils faire sans le FMI, sans les organisations internationales qu’ils prétendent échouer, sans les grands patrons, pour s’en sortir de la crise? Je n’en veux pas aux riches pour leur richesse, ce n’est pas ce qui m’indigne le plus. Mon indignation est beaucoup plus humaine, beaucoup plus empathique, plus altruiste. Mon indignation, mon ras-le-bol, c’est cette indifférence meurtrière, les gaspillages du Nord face aux pénuries du Sud. Ça m’énerve! Le problème, ce ne sont pas les riches, le problème c’est le gaspillage. On oublie les vrais pauvres de cette planète. J’ai honte de le vivre, de le dire. Car notre Monde est un ballon qui ne tourne pas rond.

Nous connaissons des pays avec les vrais déshérités du sort, où l’indignation est non médiatique. Et contraire à ces pays qu’on n’arrête jamais d’appauvrir, de sucer jusqu’à la moelle tout au long de l’histoire, nous nous sommes retrouvés dans des lieux-dits où les prévisions sont énormes, les programmes débordent de toutes parts: prévisions de nouvelles autoroutes, de nouvelles routes, de nouvelles centrales, de nouvelles écoles, de nouveaux hôpitaux, de nouveaux logements, de nouveaux centres psychiatriques, de programmes d’assistance sociale qui s’accumulent, les bien-être sociaux qui se renforcent les uns les autres. Sans prétendre que tous sont sensés aller bien.

Si ces prévisions et programmes sont tous rattachés de manière globale à une meilleure image de notre ami, L’Être Humain, pourquoi se plaint-il autant, pourquoi est-il à tel point indigné ?

Thélyson Orélien


Laviwonn dede

© Atis ki fè tablo asasinay sa a rele Edgard Jean-Baptiste
© Atis ki fè tablo asasinay sa a rele Edgard Jean-Baptiste

Laviwonn dede

.

Laviwonn dede

Lanmò plane kou malfini

lap fè laviwonn dede

dèyè yon vyann

dèyè yon chan pwa

chan mayi

.

Potoprens leve chak maten

ak rèl nan je

pou yon pitit gason

yon vizitè

ke minui manje

.

Twa (3) revòlvè antre nan yon kay

san frape

yo pran lavi

blayil atè

soti kè kal.-

.


Sou beton Pòtoprens

Sou beton Pòtoprens, tranbleman-d tè pase, alarive li pote ale tout sa-m te posede, ata yon ti bout papye vyèj ke plim nan tap eseye kreve ak de ti mo twa pawòl

Sou beton Pòtoprens, m-di tranbleman-d tè pase, alarive li pote ale tout sa-m te ganyen. Sa-l kite? Yon ti gout lawouze douvanjou nan mitan de fant dwèt mwen ak yon ti moso lalin ki tap voye  yon ti ponyen limyè nan mitan lanwit la, jous nan batan fenèt la, lè lanp tèt gridap mwen te fin tenyen

Sou beton Pòtoprens, tout vye rèv yo jouke antre jous nan rèv nou, nou sispann reve, rèv nou anchennen, rèv nou marye, rèv nou ligote, mare nan fisèl, tankou vye bèf chenn yap mennen labatwa,  rèv nou minote yon kote, yon kote, nou pa menm konnen pouki, nou pa janm konnen si se isit oubyen pa bò lòtbò, si se kounyè a oubyen si se depi byen lontan

Adje ! Ayiti inosan mesye, Ayiti gen pou-l sispann benyen nan san, Ayisyen gen pou yo sispann peye pou sa yo pa fè, paske : pa gen sekrè-k kache k-pap devwale, yon jou sekrè gen pou tonbe tankou grenn lapli sou plas piblik, sekrè gen pou sove tankou prizonye-k evade

Sou beton Pòtoprens m-wè, se tout yon kawo twa degout anmè kouwè fyèl, tankou yon match bòskè nou K.O, nou tonbe, kanmen-m nou leve kanpe pou nou ka retonbe pi rèd, match la di, li dire, li pi di atò lè nap bokse raj nou, lè kout pwen-n ap tonbe nan levid pou vide tout mwèl sèvo nou atè

Sou beton Pòtoprens

Tranbleman-d tè pase

Epi…

Beton

Beton nan zokòkòlòs tèt mwen

Retire tout memwa-m

Ou ta di de (2) tete fanm yo tòtòt byen tòtòt.-

.


Vwayaj pam nan se degidon

Map leve tout rad met deyò

Tout liv chire

kreyon kase

Ak plim san min

.

M-pral frape tèt lalin nan panno

M-pral kwaze mèt minwi sou gran chimen

M-ap sote lawont nan pòt fenèt

M-ap volewo m-di-w

Epi se jous byen lwen map pati

Lwen lwen lwen

Byen lwen menm

.

Degidon, degidon, degidon !

Degidon, degidon, degidon !

Degidon, degidon, degidon !

.

Si flè te pouse pa bò isit

A la pran m-ta pran sant

A la keyi m-ta keyi

A la wouze m-ta wouze

A la koupe m-ta koupe

A la taye m-ta taye

M-tap yis !

M-tap yas !

M-tap tchoup!

Plonje nan de basen foli

Pou-m pa janm fè foli.-

.


Tann! Tonnè!

(Pou tout jèn powèt kreyolofòn… Jan tan an boloze…)

.

Tann…

M-fout diw tann

Tann

Pa tann yo kenbe menw

Tann yo rale pwent nen-w

Tann dousman

Fè ti souri lakontantman

Tann demwazèl vole

Dèyè pòt kay ou

Tann

.

Tann nan lonbray

Pase adwat

Vire agoch

Desann anba

Monte anwo

Wa jwenn platon

Tann

.

Men se pa tann

Jiskaske-w tounen pwa tann

Fò-w tann

Tann mwen di-w

Tann ! Tonnè !

Lap vini

M-di pou-w flank tann !

.

Thélyson Orélien

 


SILQ | Un programme alléchant pour les bouquineurs

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L’édition 2012 du Salon international du livre de Québec (SILQ) du 11 au 15 avril promet beaucoup. Cette année les amoureux de la littérature et de la lecture ont répondu à l’appel Centre des Congrès de Québec afin de replonger dans un monde de livres, de participer à des rencontres avec certains auteurs, à des séances de dédicaces, de conférences, d’animations et faire la découverte des nouveaux titres. Nathan Murray de Impact Campus, juge que le programme a été bien alléchant pour les bouquineurs.

Les écrivains haïtiens : Myrtelle Devilmé, Makenzy Orcel, Rodney Saint-Éloi, Verly Dabel, Emmelie Prophète, Gary Klang, Joël Des Rosiers, Michel Soukar, Louis-Philippe Dalembert et Dany Laferrière ont été au rendez-vous sur le plancher du Salon International du Livre, très émouvants dans une ambiance festive pour signer leurs titres aux amoureux du livre, venant de différents horizons, dans une espace dénommée : Espace de la diversité.

En passant, la ville de Québec est une ville construite avec un sens de l’imaginaire et son salon du livre en est un à taille humaine où l’on se sent bien pour les rencontres.

Dans cette ambiance de bruits du monde, la voix de la jeunesse trop souvent mise en quarantaine et parfois même négligée a été conviée par l’écrivain Dany Laférrière, porte-parole et président d’honneur pour une troisième fois de suite. Il a aussi cité ces mots : «Pour les jeunes, un livre doit être vu, touché, aimé, bousculé même; ça va être difficile de faire ça avec les tablettes électroniques. Il ne faut pas laissé arriver aux livres ce qui est arrivé avec les animaux, des jeunes qui n’ont jamais vu un âne de leur vie, on veut que les jeunes voient des livres.»

Le lauréat du Prix Médicis a profité de l’évènement pour fêter ses 59 ans, en recevant le titre d’Officier de l’Ordre des Arts et des Lettres du Consulat Général de France à Québec. Nous avons aussi remarqué  Georges Laraque, un enfant d’Haiti, ancien joueur de Hockey des Canadiens de Montréal qui signait son autobiographie intitulée «La force d’y croire».

Heureux et fier que la littérature haïtienne prenne beaucoup de place dans le monde entier, l’auteur de «L’énigme du retour» a ajouté que : «Sans cette littérature qui nous vient du tiers-monde, la littérature se rétrécirait comme une peau de chagrin».

Bien entendu, le Salon International du livre de Québec a été accompagné d’une foule d’activités culturelles et littéraires, qui a contribué à son dynamisme et à son rayonnement en recevant notamment une délégation de neuf écrivains catalans – nation à l’honneur – et en laissant une grande place aux auteurs haïtiens et amérindiens.

Quatre expositions ont été présentées au Centre des Congrès sous les thèmes ainsi mentionnés : «Matshinanu – Nomades, Les légendes du Québec, hommage à Jean-Claude Dupont, Portrait de famille et Dimitri Kasan, l’aventure Marabout à Québec». À cela s’ajoutent les traditionnelles tables rondes – dont « Qu’est-ce qui vous indigne le plus ? » avec Dany Laferrière et « Avez-vous foi en l’avenir du Québec ? » avec Jean-François Lisée – sans oublier les neufs spectacles littéraires de « Québec la Muse » – comprenant notamment un hommage au poète Saint-Denys Garneau.

Plusieurs prix littéraires ont été remis, afin de récompenser l’excellence et la relève littéraire québécoise ou d’ailleurs.-

Thélyson Orélien


Anthologie | 21 poètes pour dire une journée.

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Présenté par Thélyson Orélien

21 poètes pour dire une journée…

Aujourd’hui, Journée mondiale de la poésie et hier a été celle de la Francophonie. Depuis l’an 2000 avec le Printemps des Poètes, le 21 Mars de chaque année a été désigné par l’UNESCO comme un jour spécial pour la poésie à travers le monde afin de la promouvoir comme un moyen de communication et de compréhension entre les hommes de toutes les nations. Ce jour a été observé depuis dans plusieurs pays, et sera de nouveau marqué cette année par différentes activités artistiques partout à travers le monde. Parole en Archipeldécide de marcher au pas et à la cadence de cette journée dans sa propre façon, de la fêter avec la publication de 21 poètes haïtiens – des publications qui sont loin d’être une intention de classement. Car on ne doit pas concevoir la littérature d’une façon dont elle n’est pas. La poésie ce n’est pas comme dans un match de foot !

Notre invité spécial l’écrivain Rodney Saint-Éloi, éditeur chez Mémoire d’Encrier, est une des figures emblématiques de la littérature haïtienne de notre temps. Après avoir lu sa généreuse Lettre aux jeunes écrivains, publiée une année à l’avance, et que nous avons ré-publiée sur notre site, nous avons jugé bon de l’inviter à notre projet. Vous aurez la chance unique de faire connaissance de son dernier livre ancré de l’amour du monde, Récitatif au pays des ombres. Nous présentons également le pensionnaire de la Villa Médicis de l’Académie de France à Rome, le merveilleux James Noël avec Comment devenir poète pour mieux gagner sa vie?, une de ses chroniques déjà publiée sur Parole en Archipel, également d’autres poètes haïtiens de générations confondues, parce que Haïti est aussi cette terre à récolter les poètes.

Nous adressons en cette journée de poètes, un vibrant hommage au grand poète haitien Davertige  »On ne connaît de Davertige ni son corps ni son âme. Un poète secret se promène librement à Montréal. Cette manière de se perdre dans la foule me fait bien penser à Pessoa » a dit Dany Laferrière. La poésie répond à des besoins personnels et sociaux de la société actuelle, elle permet de réfléchir aux thèmes universels. C’est un moyen de communication et de fraternisation entre les peuples. La poésie, une arme contre la violence et les guerres! Donc, la poésie serait parole d’espoir, malgré tout. De tous les avatars que nous traversons durant notre passage terrestre, que restera-t-il sinon ces paroles mille fois enroulées et déroulées, et quelques gestes qui nourriront les légendes ? Je vous laisse avec ces mots de Cocteau, qui m’interpellent : “la poésie dévoile, dans toute la force du terme. Elle montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement.” mais vous êtes libres de concevoir la poésie à votre façon . –

– L’écrivain Rodney Saint-Éloi est notre invité Spécial

– Nous rendons hommage à Davertige !

LES AUTEURS

PS : Pour lire un auteur et son repère, il suffit de cliquer sur son nom.

 

Rodney Saint-Eloi  Davertige James Noël 
Thélyson Orélien André Fouad  Jean-Durosier Desrivières 
Beaudelaine Pierre Duccha Jeanie Bogart
Anderson Dovilas Fabian Charles Jean-Robert Léonidas
Samuel Dauphin Maggy de Coster Jean Watson Charles
Emmanuel Vilsaint Robert Berrouët-Oriol Fortestson Fenelon 
Joël Des Rosiers
Emmanuel Eugène Coutechève Lavoie Aupont

 

Présentation et conception : Thélyson Orélien


© Textes publiés avec le crédit des auteurs. – Les œuvres et créations, textes et images, sont protégés par le copyright. En cas de volonté de publier – sur votre site ou blog – l’un ou l’autre des textes publiés, nous vous demandons de bien vouloir nous en faire la demande par courriel à l’adresse paroleenarchipel@ymail.com – Après acceptation de notre part vous avez l’obligation de mentionner la source et le symbole © et de nous informer de l’adresse où est/sont publié(s) le/les texte(s) autorisé(s).-


Bas Saint-Antoine

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Nulle part ailleurs qu’à Poste Marchand,

dans le bas de Saint-Antoine,

Le matin s’empli de miroirs, sous la bienveillance d’une dalle usée, bourrée de charme et de liberté. Les arts, jadis méprisés, prônent désormais la récompense. Pourquoi se lamenter alors que demain, les barrières s’effaceront pour des adieux allégés, le dos tourné à la mémoire, cette amnésie, ce cerf qui se lance dans les nuages de l’extase. Le rideau vert, lui, avance, flotte, danse déjà. Dommage que le vent, si doux, ne soit pas là.

Tout n’est que ruine et lamentation dans la triste cité. Une désolation profonde habite les âmes. Les enfants ont disparu. Hommes et femmes cherchent un abri sous quelques toits, après des journées d’angoisse et des nuits blanches. La population, malgré tout, garde une fierté du chaos. Presque une joie s’empare de la ville à l’âme meurtrie.

Tout est ruine, tout est deuil. Les blessés enlacent les morts, victimes du destin, émergeant des décombres. De la croisée des chemins jusqu’au détour du Prince, la rue n’est bordée que d’ombres. La cathédrale, les maisons, débordent d’orgueil devant les passants fatigués de ces longues journées. Les balcons semblent jaillir comme des flèches spontanées. Rien ne reste. Tout est ruine, tout est deuil. La ville démolie, écartelée, folle, Saint-Antoine laisse soudainement la place à des miséreux installés sous des tentes. L’humanisme, le cœur contrit, s’anéantit dans l’abysse.

Ainsi le temps passe déjà sous l’échelle.

Des verbes chantés, plantés, pansés, pressés, palpés, écrits. Le charbon des jours creux monte en spirale avec des rumeurs fluctuantes. Épars, décidés, un destin, une volonté tenace. Le désir s’évanouit selon nos actes dévoyés, à contrecourant des vérités, des obstacles et des ambitions, vers un orgueil concentré. De la mort d’un rêve, d’un rêve de mort, de survivances éphémères. Une histoire sans récits, de simples passés, des soulagements qui ébranlent un temps qui vacille ou s’éteint.

Le son d’un rêve endormi, une dernière sortie, au tout début du flux d’encre. Je m’agace de ne pas me perdre. On écrira la profondeur d’une muse confuse, éminente, précaire, tumultueuse et sonore. Le nord de la pensée plongé dans la boue, le bonheur sous forme de chloroforme. La profondeur en prose poétique, prophétique, qui bouleverse le sens.

D’ici, de là, de là-bas, être poète, être écrivain. Écrire la folie des êtres sur les marges de la vie. Des dépressions et déceptions, écrites dans la boue comme dans l’eau froide, pleines de peines. Illusion à l’envers d’une histoire salée. J’irai vers l’irréversibilité du temps, au gré de l’ordure, vers les palmiers et les buissons relâchés. Saint-Antoine, voici l’or qui n’est plus, diamant en cette soirée de meurtrissures ovales.

Alors, dans cet écho de tristesse et de grandeur, les mots s’élèvent.

Saint-Antoine, témoignage vivant de l’effondrement et de l’espoir, voit ses ruelles se transformer en théâtre d’ombres et de lumières. Mais dans ce désastre, l’humanité persiste, irréductible. Les poètes, les écrivains, les rêveurs s’emparent de ce chaos, le transmutent en or, en rêves, en histoires. Ils écrivent, ils crient, ils chantent. Car même dans la ruine, même dans le deuil, la vie s’obstine et l’art triomphe.

Sur les cendres de la désolation, l’esprit de résistance danse, indompté. Et nous, témoins de cette résilience, nous nous élevons aussi, portés par la puissance de ces mots, prêts à affronter l’aube nouvelle. Voilà la conclusion, un poing levé dans la nuit, un dernier vers pour rallumer les étoiles. Saint-Antoine, nous ne sommes pas vaincus : notre lumière perce l’obscurité, éternelle et audacieuse. Voilà le véritable or, notre diamant indomptable : l’esprit qui jamais ne s’éteint.


Devoir de mémoire: Le massacre de la scierie

Du 9 au 11 février 2004, 44 personnes ont été tuées, carbonisées et portées disparues. Deux personnes ont été décapitées et leurs corps ont été jetés dans l’espace depuis un hélicoptère du gouvernement. L’ancien Premier ministre Yvon Neptune et 29 autres personnes ont été traduits devant le tribunal criminel, selon l’ordonnance de clôture du juge chargé de l’instruction du dossier du massacre de La Scierie. Des ex-hauts gradés de la police et au moins deux ressortissants étrangers figuraient également sur la liste.

Le sang des martyrs de La Scierie crie justice.

En effet, l’ordonnance de clôture du juge d’instruction de St-Marc, Clunie Pierre Jules, en charge du dossier de l’Affaire de La Scierie, avait conclu à l’existence de charges et d’indices suffisants pour poursuivre devant le tribunal criminel l’ancien Premier ministre Yvon Neptune et 29 autres personnes inculpées, dont les anciens ministres de l’Intérieur et de la Justice, respectivement Jocelerme Privert et Calixte Delatour.

Remise au Commissaire du gouvernement Lesly Jules, l’ordonnance conclut aussi à l’inexistence de charges et d’indices suffisants pour poursuivre 35 autres personnes, dont l’ancien président Jean Bertrand Aristide (faute de preuves pour établir avec certitude qu’il était le donneur d’ordre) et son secrétaire d’État à la communication, Mario Dupuy.

Dans son exposé des faits, le magistrat a rejeté les thèses de génocide et d’affrontement utilisées par certains pour caractériser les violences qui ont endeuillé St-Marc du 9 au 29 février 2004. Me Clunie Pierre Jules parle plutôt de massacre, établissant le fait que, pendant les tristes journées du 9 au 11 février 2004, de nombreuses personnes sans défense ont été lâchement assassinées par des membres de l’organisation « Bale Wouze » dirigée par l’ex-député contesté Amanus Mayette, par des civils armés venus de Port-au-Prince et des policiers dont certains se trouvaient à bord d’un hélicoptère du Palais National qui tiraient sur des gens fuyant les violences en tentant de se réfugier au Morne Calvaire, voisin du quartier de La Scierie.

Les témoignages sous-tendant la thèse de l’affrontement n’ont pas pu faire la preuve de l’existence de victimes dans les deux camps, tandis que les éléments techniques font défaut pour étayer celle du génocide, soutient le juge d’instruction. En guise de rejet de la thèse de l’affrontement, le rapport d’instruction est catégorique : il n’y a pas eu d’insurrection armée à proprement parler à St-Marc; les policiers ont délibérément abandonné leur commissariat. L’incendie qui a consumé le 11 février une clinique appartenant au Dr Yfto Mayette, cousin germain du chef de « Bale Wouze », faisait tout simplement partie du scénario mis en place pour justifier le déclenchement des hostilités, a reconnu le médecin au Cabinet d’Instruction de St-Marc. Ce qui sous-entend que l’incendie n’était pas véritablement l’œuvre des opposants à Aristide.

Quant au bilan justifiant la thèse du massacre retenu par le juge, l’ordonnance reconnaît qu’il est controversé. Elle fait référence au missionnaire américain Terry Snow, directeur de « Jeunesse en mission » qui, au cours des événements, a entrepris de nombreuses démarches auprès des responsables de l’organisation « Bale Wouze » pour sauver des vies et arriver à la paix. Terry Snow parle, avec des supports photos, d’une centaine de morts et de 45 maisons incendiées.

L’ordonnance relate tout de même divers témoignages établissant un bilan moins lourd, avoisinant la cinquantaine de morts (moins que le massacre de Raboteau). Pour sa part, le juge indique qu’il n’a pas été possible de dresser la liste de toutes les victimes, mais que l’instruction permet de dénombrer 44 personnes tuées (sans procès, sans aucune procédure légale), carbonisées et portées disparues. 22 des personnes tuées ont été nommément identifiées.

Il s’agit de :

  • Brice Kéner, Pierre Louis (tué et carbonisé à La Scierie)
  • Francky Dimanche, Stanley Fortuné (tués à Morne LaScierie)
  • Yveto Morency (tué à Terre Blanche)
  • Anserme et Wilghens Petit-Frère (carbonisés à Portail Montrouis)
  • Bosquet Faustin, Wislet Charles (tués à La Scierie)
  • Kénol St-Vil et Jonas Nelson (tués et carbonisés à La Scierie)
  • Makens Louis
  • Marc Antoine Civil, Jean Louis et Guernel Joseph (tués à Frécyneau-McDonald)
  • Florette Solide, une femme enceinte et Fanès Dorjean (carbonisés à la Grand-rue, en la résidence des Paultre)
  • Laurette Guillaume, Sandy Cadet, Gaston St-Fleur,
  • Josias St-Fleur (portés disparus)
  • Deux jeunes femmes, Anne (34 ans), Kétia (22 ans), à la recherche de leurs concubins enlevés et tués pendant les événements, ont été violées à même le sol au Commissariat de Police de St-Marc par des membres de « Bale Wouze ».
  • Trois adolescents capturés par les membres de « Bale Wouze », solidement liés à l’aide d’une corde, ont été jetés de l’hélicoptère vivants à la mer, à Amaniy-Les-Bains ; leurs cadavres ont été retrouvés.
  • Deux personnes, dans l’hélicoptère, avaient été décapitées et leurs corps ont été jetés dans l’espace.
  • L’octogénaire Luc Paultre a eu de graves brûlures lors de l’incendie du 12 février en sa résidence. Les nommés Somoza, Vickès, Ti jean Claude, Ernst Pascal, Biron, Amanus, Armstrong ont fait irruption dans la maison du pasteur Daméus Anulaire pour appréhender le nommé Kénol St-Gilles qui s’était réfugié sous un lit après avoir reçu une balle à la jambe : ils l’ont jeté vif au feu, sous les yeux de sa mère.
  • Le mari de la nommée Yvanne Clairvoyant, nourrice de 15 jours, a été décapité à l’aide d’une hache et jeté au feu.
  • Le nommé Nickson François a été attaché à une camionnette et traîné à travers la ville.
  • L’ordonnance de clôture fait par ailleurs état de l’existence d’un rapport de la police scientifique daté du 27 mai 2005 selon lequel des ossements humains, des cadavres ont été retrouvés à Montrouis et à Étang Bois Neuf.

Les incidents, décrits dans l’ordonnance avec un luxe de détails, ont fait suite à la visite le 9 février à St-Marc du premier ministre Yvon Neptune préparée par le député contesté Amanus Mayette ; avec qui, d’ailleurs, Yvon Neptune a tenu conseil au commissariat de police, en compagnie des deux maires-adjoints de la ville. L’un de ces derniers, Paul Pollys, soutient, dans une audition au Cabinet d’Instruction, qu’il a dû se retirer après avoir mesuré la profondeur du mutisme du Premier ministre à ses propositions de résolution pacifique des problèmes en lieu et place de la violence telle que la pratiquait les membres de « Bale Wouze ». La réunion, qualifiée de secrète par le magistrat, s’est alors poursuivie entre le Premier ministre et Amanus Mayette qui, dès le lendemain, allait assurer en personne la direction des opérations. À l’issue de la réunion, le Premier ministre s’est adressé en anglais aux journalistes haïtiens et étrangers présents. Arrivé à Port-au-Prince, il a déclaré le même jour à la presse gouvernementale qu’il venait de « pacifier » St-Marc, rappelle l’ordonnance.

Les déclarations faites par Yvon Neptune au cours de l’audition au Cabinet d’Instruction révèlent des contradictions flagrantes qui ont en quelque sorte étayé les suspicions du juge instructeur à son encontre. L’instruction cite des témoignages sur le rôle-clé joué dans les violences par Amanus Mayette et, dans le même temps, sur les étroites relations entre ce dernier et le Premier ministre tout au long des incidents.

Le dossier comporte au total 146 pièces constituées, entre autres, de lettres de plainte ; transcriptions d’auditions de témoins, interrogatoires ; rapports d’enquête sur le terrain ; ordonnances ; arrêts de la Cour de Cassation ; rapports relatifs à de multiples appels téléphoniques entre Yvon Neptune, de hauts responsables du gouvernement, du CSPN et de la police avec des exécutants au moment même où se déroulaient les opérations.

Du 7 au 13 février 2004, le portable de Yvon Neptune, le 558-1631, a été utilisé pendant 34 187 secondes, soit 9 heures 33 minutes et 46 secondes. 21 319 secondes de ce temps concernent des appels vers des responsables de police ou de sécurité et des membres de « Bale Wouze » à Saint-Marc, dont Amanus Mayette. Personnes concernées par les appels : Jean Gérard Dubreuil, secrétaire d’État de la sécurité publique ; Jean Robert Esther, directeur central des Services généraux, responsable des questions de finance au niveau de la PNH ; Frantz Gabriel, commissaire de police, pilote d’hélicoptère ; Oriel Jean, responsable de la sécurité au Palais National ; Amanus Mayette, principal responsable de « Bale Wouze » ; Biron Odigé, coordonnateur de la même organisation, directeur de l’APN de la ville ; Barthélémy Valbrun Jr, directeur des services de sécurité du Palais National (USP-USGPN- Cat Team) ; Roland Dauphin (alias Black Ronald), commissaire auto-proclamé de St-Marc, au moment des événements.

L’ex-Premier ministre lavalas a utilisé, pendant le massacre, plus de 60 % de son temps de téléphone à régler des questions de police en rapport avec St-Marc, relève l’instruction. Dans ce cadre, il a réalisé plusieurs appels-conférence avec Jean Robert Esther, Amanus Mayette et Frantz Gabriel. Il a été également répertorié plus de 20 appels de Roland Dauphin vers Jean Robert Esther, uniquement pour la seule journée du 11 février 2004 ; deux appels de Biron Odigé vers Jean Robert Esther ; plusieurs appels de Amanus Mayette vers Frantz Gabriel ; 59 appels entre le Premier ministre et Jean Robert Esther ; 5 appels de Jocelerme Privert vers Jean Robert Esther, 6 appels de la directrice générale de la PNH, Jocelyne Pierre, vers Jean Robert Esther.

En conclusion et en raison des charges et indices accumulés, le juge instructeur recommande la poursuite, devant le tribunal criminel, des individus dont les noms suivent : Amanus Mayette, Biron Odigé, Roland Dauphin (alias Black Ronald), Figaro Désir, Ernest Pascal, Vikès Janvier, Jean Claude Jean-Baptiste dit Jean Claude Désir, Hervé Méristil, Dieubonnet Mayette, Georges Michel Valbrun, Yvon Neptune, Jocelerme Privert, Jocelyne Pierre, Jean Gérard Dubreuil, Roody Berthomieux, Calixte Delatour, Jean Robert Esther, Olvy Emilcar, Pierre Destinoble, André Louissaint, Féquière ainsi connu, Wantalès Lormejuste, Jean Baptiste Hora, Harmony Ronald, Williams Baptiste, Mathieu Raphael, Frantz Gabriel, Baron Brandt Decker, Rony Wayne Lusk (un Américain, spécialiste en mécanique aéronautique), Daniel Timothy Hovermale.

Les personnes à l’égard desquelles des charges et indices suffisants n’ont pu être établis et qui ne seront pas poursuivies sont les suivantes : Jean-Bertrand Aristide, Mario Dupuy, Jonas Petit, Evens Sainturné, Frénot Cajuste, Dany Fabien, Paul Joubert, Zacharie Dalusmé, Kertus Lafleur, Marcellus Polinet, Paul Polinet, Ronald Génescar, Robert Valgresseau, Jeniel Marcellin, Johnny Marcellin, Pierre Jeanty, Ilès Joseph, Fafo Cajuste, Tison Destiné, Larousse Jean Gilles, Espérancia Pierre, Emmanuel Ulysse, Samuel Edwing St-Eloi, Smay Clotaire, Jean Elie Bastien, Antoine Daniel, Larousse Jean Jules, Jean Claude Honoré, Gardy Volcy, Dieulifète Freca ou Milien Somoza, Dieulifète Fleury, Patrick Fleury et Amson Gédéon. [jmd/RK]