Thélyson Orélien

Comment Haïti a lutté contre le nazisme

Dès l’arrivée d’Adolf Hitler à la tête de l’Allemagne, la majorité des intellectuels haïtiens, parmi lesquels Dantès Bellegarde et Jacques Roumain, condamnèrent le nazisme. L’État haïtien ne se contenta pas de désavouer l’Allemagne, mais définit des lignes d’actions beaucoup plus concrètes face au péril affronté par les Juifs.

En vue de faciliter leur immigration, le gouvernement haïtien accepta ces Juifs comme réfugiés politiques, puis les fit naturaliser dans les consulats haïtiens en vertu d’un décret-loi de naturalisation. Donc, Haïti, ce pays aujourd’hui très appauvri, était encore au temps de son prestige, et elle pouvait rester dans son rôle de terre de liberté et de libération. Un temps qui manque bien aux Haïtiens.

Sténio Vincent, alors président d’Haïti, a publié son décret spécial, adopté en vertu d’une habilitation législative le 29 mai 1939, octroyant la nationalité par contumace et la citoyenneté haïtienne in absentia aux réfugiés juifs d’Haïti. Il proposa d’établir un refuge pour 50 000 d’entre eux en Haïti, pour qu’ils s’échappent de l’Europe, notamment de l’Allemagne nazie.

L’État haïtien avait même proposé de mettre à la disposition des Juifs l’Île de la Gonâve (689,62 km2), à peine moins grande que l’île de la Martinique (1 128 km2). Mais le secrétaire d’État américain d’alors s’y opposa. Il se disait même prêt à accueillir un peu plus de Juifs allemands: mais le secrétaire d’État américain Cordell Hull, prix Nobel de la paix en 1945, ne voulut pas en entendre parler, pour des raisons qui restent encore aujourd’hui mystérieuses.

Les documents historiques sont désormais accessibles. Pour apprendre plus sur le sujet, je vous recommande le livre du docteur Joseph Junior Bernard, ce travailleur infatigable, passionné des relations d’Haïti avec les autres nations. Il avait pris le temps de faire paraître sous les presses de l’imprimerie Deschamps son essai intitulé « Histoire juive d’Haïti », au mois d’avril 2013.

Aussi, il y a ce recueil de textes d’étudiants juifs montréalais et haïtiens titré « L’un pour l’autre », écrit au lendemain du tremblement de terre dévastateur de 2010. Il rend hommage à ces deux peuples qui, chacun à sa façon, ont fait preuve d’humanité.

Il a été publié sous la direction de Maurice Chalom, par Les Éditions du CIDIHCA (Centre International de Documentation et d’Information Haïtienne Caribéenne et Afro-canadienne) situé au Québec et dirigé par Frantz Voltaire, en collaboration avec la ville de Montréal, le gouvernement du Canada et le Conseil des Arts du Canada.

Crédits image: CIDIHCA. Et Informations: Frantz Voltaire, Roland Paret, Dr. Joseph Junior Bernard, Radio Canada International RCI

Thélyson Orélien
Le Huffington Post Québec

Juifs : Une histoire haïtienne


Trois éléments historiques à l’origine des crises haïtiennes

Souvent dirigé par des élites qui refusent de partager le pouvoir, le peuple haïtien espère rompre avec un passé de misère et de conflits. À l’émission 5 sur 5 (Radio-Canada), le journaliste québécois Gilles Gougeon nous raconte l’Histoire tragique d’Haïti et explique les 3 éléments historiques à l’origine des crises qu’a connu Haïti. Écoutons le attentivement :

Gilles Gougeon

Né à Montréal en 1943, est un écrivain, animateur de télévision et journaliste québécois. C’est pendant qu’il étudie au Collège Sainte-Croix, en 1958, que Gilles Gougeon débute sa carrière de journaliste à l’hebdomadaire Les Nouvelles de l’Est, dans son quartier Hochelaga-Maisonneuve, dans l’est de Montréal. Il se joint à la Société Radio-Canada en 1959, où son travail de reporter et journaliste, tant à la radio qu’à la télévision, l’amène se rendre dans plus de 40 pays.

Gilles Gougeon devient l’animateur d’un jeu télévisé populaire, Tous pour un de 1992 à 1994, puis d’une série hebdomadaire axée sur le service aux consommateurs, La Facture3 de 1995 à 2003. En 2003-2004, pendant quelques mois, il est présentateur du journal télévisé Le Téléjournal. En 2004, il anime l’émission 5 sur 5 de Radio-Canada4, puis en 2008, il redevient reporter international au sein de l’équipe de l’émission Une heure sur terre. Gilles Gougeon quitte Radio-Canada et prend sa retraite à la fin de mai 2013 après une carrière de 53 ans à la société d’état. [Bio. Wikipédia]


Juifs : Une histoire haïtienne

HISTOIRE – 75e du Décret-loi du mois de mai 1939

Dès l’arrivée d’Adolf Hitler à la tête de l’Allemagne. La majorité des intellectuels haïtiens, parmi lesquels Dantès Bellegarde et Jacques Roumain, condamnèrent le nazisme. L’État haïtien ne se contenta pas de désavouer l’Allemagne, mais définit des lignes d’actions beaucoup plus concrètes face au péril affronté par les Juifs.

En vue de faciliter leur immigration, le gouvernement haïtien accepta ces Juifs comme réfugiés politiques, puis les fit naturaliser dans les consulats haïtiens en vertu d’un décret-loi de naturalisation. Donc, Haïti, ce pays aujourd’hui très appauvri, était encore au temps de son prestige, et elle pouvait rester dans son rôle de terre de liberté et de libération. Un temps qui… Pour lire la suite 


Revue IntranQu’îllités # 3. Un rêve en débordement !

Argumentaire – La revue IntranQu’îllités n°3 est arrivée au port, avec à bord plus de 200 contributeurs généreusement liés et reliés autour de la figure cassée/creusée de Christophe Colomb : une mine d’or.

Le prétexte est heureux pour naviguer dans les méandres et les nuances des chimères. Au fil des planctons qui baignent dans l’union libre des 9 rubriques, vieux loups de mer et jeunes flibustiers de la création ont répondu en masse à l’appel, pour brasser et battre les océans comme un jaune d’œuf cassé au cœur du monde. « Oui…, écrit James Noël, ce à quoi nous nous exerçons au fond, c’est de brasser et battre la mer en profondeur pour arriver… à faire vague d’écume dans l’imaginaire: l’imaginaire tumultueux des voyages. Des conquêtes. Des songes. Des mensonges. Du colonialisme. Du sexe. Des pillages. Des frontières. Des massacres. »

Il en résulte un rêve en débordement. Un tsunami de beauté. Une revue unique à marée haute.

Jean Métellus, Marie Darrieussecq, René Depestre, Hubert Haddad, Stéphane Martelly, Lise Gauvain, Jean-Luc Marty, Gisèle Pineau, Makenzy Orcel, Kettly Mars, Gabriele Di Matteo, Frankétienne, Saul Williams, Louise Dupré, Patrick Vilaire, Dany Laferrière, James Fleurissaint, Yvon Le Men, Roberto Stephenson, Yahia Belaskri, Valérie Marin La Meslée, Laurent Gaudé, Thélyson Orélien, Sami Tchak, Gary Victor, Édouard Duval Carrié, Achille Mbembe, Michèle Pierre-Louis, Nimrod.

Ils sont nombreux à jeter l’encre dans la mer intranQu’îllités. Dans un climat où l’altérité est menacée de toutes parts, cette revue permet de convoquer le temps pour une nouvelle éclaircie dans la météo des regards, et rendre notre disponibilité plus poreuse au jeu/je de l’autre.

IntranQu’îllités N°3 Revue littéraire et artistique Maître d’œuvre : James Noël Direction artistique : Pascale Monnin & Barbara Cardone Format : 20,3 cm x 29,7 cm ISBN : 978-99970-61-03-4 304 p. 30 € Parution : 30 mai 2014 Diffusion: L’Oiseau Indigo

 16 déc. 2013: Christian Éboulé nous parle du précédent numéro de la Revue IntranQu’îllités sur TV5.

En librairie en Europe, au Canada et en Haïti: le numéro 3, 304 p. / 30 euros.

En ligneFnac, sur Médiapart et Archambault.

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Argumentaire & Sommaire 

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La Couverture de «IntranQu’îllités», est une réalisation de Pierre Soulages, 94 ans, qui a inauguré le vendredi 30 mai 2014, dans sa ville natale de Rodez le premier musée qui porte son nom. Il a donné au musée 250 de ses œuvres abstraites dominées par le noir, en présence du président Français, François Hollande, dans l’Aveyron.

Source: Revue IntranQu’îllités


Non, les Noirs ne sont pas des cons…

Je rédige ce post en réponse à l’article passionnant publié par mon ami congolais et noir, Serge Katembera Rhukuzage, intitulé « Désolé, mais les Noirs sont des cons« . Je comprends la frustration exprimée dans son message, et je suis d’accord avec son contenu. Cependant, je ne suis pas en accord avec son titre qui ne reflète pas du tout le message du texte. Ce sont plutôt les racistes qui sont des cons en manipulant les causes des Noirs. Le système éducatif doit faire plus pour enseigner l’histoire humaine. Si c’était le cas, nous verrions la fin de l’utilisation du singe comme insulte envers les Noirs et les métis.

Ota Benga, le pygmée congolais

Voyez le photomontage ci-joint. Tout le monde a vu comment il a circulé sur le web et les réseaux sociaux. Il montre Neymar avec son fils sur ses genoux et deux bananes, en réponse au racisme dans le football, en soutien à Daniel Alves. L’image de gauche est celle d’Ota Benga, un pygmée, exposé avec un singe dans le zoo du Bronx à New York en 1906. Ota Benga a été envoyé de son Congo natal à New York pour être exposé lors de l’exposition universelle de 1904.

Son exposition dans un zoo américain était un moyen pour les suprémacistes américains de proclamer la théorie de la supériorité de la race blanche, popularisée par Arthur de Gobineau. Il est important de se rappeler que cette théorie a été contestée par Anténor Firmin, un érudit haïtien, dans son ouvrage « De l’égalité des races humaines » publié en 1885, qui est toujours d’actualité aujourd’hui.

L’histoire d’Ota Benga est racontée dans l’essai de Desmond Morris intitulé « Le zoo humain« . Il est important de se rappeler les erreurs du passé pour ne pas les reproduire à l’avenir.

Le mépris vaut mieux que la réponse

L’action de faire des comparaisons dégradantes entre les Afro-descendants et des singes est un comportement vil, cruel et raciste à la base. Cependant, beaucoup de personnes ne réalisent pas l’impact négatif de l’utilisation du singe comme une forme d’offense et d’insulte, depuis l’exposition d’Ota Benga. Je suis désolé, Neymar, mais cette histoire est plus grande que votre culture et votre phrase « Nous ne sommes pas des singes » ne peut pas être considérée comme une solution pour combattre le racisme persistant.

Il est important de faire une distinction entre deux choses: la réaction de Daniel Alves à manger une banane face à un acte raciste clair et fréquent commis par certaines personnes dans les stades sportifs en Europe, et la campagne de soutien à Daniel promue par Neymar.

Daniel Alves a mangé une banane. Était-ce ironique? Était-ce une forme de protestation non violente à la manière de Martin Luther King? Cependant, je pense qu’il n’aurait pas pu réagir autrement. Devrait-il pleurer comme Ballotelli pour donner plus de crédit à ses adversaires? Non. Cela doit être ainsi. Les joueurs vivent avec ce genre de chose depuis de nombreuses années et cette fois, Daniel Alves a choisi de se moquer de ces imbéciles. C’est une réponse objective au racisme: ignorons-les simplement. Comme le dit un vieux proverbe haïtien: « Le mépris vaut mieux que la réponse. »

Il faut combattre la négativité très positivement

Le football n’est pas épargné par le fléau du racisme, qui prend plusieurs formes, telles que des chants haineux, des bananes jetées par des spectateurs et des propos racistes de joueurs ou d’entraîneurs sur le terrain. Les joueurs tels que Daniel Alves sont visés pour leur couleur de peau, leur religion ou leur nationalité.

Le racisme affecte les gens de différentes manières, mais les conséquences sont les mêmes. C’est pourquoi les réactions doivent être proportionnelles, comme celle de Daniel Alves. Nous pouvons, si nous le souhaitons, trouver des moyens efficaces de résoudre ce problème une bonne fois pour toutes, comme Martin Luther King l’a fait à sa manière.

Neymar, quant à lui, n’a pas compris que même manger des bananes avec son fils ne résoudra pas le problème du racisme. Son rejet du racisme peut être interprété comme une stratégie marketing, peu importe la bonne intention qui y est associée.

Comparer un être humain à un singe est une offense culturelle qui remonte à l’histoire d’Ota Benga, qui a renforcé les croyances en la suprématie de la race aryenne en Allemagne et en Afrique du Sud. La banane, associée aux singes, n’est pas un symbole de lutte contre le racisme. Le singe est en soi un animal incroyablement intelligent et fort.

Thélyson Orélien
Montréal, le 14 mai 2014


La « Santa Maria » de Christophe Colomb retrouvée au large d’Haïti

Ailleurs sur le Web: 

Selon The Independent, des archéologues auraient retrouvé ce qui pourrait être le bateau amiral perdu du grand explorateur italien, à bord duquel il a découvert en 1492, l’Amérique au nord d’Haïti (plus de 500 ans plus tard).

L’une des plus grandes découvertes sous-marines de l’histoire pourrait avoir eu lieu. Selon The Independent, une équipe d’archéologues sous-marins aurait mis au jour l’épave de la Santa Maria au nord de la côte haïtienne. Le bateau mythique à bord duquel Christophe Colomb a découvert, alors qu’il cherchait une nouvelle route vers les Indes orientales, l’Amérique en 1492. «Toutes les preuves géographiques, la topographie sous-marine et les preuves archéologiques tendent à confirmer qu’il s’agit bien du navire amiral de Colomb», a affirmé l’archéologue sous-marin Barry Clifford. Pour le moment, son équipe n’a pu que photographier l’endroit et prendre des mesures.

«Le gouvernement haïtien a été d’une grande aide»

«Le gouvernement haïtien a été d’une grande aide – et nous devons encore travailler main dans la main pour effectuer une fouille plus détaillée de l’épave», a-t-il encore expliqué. L’identification de la Santa Maria a été possible grâce à la découverte, en 2003, du fort construit par Christophe Colomb mais aussi grâce au récit des aventures du navigateur. Après 37 jours de voyage, Colomb a atteint, en 1492, les Bahamas, mais, environ dix semaines plus tard, son navire amiral, la Santa Maria, dérive dans la nuit sur un récif au large de la côte nord d’Haïti avec le navigateur génois à son bord et finit par être abandonné. C’est dans un village indigène que Colomb va donc s’installer et construire un fort. Il repartira deux semaines plus tard pour rejoindre l’Espagne et signaler sa découverte au roi Ferdinand et à la reine Isabelle d’Espagne: ce qu’il perçoit comme étant une nouvelle route à l’ouest de l’Asie.

Une expédition, orchestrée par l’équipe de Barry Clifford, il y a une dizaine d’années, avait déjà permis aux explorateurs de trouver et de capturer des clichés de l’épave – sans leur permettre, à ce stade, de définir sa probable identité. En réexaminant les photographies de l’enquête initiale et en les mettant en rapport avec des nouvelles données apportées du site, Clifford a pu identifier l’épave comme étant celle de la Santa Maria. Son empreinte, laissée par le ballast au fond de l’eau correspond, par ailleurs, à ce qu’on attend d’un navire de la taille de la Santa Maria.

Si l’épave s’avérait être bel et bien la Santa Maria, cela pourrait être, selon Clifford, un merveilleux moteur touristique pour renflouer les caisses d’Haïti.

La Santa Maria mesurait 25 mètres de long et 8 mètres de large. La nef pesait 102 tonnes et était dotée d’un grand mât de 23 mètres. Son équipage était composé d’une quarantaine de marins. La Santa Maria s’est échouée en 1492 au large d’Haïti après avoir exploré les Bahamas.

Retrouvez l’intégralité de cet article dans Le Figaro

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Navigateur génois, découvreur de l’Amérique (Gênes 1450 ou 1451-Valladolid 1506). Christophe Colomb est considéré, à juste titre, comme l’initiateur des Temps modernes, et son voyage de 1492 fait incontestablement de lui le plus grand navigateur de tous les temps.

Famille

Son père est tisserand puis marchand de vin.

Formation

Il reçoit une éducation de navigateur et acquiert un solide bagage cartographique grâce à la connaissance des travaux de Ptolémée et de Marin de Tyr. Il est également influencé par les récits de Marco Polo sur la Chine et le Japon : il pense pouvoir atteindre l’Orient en suivant une route par l’ouest.

Début de carrière

Il voyage en Méditerranée, pour le compte de maisons de commerce génoises.

Premiers succès

Après avoir plaidé sa cause sans succès auprès du roi Jean II du Portugal, il se rend en Espagne en 1485 et monte une expédition financée par les rois catholiques.

Gloire

Parti d’Espagne le 3 août 1492, il atteint les Antilles le 12 octobre 1492, puis débarque à Cuba et à Haïti, avant son retour triomphal en Espagne.

Consécration

Une deuxième expédition, en 1493, lui permet de reconnaître les îles de la Dominique, de la Guadeloupe et de Porto Rico. Lors de son troisième voyage, en 1498, il atteint pour la première fois le littoral du continent américain, le 5 août.

Dernières années

Arrêté pour malversations, puis libéré, il entreprend une quatrième expédition en 1502 et longe l’Amérique centrale, avant de mourir en 1506.

Notice biographique : Larousse Encyclopédie


Je suis d’une grande maladresse manuelle et le déplore

Je suis d’une grande maladresse manuelle et le déplore. Je serais meilleur si mes mains savaient travailler. Des mains qui font quelque chose d’utile, plongent dans les profondeurs de l’être et y débordent une source de bonté. Mon grand-père, qui m’avait élevé et que j’appelle aussi père, était un ouvrier, autant intellectuel que manuel. C’était une âme puissante, un esprit réellement messager. Il disait des choses très étranges. Il disait parfois en souriant : c’est avec les mains que l’on monte au ciel.

En dépit de cette maladresse, j’ai tout de même touché à des choses. J’avais douze ans. J’étais à l’époque un élève au cours fondamental à une Institution presbytérale des Frères de l’Instruction chrétienne dirigée par des prêtres français. Le samedi après-midi, nous avions le choix entre le travail du bois, le modelage, l’artisanat ou la reliure. À cette époque, je ne lisais pas vraiment de textes basés sur la science ou à la technologie. Je lisais tout simplement des poètes, et surtout René Char ou Philippe Jaccottet. Je me fis violence pour ne point relier La parole en archipel, une façon pour moi de le lire sans modification.

Mon père possédait une trentaine de livres, rangés dans l’étroite armoire de son atelier, avec des bobines, des craies, des épaulettes et des patrons. Il y avait aussi, dans cette armoire, des milliers de notes prises d’une petite écriture appliquée sur le coin de l’établi, pendant les innombrables nuits de labeur. Parmi ces livres, j’avais Le monde avant la création de l’homme de Camille Flammarion, un ouvrage illustré de gravures, de cartes géologiques et d’aquarelles, et j’étais en train de découvrir Où va le monde de Walter Rathenau.

C’est l’ouvrage de Rathenau que je me mis à relier, non sans peine. Dans ce petit atelier, chaque samedi, je faisais du travail manuel pour l’amour de mon père et du monde ouvrier. Dans ce livre, mon père avait souligné au crayon rouge, une longue phrase qui est toujours demeurée dans ma mémoire : « Même l’époque accablée est digne de respect, car elle est l’œuvre, non des hommes, mais de l’humanité, donc de la nature créatrice, qui peut être dure, mais n’est jamais absurde. Si l’époque que nous vivons est dure, nous avons d’autant plus le devoir de l’aimer. »

C’est après avoir lu Rathenau que j’ai commencé à avoir en moi un amour immense pour la science et à avoir pleine confiance dans le progrès technique. C’est ma rencontre marquante avec la science ou la technologie. À seulement douze ans, il s’était bâti une puissante philosophie en moi. Une sorte d’illumination scientifique guidée par la passion des livres de paléontologie, d’astronomie et de physique. Mon père est mort sans n’avoir jamais cessé de croire en la nature créatrice, sans n’avoir jamais cessé d’aimer et de pénétrer de son amour le monde douloureux dans laquelle il vivait, sans n’avoir jamais cessé d’espérer voir luire la lumière derrière les lourdes masses de matière.

Thélyson Orélien
Extrait de «L’Enfant à naître», recueil de nouvelles inédit en quête d’éditeur sérieux.


Satisfait d’avoir vu Grand Bassam et Abidjan

Enfin, internet fonctionne presque correctement cette fois. Mais pour combien de temps ? Personne ne le sait. Je profite de cette opportunité offerte par la compagnie MTN pour écrire ces mots. Emmener des blogueurs équipés de leurs ordinateurs portables sur un endroit où chaque clic implique une attente moyenne de cinq à dix minutes (voire plus) avant qu’une page web s’ouvre, c’est comme demander à un artiste peintre de peindre un paysage sans peinture ni pinceau.

J’ai été invité pour le troisième voyage de formation de Mondoblog et de l’Atelier des Médias de Radio France Internationale RFI à Abidjan, car je faisais partie des 67 meilleurs blogueurs francophones du monde, provenant de 27 pays différents (Afrique, Europe, Asie, Amériques et Océanie). Ce fut un voyage stimulant et enrichissant, avec des rencontres sur les plages et dans les clubs de vacances. Je suis ressorti très satisfait de cette expérience.

Pour ceux qui ne connaissent pas le projet Mondoblog : son objectif est de promouvoir l’émergence d’une blogosphère francophone internationale et dynamique. Le but est de contribuer à un développement de contenu francophone de qualité sur internet. Et ses blogueurs sont des symboles, des exemples, des voix écoutées et respectées, lues, commentées et écoutées partout dans le monde. Ils sont invités à participer à des conférences et de nombreux d’entre eux ont trouvé un emploi grâce à leur expertise numérique.

De Montréal à Abidjan en passant par Casablanca

Je me suis rendu en Côte d’Ivoire, un pays récemment touché par des conflits violents. La presse internationale n’a fait que diffuser des nouvelles peu positives sur le pays au moment de sa crise, ce qui m’a causé de l’inquiétude. Cependant, j’ai décidé de voir de mes propres yeux et de me faire mon propre jugement, car il est toujours bon d’explorer de nouveaux horizons.

Le 29 avril, je suis parti en direction d’Abidjan, avec une escale à Casablanca. Le vol n’a pas été sans accrocs, entouré de bébés qui pleuraient et de deux adolescents turbulents qui frappaient le dossier de mon siège. Je me suis vu obligé de changer de place. Une fois arrivé au Maroc, j’ai passé beaucoup de temps en escale et un policier m’a conseillé de visiter Casablanca en train, ce que j’ai fait sans hésiter.

Le premier train m’a emmené au cœur de Casablanca, la capitale économique du Maroc. C’était magnifique de voir une ville qui figure parmi les 77 villes candidates pour être classée parmi les sept plus belles villes du monde, avec des villes prestigieuses telles que Paris, New York, Montréal ou Singapour. Le policier avait raison, car c’est à partir de ce moment-là que ce voyage est devenu vraiment intéressant.

Je suis arrivé à Abidjan dans la nuit du 1er mai à 1 heure du matin, accueilli par la chaleur étouffante de la ville. Seydou, le chauffeur, m’attendait à l’aéroport pour m’emmener à Grand Bassam. Il m’a fourni des informations précieuses sur la sécurité et la mémoire collective du pays, agissant presque comme un bouclier pour me protéger durant mon séjour.

Je me suis immergé dans les odeurs, la chaleur et les saveurs d’Abidjan, rencontrant les gens et découvrant ce qui fait de la ville ce qu’elle est. Abidjan est considérée comme le carrefour culturel de l’Afrique de l’Ouest et est la ville la plus peuplée de l’Afrique francophone de l’Ouest. Elle a connu une longue période d’expansion économique et de croissance, ce qui lui a valu le surnom de « Paris de l’Afrique de l’Ouest », m’a appris Seydou.

Selon une légende, le nom d’Abidjan est né d’un malentendu entre un vieil homme portant une brassée de branches et un explorateur européen perdu. Le vieil homme, effrayé, a crié « Ntchan mbidjan », ce qui signifie en Ebrié « Je viens de couper des branches ». L’européen a compris le nom comme étant « Abidjan ». Cette histoire a été confirmée par la revue Jeune Afrique.

Nous n’avons pas une connaissance approfondie de la véritable nature d’Abidjan, car nous ne l’avons jamais visitée. Les Mondoblogueurs ont consacré la majeure partie de leur temps dans l’ancienne capitale de la Côte d’Ivoire, Grand Bassam, récemment désignée patrimoine de l’UNESCO. Ils ont séjourné à l’Hôtel Tereso, qui n’était pas exceptionnel mais offrait une vue imprenable sur l’Océan Atlantique. Des sessions de formation intensives en journalisme et en outils numériques ont eu lieu du 2 au 12 mai à l’Hôtel, avec huit formateurs et spécialistes de la Nouvelle Technologie de l’Information. Des journalistes expérimentés de Radio France Internationale, de France 24 et des experts de Reporters sans Frontières ont participé à ces sessions.

La nuit à Grand Bassam est agréable, avec des options de divertissement comme les night-clubs No Limit, Épilogue et les maquis, qui sont des bars dansants avec cuisine de la rue. Les discothèques ne facturent pas d’entrée, mais il est apprécié de commander une bière à 1000 Francs CFA après chaque période de danse Coupé-Décalé.

Nous avons effectué deux voyages entre Grand Bassam et Abidjan. Pour l’enregistrement de MondoRadio avec une sélection de blogueurs à Latrille Events, le lieu officiel où RFI célébrait ses 20 ans de diffusion dans le pays. Nous avons eu l’opportunité de visiter l’Assemblée nationale, l’Office National du Tourisme (qui nous a décerné un diplôme en tant qu’Ambassadeurs volontaires du tourisme de la Côte d’Ivoire) et le journal Fraternité Matin. Fraternité Matin est le plus vieux quotidien du pays, qui soutient ouvertement les couleurs du pouvoir en place, ce qui pourrait compromettre sa crédibilité en tant que source critique et indépendante de journalisme. De plus, il est le seul journal financé par les contribuables à disposer de matériels sophistiqués pour imprimer tous les autres journaux du pays, ce qui pose un problème pour la liberté de la presse.

Nous sommes également allés à Abidjan pour écouter un jeune homme éloquent nous parler de son association de lobbying en technologie et en création d’entreprise appelée « Connectic ». Nous y sommes restés plus d’une heure et demie à l’écouter, bien que cela n’ait pas semblé être du goût de la majorité des blogueurs

Plage Grand-Bassam, Côte d'Ivoire.
Ce matin – à Grand-Bassam, Côte d’Ivoire.

Des attraits touristiques de la Côte d’Ivoire

Le voyage en Côte d’Ivoire est une aventure à ne pas manquer pour les amateurs de découvertes. Même si l’Afrique de l’Ouest ne possède pas autant d’attractions touristiques que les Caraïbes, la Côte d’Ivoire est une alternative idéale. Grâce à sa proximité avec les centres de transport importants et ses magnifiques sites naturels et artificiels, ce pays offre un grand nombre de raisons de s’y rendre.

Pendant mon séjour en Côte d’Ivoire, j’ai découvert le Plateau, le quartier commercial d’Abidjan renommé pour ses gratte-ciels modernes. En plus de plages de sable blanc, les nombreuses lagunes d’Abidjan proposent de nombreux endroits paisibles pour échapper à la ville, comme à Grand Bassam.

La musique de la Côte d’Ivoire est riche en diversité linguistique et musicale. Elle est souvent caractérisée par l’utilisation de tambours et de polyrythmies, avec de nombreux styles musicaux uniques. De nombreux artistes ivoiriens, tels que Tiken Jah Fakoly, ont connu du succès sur la scène internationale.

L’Aloko est une des spécialités les plus appréciées, composée de bananes mûres frites avec une touche d’huile de palme épicée, des oignons cuits à la vapeur et du piment. Cela peut être considéré comme des plantains frits et peut facilement être trouvé auprès de vendeurs de rue ou de Maquis, souvent servi avec de la viande ou du poisson.

Abidjan, appelée la Perle des Lagunes, est entourée de plages bordées de palmiers et offre un choix abordable de maisons et hôtels le long des côtes. De nombreuses villes côtières disposent de magnifiques plages, telles que Grand Bassam, qui ont développé des stations balnéaires luxueuses pour les touristes, avec des plages de sable fin et de l’eau chaude qui attirent les nageurs et les baigneurs. Cependant, les courants peuvent être parfois forts et imprévisibles.

En Côte d’Ivoire, la culture est omniprésente dans les rues d’Abidjan grâce aux nombreux tissus colorés. Les vêtements reflètent la diversité ethnique de la population et constituent une expression importante de leur identité. La culture est communiquée à travers les couleurs et les motifs traditionnels des tissus, qui varient en fonction des événements tels que les funérailles, les fêtes et les mariages. J’ai découvert que la culture est profondément ancrée dans la vie quotidienne des gens, qui se reconnaissent davantage dans leur appartenance ethnique que dans un sentiment national fort.

Grand-Bassam, Côte d'Ivoire

Mes sincères remerciements 

Je tiens à remercier les organisateurs et animateurs de Mondoblog et de l’Atelier des Médias pour m’avoir invité, notamment Ziad Maalouf, Simon Decreuze, Raphaëlle Constant, Dylette Sadaoui, Manon Mella et le fondateur du projet, Philippe Couve, pour avoir donné naissance à ce beau projet du « Tout-Monde » avec Cédric Kalonji.

Je tiens également à remercier chaleureusement le directeur de l’hôtel, Raphël Moreau de l’OIF, ainsi que Chantal du blog KongoYetu, une Congolaise élégante qui me rappelle l’une de mes grandes sœurs, et Marek, qui est comme un petit frère pour moi.

Je remercie tout particulièrement mes deux frères d’outre-Atlantique, Debellahi et Adebayo, « deux Mondoblogueurs matures », qui m’ont donné la chance de porter pour la première fois un boubou en Afrique. Vous ne pouvez pas imaginer ce que cela représente pour moi. Je crois que ces deux hommes, ce Mauritanien et ce Béninois, font désormais partie de mon héritage.

Je suis ravi d’avoir visité cette ville, malgré les petits malaises que j’ai eus. C’est difficile de croire que cette ville se trouve dans le même pays qui a connu une guerre civile entre deux candidats prétendant avoir gagné les élections présidentielles de 2010. Cependant, grâce à la Force Licorne de l’Armée française soutenant les forces rebelles dirigées par Guillaume Soro, l’actuel président de l’Assemblée Nationale, Laurent Gbagbo a été vaincu et le président actuel Alassane Ouattara a pu prendre fonction.

J’ai visité environ dix pays dans le passé, mais ce voyage est spécial pour moi car il a une portée symbolique. Abidjan est également connu comme « La ville lumière de l’Afrique de l’Ouest ».

Enfin, j’espère que l’aventure Mondoblog continuera de prospérer dans d’autres régions et que les frontières seront ouvertes !

Thélyson Orélien
Grand Bassam, le 11 mai 2014