Thélyson Orélien

Haïti ou le risque d’un séisme politique

Cinq ans depuis le tremblement de terre dévastateur qui a secoué Haïti, le pays est toujours à la dérive. Le premier ministre Laurent Lamothe est parti. L’opposant et ex-journaliste Evans Paul est en passe de lui succéder.

Personnalité célèbre du paysage politique, Evans Paul est présenté comme un citoyen au-dessus des clivages. C’est la dernière tentative du pouvoir pour calmer les tensions, un pouvoir qui cherche à désamorcer une crise en raison de législatives trop longtemps retardées.

Parlant d’élections, qu’en est-il réellement ? Elles devaient avoir lieu au cours de l’année 2013 pour renouveler le tiers du Sénat de façon à maintenir fonctionnel le Parlement en 2014. Pratiquement tout le monde sait que la politique n’est pas une science exacte, surtout en Haïti. Aujourd’hui nous sommes en 2015, et les machinations politiques nous portent à croire que le pouvoir en place joue très mal le jeu s’il s’obstine à ne pas organiser d’élections.

Sans élection, pas de démocratie, et l’État s’affaiblit lui-même. Dans une démocratie bicéphale comme celle en application en Haïti, le Parlement est l’arbitre qui joue un rôle régulateur sur l’exécutif. Le 12 janvier 2015 est une date fatidique qui marquera la fin du mandat du 2e tiers du Sénat et le départ de la Chambre des députés. Cette date coïncide avec le 5e anniversaire du tremblement de terre du 12 janvier 2010. La législature une fois dissoute, Martelly pourra se donner le droit de gouverner par décrets. Risque de séisme politique ?

Sans Parlement, le pays ne tardera pas de connaître une crise majeure comme celle de 2004. Le président Michel Martelly pourra en maître et seigneur agir comme bon lui semble, voire même procéder à l’amendement frauduleux de la Constitution 1987, sans avoir de compte à rendre à personne.

L’ancien dictateur Duvalier, très choyé avant sa mort par Martelly, qui d’ailleurs a tenté de lui rendre hommage par des funérailles nationales, serait certainement amusé de le voir créer sans trop grandes difficultés une nouvelle dictature. Des partis de l’opposition organisent régulièrement des manifestations antigouvernementales pour exiger la démission du président Martelly, afin d’éviter le pire. «Si le Parlement est caduc, Martelly partira aussi», menace le président du Sénat Dieuseul Simon Desras.

La non-tenue des élections législatives fera état de la grande faiblesse de l’État et de l’incompétence de l’équipe au pouvoir. Elle traduit également une absence de programme politique que beaucoup de secteurs avaient dénoncée au départ et une plus grave violation de la Constitution. Cette situation annonce une tournure négative pour les citoyens haïtiens, et doit être prise en considération par la communauté internationale.

Les difficultés à faire atterrir les promesses électorales, les décisions politiques inadéquates qui se sont suivies durant les années de l’actuel gouvernement nous montrent clairement que l’expertise est bien absente. Le président ne fredonne plus à mi-voix, maintenant, il tâtonne. Premier ministre sur premier ministre et des remaniements ministériels fréquents en sont les preuves tangibles que ce gouvernement a échoué. Le défaut réel est de mettre en œuvre un projet élaboré de développement durable ou d’en d’inventer un.

En fin de compte, la compétence importe peu. Tout ce qui compte réellement, c’est le fait de s’allier des hommes qui peuvent entrer dans la danse et esquisser les pas élégamment dans un laps de temps d’apprentissage. Sitôt initié dans la bande, et une fois qu’on a les prérogatives on oublie impérativement le petit peuple.

Dommage que ceux qui ont vraiment les compétences et les expertises nécessaires pour conduire la barque tardent à se faire entendre. Les gens en ont marre des politicards: des professionnels de la politique, des politiciens manœuvriers, sans scrupules. Depuis trop longtemps, les hommes qu’il faut ne sont jamais à la place qu’il faut en Haïti. Ce pays a tout pour redémarrer, sauf des politiciens qui aient une vision et un réel souci du peuple. Je pense que les Haïtiens méritent mieux.


Briser la chaîne de la corruption

Selon l’Organisation des Nations-Unies, la corruption affecte tous les pays, sapant les institutions démocratiques, le retard de croissance du développement économique et contribue à l’instabilité gouvernementale. C’est le plus grand obstacle au développement économique et social dans le monde. Le thème de cette année pour la Journée internationale de lutte contre la corruption, célébrée le 9 décembre de chaque année, est «Briser la chaîne de la corruption» – une campagne menée par le Programme de développement des Nations Unies et de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime. L’appel a été adressé à toutes les sociétés civiles et tous les citoyens du monde afin de faire barrage à ce fléau. Que disent les experts ?

Le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz dans son livre Le Prix de l’inégalité et James Wolfenshon, économiste et ancien président de la Banque mondiale, ont fait eux-mêmes la conclusion surprenante, selon laquelle, des pays développés économiquement, qui sont pourtant parmi ceux des moins corrompus du monde, par l’entremise de leurs Organismes non gouvernementaux et leurs multinationales sont les grands responsables des corruptions dans les pays dits «Tiers-Monde».

En dépit des détracteurs, ils affirment que, la corruption est une question politique et non économique. Par conséquent, il n’est pas convenable de lutter contre le détournement de petits sommes d’argent des pays démunis.

Donc, si on veut briser la chaîne de la corruption, il faut, avant tout, commencer à lutter contre son aspect qui est : fonctionnaliste, structuraliste et systémique à l’échelle mondiale. Cette thèse a été démontrée par l’Indice de corruption des pays exportateurs (ICPE). Elle révèle entre autres que de nombreuses multinationales basées dans les pays industrialisés continuent d’avoir recours aux pots-de-vin pour remporter des contrats à l’étranger. Les résultats des travaux et d’enquêtes menés par la Banque mondiale ont affirmé la même chose (Chafik Allal, Transparency chez les autres, p. 20-23. ITECO).

La corruption et la mauvaise gouvernance sont étroitement liées. Le fait qu’il y a eu au Québec, par exemple, la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction – communément appelée Commission Charbonneau – est la preuve que le Québec, est l’un des rares à se prendre en main sur la question. C’est peut-être aussi une preuve qu’elle est la province, au Canada, ayant plus de mécanismes mis en place, pour détecter, décrypter, inspecter, et révéler la corruption. Car une commission d’enquête dans le but de mettre le holà sur le phénomène de la corruption n’existe pas toujours dans tous les États.

Un point important, d’un côté (vidéo)

(Extrait de l’excellent film J’ai pas voté disponible en intégralité sur la chaîne YouTube )

D’un autre côté, les firmes transnationales accaparent et détournent des milliards de dollars appartenant aux pays pauvres et à ceux en voie de développement tous les ans, par l’entremise des évasions fiscales et d’autres pratiques illicites.

La corruption est un facteur majeur de pauvreté. Mais si nous voulons être sérieux au sujet de la lutte contre ce problème, la carte de l’Indice de perception de la corruption (CPI) du tableau de classement de Transparency ne pourra pas beaucoup nous aider.

La principale cause de la pauvreté dans les pays «Tiers-Monde» et dans ceux en développement n’est peut-être pas localisée en corruption interne, mais de la corruption qui est endémique au système de la gouvernance mondiale. La corruption dans les partis politiques, le réseau des paradis fiscaux, et autres secteurs de la finance.

Transparency International (TI), l’organisation d’origine allemande vedette de la lutte conte la corruption des gouvernements et institutions gouvernementales mondiaux, a publié son rapport annuel sur l’état de la corruption dans le monde, le mardi 2 décembre 2014. Basé sur le classement des évaluations d’experts et des sondages d’opinion.

La principale conclusion qui ressort de ce rapport c’est que plusieurs pays qui se développent économiquement sont en proie à de graves problèmes de corruption. Il est temps de retourner le mythe de la corruption sur la tête des plus pauvres et commencer à exiger la transparence là où ça compte vraiment si on veut effectivement « Briser la chaîne de la corruption ».

Classement Transparency International – 2014

1. Danemark 92

2. Nouvelle-Zélande 91

3. Finlande 89

4. Suède 87

5. Norvège 86, ex-aequo avec la Suisse

7. Singapour 84

8. Pays-Bas 83

9. Luxembourg 82

10. Canada 81

12. Allemagne 79

14. Grande-Bretagne 78

15. Japon 76

17. Etats-Unis 74

26. France 69

64. Turquie 45

69. Brésil 43

85. Inde 38

100. Chine 36

136. Russie 27

166. Erythrée 18, ex-aequo avec la Libye et l’Ouzbékistan

169. Turkménistan 17

170. Irak 16

171. Soudan du Sud 15

172. Afghanistan 12

173. Soudan 11

174. Corée du Nord 8, ex-aequo avec la Somalie

Méthodologie: le rapport de Transparency classe 175 pays sur une échelle de 0 à 100, du plus corrompu au plus vertueux. Pour établir son indice, Transparency rassemble des avis d’experts au sein d’organisations telles que la Banque mondiale, la Banque africaine de Développement, la Fondation allemande Bertelsmann… Challenges.fr


Y-a-t-il des races humaines ? Pourquoi autant de couleurs de peau ?

Documentaire très intéressant destiné à éclaircir sur l’origine commune des êtres humains mais aussi sur la diversité génétique et physique de l’Homme actuel. On retrouve quelques hypothèses, des dates et des chiffres de cette émission qui se veut très instructive sur les origines de l’homme moderne et ses variations d’apparence. Jamy Gourmaud et Frédéric Courant présentateurs du Magazine scientifique C’est pas sorcier abordent la notion de race humaine et le racisme sous-jacent qui l’accompagne souvent, en démontrant séquence après séquence que les différences liées à la pigmentation de la peau ne constituent qu’une infime partie du programme génétique. Le concept de race, par son incompatibilité avec ce que l’on connaît aujourd’hui sur la parenté humaine, n’a aucun fondement scientifique. [SOSVT]

En 1684 François Bernier fut le premier à imaginer qu’il existait quatre races d’hommes avec une méthode très simple et géographique: à chaque continent son type d’homme. La couleur de la peau, notamment, est toujours un sujet de conversation et parfois de conflits entre différentes populations. Les anciennes tentatives de classification de l’espèce humaine basées sur des pratiques culturelles ou anatomiques continuent malheureusement d’alimenter des théories racistes. Mais pour la Science, les populations humaines forment un seul et même groupe taxinomique, d’une seule espèce. [Homides]

Tous les Humains sont frères… Mais peut-on être vraiment frère des intolérants ?

Sources : France 3 / C’est pas sorcier / Science de la vie et de la terre / Hominides


Michaëlle Jean n’a pas pour mission de représenter Haïti

Michaëlle Jean n’a pas la responsabilité de représenter Haïti, tout comme Obama n’a pas celle de représenter les Afro-Américains.

La candidature de Mme Jean à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie pose question sur les frontières de l’identité. Ancienne gouverneure générale du Canada et première femme à diriger la communauté francophone, elle représente à la fois le Nord et le Sud. Pour certains, cela peut être perçu comme étant trop complexe, en Haïti comme ailleurs, et aller à l’encontre de leur vision figée de l’identité. Je voudrais faire un commentaire sur un paragraphe du journaliste haïtien Nelson Deshommes consacré à Michaëlle Jean :

« Mais si vous croyez qu’elle va pouvoir panser toutes les plaies de son pays natal, ne l’applaudissez pas si vite. Je vous le dis très clairement, inutile de vous leurrer, elle ne sera pas à ce poste pour défendre uniquement les intérêts d’Haïti. Pas si simple que cela. Dois-je vous rappeler quand même que la francophonie compte désormais 80 Etats membres, dont 23 pays observateurs. Michaëlle Jean ne peut porter tous les fardeaux d’Haïti sur ses épaules. »

La mission du secrétaire général de la Francophonie est décrite dans la Charte adoptée en 1997 comme ayant un caractère international. Le secrétaire général ne reçoit aucun ordre ou rémunération de la part de gouvernements ou d’autorités externes. C’est en travaillant pour la guérison de tous les pays francophones que Michaëlle Jean pourra aider à guérir son propre pays d’origine, Haïti. Cependant, il est important de noter que Mme Jean n’a pas de mandat pour représenter spécifiquement Haïti et ne pourra jamais être élue présidente en raison de la Constitution haïtienne adoptée en 1987 qui interdit la double nationalité. L’article 15 de la Constitution haïtienne stipule clairement que la double nationalité haïtienne et étrangère n’est pas autorisée.

Examinons la situation…

Bien que récemment, une version modifiée de la Constitution ait été promulguée par le président Michel Martelly, permettant aux Haïtiens de la diaspora de conserver leur citoyenneté haïtienne, ils ne peuvent toutefois pas exercer de pouvoir politique en Haïti. Cependant, ce document a été révisé et corrigé en collaboration avec les autres branches du pouvoir, en raison d’erreurs nombreuses découvertes dans le texte. L’État haïtien minimise les contributions de la diaspora, qui constitue une source potentielle de richesse pour le pays. La diaspora haïtienne regorge d’experts, de cadres, de professionnels et de personnes impliquées dans le bien-être social des pays d’accueil, il n’est pas nécessaire d’en faire la liste. Cependant, cette diaspora n’est considérée utile que dans d’autres pays. Selon une information de Radio-Canada, les transferts financiers de la diaspora haïtienne ont été estimés à plus de 1,8 milliard de dollars américains en seulement 2008, soit 20% du PIB. Pourtant, le nationalisme dominant ne donne aucune chance ni aucun pouvoir à cette diaspora, constituée de près de quatre millions d’Haïtiens. D’un autre côté, il y a l’image mignonne de l’Haïtien qui fait briller son pays à l’étranger, que tout le monde adore, parce que cela touche fortement à la fierté.

Et le gouvernement haïtien dans tout ça ?

D’après le journal Haïti Liberté (disponible en téléchargement ici), le président Martelly, ancien chanteur, est accusé de gaspiller les fonds du trésor national pour les besoins de sa famille et de ses amis à travers des dépenses coûteuses telles que des voyages à l’étranger, la location d’avions, l’achat de véhicules et des retraits irréguliers de la Banque centrale d’Haïti. Au cours de cette même publication, le sénateur du Nord, Moïse Jean-Charles, critique fermement le président Martelly. En tant qu’opposant du régime actuel, ce sénateur a été insulté et exposé à des gaz lacrymogènes par la police haïtienne lors d’une manifestation il y a quelques semaines.

« Dans le passé, quand un président haïtien voyageait à l’étranger, l’Etat lui versait $5 000 US par jour pour ses frais », a dit le sénateur Jean-Charles à Haïti Liberté. « Aujourd’hui, le président Martelly a quadruplé ce per diem à $20 000 US par jour. Quand sa femme voyage avec lui, elle obtient $10.000 par jour; si ses enfants sont de la partie, ils obtiennent $7 500 par jour, chacun, et les autres personnes de son entourage obtiennent $4 000 par jour »

Le président haïtien et son premier ministre, connus pour leur manque d’implication dans les activités cruciales pour le pays, ont décidé de ne pas participer au sommet de la Francophonie le 30 novembre pour soutenir l’Haïtienne d’origine. Ils ont choisi de déléguer des représentants à leur place. Cela montre leur absence de sérieux… Cependant, l’histoire retiendra que les premiers ministres du Canada et du Québec, Stephen Harper et Philippe Couillard, se sont rendus à Dakar ensemble pour soutenir la candidature de Mme Jean.

Michaëlle Jean élue pour quatre ans à la tête de l’OIF

Michaëlle Jean a été élue pour une durée de quatre ans à la tête de la Francophonie pour poursuivre le travail accompli par M. Diouf. Après avoir exercé avec succès le poste d’envoyée spéciale de l’UNESCO pour Haïti, elle est maintenant à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie pour signer des accords internationaux. Elle peut nommer son personnel sans conflit d’intérêts et diriger les dépenses en faveur de tous les pays membres de la Francophonie, sans privilégier un pays ou un peuple en particulier.

En tant que secrétaire générale de la Francophonie, elle doit servir tous les membres équitablement et je fais confiance à Mme Jean pour son impartialité et son sens de l’éthique, démontrés lorsqu’elle était journaliste et présentatrice à Radio-Canada.

Michaëlle Jean ne privilégiera pas un pays membre en raison de ses liens personnels avec ce pays, qu’il soit d’adoption ou d’origine. Je sais que beaucoup d’Haïtiens peuvent le voir ainsi, tout comme beaucoup de Noirs l’ont pensé pour Obama. Cela ne fera pas d’elle une traîtresse, contrairement à ce que beaucoup pensent aujourd’hui à propos d’Obama.

En tant que secrétaire générale de la Francophonie, son rôle est de présider le Conseil de coopération et de diriger l’organisation, qui comprend 80 États et gouvernements (57 membres et 23 observateurs). Elle est au service de toutes les personnes de ce monde, y compris les Haïtiens.

Barack Obama, Président des États-Unis ou des Afro-descendants ?

Passons maintenant à Barack Obama, comme Nelson Deshommes souhaite en parler en citant Serge Katembera, un chroniqueur talentueux avec qui j’apprécie discuter en raison de son intelligence et de sa capacité à accueillir des idées même les plus divergentes, ce qui peut parfois stimuler nos pensées. Je me rappelle mon dernier échange avec lui, où je lui ai répondu non, les Noirs ne sont pas des imbéciles, en réponse à son texte intitulé « Désolé, mais les Noirs sont des imbéciles ». Nelson Deshommes a également mentionné le mécontentement de notre ami Serge, qui s’est dit déçu après avoir été fan d’Obama à 22 ans. Je cite un extrait de ses propos.

«beaucoup d’Afro-Américains étaient en liesse pensant que le premier président noir des Etats-Unis d’Amérique allait travailler pour le bien-être de sa race.»

Barack Obama est maintenant confronté à une évaluation sans précédent, pour un homme qui était une vedette populaire auprès des électeurs lorsqu’il a remporté l’élection en 2008. Les critiques sur ses contributions à la communauté noire continuent de pleuvoir. Depuis sa première élection, il y a eu un débat sur l’importance d’Obama pour les Afro-Américains et sa volonté de traiter les préoccupations de l’Amérique noire. Même en Afrique et en Haïti, certains attendaient leur part du gâteau simplement en raison de ses ascendances africaines. Cependant, alors que le président a clarifié son agenda pour tous les Américains, les critiques ont commencé à pleuvoir. Malgré cela, son impact sur la communauté noire est toujours considérable, même si certaines critiques soutiennent qu’il n’a pas fait suffisamment.

Pendant son mandat, le président Obama a nommé 287 personnes, dont 55 Afro-Américains et 30 Latinos, surpassant largement ses prédécesseurs. Il a dépassé le président George W. Bush de 10 points de pourcentage et a même battu le président Bill Clinton, populaire auprès de la communauté noire, de deux points. Le travail du président ne s’arrête pas là. La Vice-amirale Michelle Howard, confirmée en tant que nouvelle vice-chef des opérations navales de la Marine, a également été la première femme noire à occuper ce poste sous la présidence d’Obama. Cela montre une volonté du président de promouvoir les compétences noires. Cependant, il reste beaucoup de travail à faire pour améliorer les relations entre les Américains noirs et les forces de l’ordre. Il n’y a que 59 ans que Rosa Parks a changé l’histoire des États-Unis.

Avec la réforme de la santé de 2010, le président Obama a mis fin à des pratiques inefficaces en matière de subventions pour les banques. Depuis juillet 2010, les étudiants peuvent recevoir directement leurs prêts étudiants fédéraux du gouvernement, ce qui leur permet d’économiser 67 milliards de dollars sur dix ans. 36 milliards de ces économies seront consacrés au développement du programme Pell Grant pour les étudiants à faible revenu. Cette mesure permettra également aux jeunes Afro-Américains issus de familles à faible revenu de poursuivre leurs études. En 2009, Obama a également signé la loi sur la prévention des crimes de haine, incluant les crimes basés sur l’orientation sexuelle, la race et la religion.

Bien que le président soit Afro-Américain, il n’est pas seulement le président de cette communauté. Il sert l’intérêt de tout le peuple américain. Il n’y a pas de races en réalité, car pour mettre fin au racisme, il faut reconnaître son absurdité et l’éliminer de nos pensées. Tout le monde appartient à la même race, la race humaine. Assigner une personne à un groupe en fonction de la couleur de sa peau est à mes yeux la définition même du racisme.

Barack Obama a été élu pour diriger les États-Unis en tant que président, pas pour représenter un groupe de personnes de couleur. Il a réussi à redynamiser l’économie américaine et tous les citoyens, quelle que soit leur race, peuvent en bénéficier. Cependant, la politique est souvent complexe et les actes de racisme qui ont augmenté sont souvent destinés à piéger les gens. Barack Obama a répondu adéquatement à ces situations, comme à Ferguson et dans le procès de Zimmerman, où il a déclaré que c’était une tragédie. Il a également souligné la tristesse de se faire suspecter simplement en raison de la couleur de sa peau, ce qu’il a personnellement vécu. Cependant, les critiques de Barack Obama portent également sur sa politique en matière de drones et d’attaques ciblées contre les ennemis. Mais il faut se poser la question : quelles armes démocratiques peut-il utiliser pour se défendre face à toutes les menaces qui existent ?

Avant de se faire une opinion, il est important de se baser sur des faits concrets. Je ne suis pas un fervent admirateur d’Obama, mais je tiens à analyser les éléments de manière impartiale. Les réalisations de Barack Obama méritent d’être reconnues. Il a pris les rênes du pays à un moment difficile, alors que l’économie était en crise à cause de la crise des subprimes et de la crise financière de 2008. Obama a mené à bien une réforme financière, une gestion économique efficace et une réforme de l’assurance maladie, qui vise à éliminer les inégalités en matière de soins de santé pour les Afro-Américains et les minorités. Selon l’administration Obama, plus de 8 millions de personnes de couleur bénéficieront de cette réforme. Le ministère de la Santé travaille activement pour sensibiliser les membres de ces groupes à cette loi importante.

L’engagement environnemental de l’Administration Obama pourrait être considéré comme historique s’il aboutit aux réformes souhaitées. Bien que peut-être imparfaites, ces réformes sont considérées comme des accomplissements concrets et des orientations judicieuses, tout comme la réforme de l’immigration. Cela en fait le plus grand réformateur des 50 dernières années, selon François Durpaire, un expert sur les États-Unis. Plus de 55 indicateurs clés montrent l’ampleur du travail accompli par le président actuel. Le plus significatif est la baisse du taux de chômage, passant de près de 10 % en 2008-2009 à environ 5 % en 2014. Il ne s’agit pas de propagande, mais de faits. Vous pouvez en lire plus sur cet article du Rolling Stone du 8 octobre 2014, écrit par Paul Krugman, économiste récompensé par le prix Nobel et connu pour être l’un des critiques d’Obama.

Obama n’est pas le président des Noirs, mais de tous les Américains, y compris les Noirs. De même, Michèle Jean n’est pas secrétaire générale d’Haïti, mais de l’ensemble de la communauté francophone, incluant Haïti. Imaginez ce à quoi le monde pourrait ressembler si chaque président américain élu dirigeait le pays en fonction de sa race.

N’espérons pas l’impossible

En tant qu’Haïtiens, ne nous attendons pas à ce que Michaëlle Jean puisse réaliser des miracles pour notre pays. Évitons de nourrir les mêmes attentes que beaucoup de Noirs dans le monde entier à l’égard de Barack Obama. Elle n’est plus seulement la représentante spéciale de l’UNESCO pour Haïti, mais l’ambassadrice émérite de la communauté francophone dans son ensemble. Ce n’est pas à elle de compenser les carences du président Martelly. Si celui-ci refuse d’organiser des élections libres, honnêtes et démocratiques pour faire avancer le pays vers un développement durable, et s’il s’emploie à violer la Constitution en gouvernant par décrets pour favoriser la corruption, ce n’est pas la responsabilité de la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie. Engageons-nous plutôt à défier ce pouvoir indigne qui bafoue notre dignité et notre fierté.

Thélyson Orélien


Michaëlle Jean : 1ère femme à la tête de la communauté francophone!

Le dimanche 30 novembre 2014, la très honorable Michaëlle Jean, une Canadienne et Québécoise d’origine haïtienne, a été nommée à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en tant que nouvelle secrétaire générale. Elle est la première femme à occuper ce poste au sein de cette communauté francophone.

Cette annonce est intervenue à l’issue de « difficiles tractations » à Dakar, où le nom de l’ancienne gouverneure générale du Canada a été révélé pour succéder à l’ancien homme d’État sénégalais, Abdou Diouf.

Michaëlle Jean, qui est également représentante spéciale de l’Unesco pour Haïti, est la première femme et la première personnalité non africaine à occuper ce poste depuis sa création en 1997.

Née le 6 septembre 1957 à Port-au-Prince, Haïti, elle est une ancienne animatrice de télévision et journaliste canadienne. Elle a exercé le poste de gouverneur général du Canada de septembre 2005 à septembre 2010, en tant que troisième femme à occuper ce poste après Jeanne Sauvé et Adrienne Clarkson. Polyglotte, elle parle cinq langues (français, anglais, espagnol, italien et créole haïtien).

Famille

Michaëlle Jean est mariée au philosophe et cinéaste français Jean-Daniel Lafond. Ils ont une fille de 12 ans née en Haïti. De plus, Mme Jean est la nièce du poète haïtien René Depestre.

Elle prendra ses fonctions en tant que secrétaire générale de la Francophonie en janvier 2015. Elle représente à la fois le Nord et le Sud et nous avons de bonnes raisons d’être fiers d’elle en tant qu’ambassadrice.

Michaëlle Jean est une personnalité remarquable, avec une riche histoire personnelle et professionnelle. Sa nomination en tant que secrétaire générale de la Francophonie est un accomplissement important, en particulier en tant que première femme à occuper ce poste. Nous pouvons être fiers de son parcours et de son engagement en tant qu’ambassadrice pour le Nord et le Sud.


L’esprit du Printemps arabe

Encore une fois la Tunisie appelle l’attention du monde, comme il y a près de quatre ans, quand un soulèvement populaire, la Révolution de jasmin, a conduit à la chute de Ben Ali. C’est le pays arabe d’Afrique du Nord qui a pris le taureau par les cornes, en lançant le mouvement politique qui allait secouer le monde musulman.

Dimanche 23 novembre 2014, la Tunisie a pris une autre étape importante pour achever sa transition vers la démocratie, par une première élection présidentielle libre et directe. Donc, de tenir tête, comme le seul représentant de l’esprit du Printemps arabe, qu’elle a ensuite diffusé à la Libye, l’Egypte, le Yémen et la Syrie, qui eux ont eu des résultats très différents.

Ben Ali a fui vers l’Arabie saoudite, et l’ancien Premier ministre, Mohamed Ghannouchi, a temporairement pris la relève en convoquant des élections parlementaires. L’élection de l’Assemblée constituante tunisienne de 2011, le parti islamiste modéré Ennahdha l’avait remportée. D’une mouvance révolutionnaire à un parti politique légaliste, Ennahdha: Mouvement de la Renaissance (Nahda en arabe) s’est retrouvé en ce moment-là contraint de modifier sa stratégie qui espérait que la Tunisie devienne un État islamique.

En octobre 2013, un nouveau Parlement a été élu et, janvier dernier, en adoptant une nouvelle Constitution, considérée comme la plus progressiste du monde arabe. Les partis laïques et les islamistes ont agi avec prudence louable, évitant la radicalisation et de confrontation qui pourrait mettre tout à perdre. Sous l’argument selon lequel il voulait augmenter «la polarisation croissante du paysage politique», Ennahda n’a pas présenté de candidat à la présidentielle de dimanche 23 novembre.

Les résultats préliminaires indiquent un second tour le 28 décembre prochain entre Béji Caïd Essebsi, 87 ans, président du Parti laïque et anti-islamiste Nidaa Tounes, qui a le plus de sièges au Parlement; et le président de la République tunisienne à titre provisoire Moncef Marzouki, 69 ans, écrivain, médecin et militant des droits de l’homme tunisien, fondateur du Congrès pour la République.

Le plus gros problème d’Essebsi [en tête avec 39,46 % (1 289 384 voix), face à 33,43 % (1 092 414 voix) pour Marzouki], ce sont ses liens avec les gouvernements précédents, Habib Bourguiba et Ben Ali. Et Marzouki lui-même est susceptible de recevoir le soutien d’Ennahdha au second tour.

Il reste encore beaucoup de problèmes à résoudre, à commencer par le chômage résultant de la faible performance économique tunisienne. Un autre est la promotion de l’extrémiste du groupe salafiste Ansar al-Charia qui compte plusieurs milliers de partisans, responsable d’une série d’attaques et l’assassinat de deux dirigeants adverses l’an dernier. Même avec des difficultés, les Tunisiens qui ont initié le Printemps arabe nous démontrent que démocratie et pays musulman ne sont pas incompatibles.

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PS: Image à la Une: Un citoyen tunisien montrant son doigt encré après avoir voté à un bureau de vote lors de l’élection présidentielle tunisienne le 23 Novembre 2014, à Tunis, en Tunisie. (Photo Stringer/Agence Anadolu/Getty Images)


Des mots « magiques » à taper sur Google

Sur sa chaîne YouTube Poisson Fécond – Chris, un jeune homme créateur de p’tites vidéos, nous apprend des trucs instructifs, avec une bonne touche d’humour. Dans la vidéo jointe à ce billet, il nous présente des mots-clés «magiques» et des formules mathématiques à taper sur Google. Le résultat est hallucinant. Vous n’avez rien à craindre des virus, puisque l’initiative vient de Google lui-même. Le plus puissant moteur de recherche d’Internet à l’heure actuelle, le plus utilisé dans le monde.

Ces mots-clefs et formules avec des fonctions trigonométriques produisent des effets tout à fait uniques. Une occasion pour les petits génies en mathématiques de commencer par développer leurs propres formules pour représenter des objets aussi divers comme: un arbre de Noël, un cœur ou, plus original, le symbole de Batman. Google leur permet de représenter des courbes de fonctions mathématiques. Il suffit d’opérer la saisie dans le champ de recherches (The official Google Search blog).

Ces formules reposent sur la technologie WebGL, qui est une spécification d’interface de programmation de 3D dynamique pour les pages et applications HTML5 créée par le Khronos Group, pour les navigateurs Internet (Firefox, Chrome, Safari, Opera), mais pas pour Internet Explorer. Intéressant. Parce que les mathématiques peuvent être aussi un vrai plaisir !

Voici en résumé les mots-clés dans la descriptif de la vidéo.

→ zerg rush 
do a barrel roll
blink html
la réponse de la vie
conway’s game of life
→ askew (ou tilt)
→ formules mathématiques

Regardez maintenant ce que donne ces formules en les tapant sur Google.

► FORMULE À COPIER/COLLER POUR UN SAPIN DE NOEL

0.2*((8-x)^(5/2))(x)^(1/2))*sin(2x), 12(0.1 – (x-8)^2)^(1/2)*sin(1000x), 10x(-x-1)/(((-x)^(1/2))^2)/(((x+1)^(1/2))^2)sin(1000x), (-x+8)^(3/2)(x^(1/100))*(1+0.2cos(-0.8+3x^(6/4)))*sin(200x)

► FORMULE À COPIER/COLLER POUR UN ŒUF

1.2+(sqrt(1-(sqrt(x^2+y^2))^2) + 1 – x^2-y^2) * (sin (10 * (x*3+y/5+7))+1/4) from -1.6 to 1.6

► FORMULE À COPIER/COLLER POUR UN CŒUR

5 + (-sqrt(1-x^2-(y-abs(x))^2))*cos(30*((1-x^2-(y-abs(x))^2))), x is from -1 to 1, y is from -1 to 1.5, z is from 1 to 6

► FORMULE À COPIER/COLLER POUR BATMAN

2*sqrt(-abs(abs(x)-1)*abs(3-abs(x))/((abs(x)-1)*(3-abs(x))))(1+abs(abs(x)-3)/(abs(x)-3))sqrt(1-(x/7)^2)+(5+0.97(abs(x-.5)+abs(x+.5))-3(abs(x-.75)+abs(x+.75)))(1+abs(1-abs(x))/(1-abs(x))),-3sqrt(1-(x/7)^2)sqrt(abs(abs(x)-4)/(abs(x)-4)),abs(x/2)-0.0913722(x^2)-3+sqrt(1-(abs(abs(x)-2)-1)^2),(2.71052+(1.5-.5abs(x))-1.35526sqrt(4-(abs(x)-1)^2))sqrt(abs(abs(x)-1)/(abs(x)-1))+0.9 x is from -9 to 9 y is from -4 to 5

► FORMULE À COPIER/COLLER POUR UNE FLEUR

sqrt(x*x+y*y)+3*cos(sqrt(x*x+y*y))+5 from -20 to 20

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Le salopard

PS: Ce texte n’est qu’un récit fictif qui dépeint des réalités. Octobre 2014, nous sommes au Québec. Bonne lecture.

Un loulou blanc baptisé Gaston s’envola par la fenêtre du cinquième étage d’un bâtiment neuf à Montréal-Ouest, encore ceinturé d’échafaudages. Tout le long de sa chute, Gaston poussa un cri, de sa voix de chien d’appartement, comme une petite bouilloire qui s’essouffle, avant de rebondir sur le capot d’une Mazda-3, de partir en dérapage contrôlé sur le trottoir et de s’immobiliser devant une file d’écolières qui attendaient l’autobus. Étonnamment, il y eut peu de sang, mais le spectacle de la matière cervicale de Gaston suffit à mettre les écolières au bord de la crise de nerfs.

Entre-temps, là-haut, l’homme qui venait de balancer le loulou dans le vide après l’avoir fait tournoyer au-dessus de sa tête en le tenant par une patte, un certain Babas, qui se penchait par la fenêtre, il rigolait. Sa conjointe qui, lorsqu’elle s’adressait à son chien, se présentait à lui sous le nom de «Asson», recula de quelques pas en titubant, puis se rua dans sa cuisine, où elle cueillit un couteau sur le support magnétique, longue de vingt-cinq centimètres et large de cinq. Quand les agents de Service de Police de la Ville de Montréal – Bernard Ostiguy et Jean-Pierre Lalonde enfoncèrent la porte de l’appartement 503, ils découvrirent la conjointe de Babas plantée devant la porte de sa chambre. Elle lâcha un soupir, leva le poing, agrippa le manche du couteau des deux mains pour arriver, non sans mal, à extirper la lame.

– Madame, dit Ostiguy… Elle ne se tourna pas vers lui. Le couteau brandi et toujours empoigné à deux mains. Elle avait le visage pâle, sillonné de larmes, les pieds nus et menus sous une chemise de nuit blanche. – Madame, je suis l’agent de Police, reprit-il. J’aimerais que vous posiez ce couteau, s’il vous plaît. Il avança d’un pas, les mains levées, les paumes en avant. S’il vous plaît répéta-t-il. Mais elle n’a rien entendu.

Madame avait les yeux écarquillés, le regard vide et, à part le tremblement de ses avant-bras, elle était totalement immobile. Le couloir où ils se trouvaient était étroit; Ostiguy sentait Lalonde, juste derrière lui, qui avait très envie de passer. Il cessa d’avancer. Un pas de plus, et il serait à la portée d’un coup de couteau.

C’est la police ! Fit une voix derrière la porte de la chambre. – C’est la police ! La madame sursauta, comme si quelque chose lui revenait en mémoire. – Salaud ! Salaud ! s’écria-t-elle aussitôt, et elle se remit à taillader la porte.

Cette fois, comme la femme était fatiguée, la pointe de la lame ricocha sur le bois, ripa sur le panneau, Lalonde lui tordit le poignet et n’eut guère de mal à lui retirer le couteau des mains. Mais elle se frappa contre la porte de ses deux paumes, cassant tous ses bracelets, et ce dernier accès de colère frénétique ne fut pas facile à maîtriser. Enfin, les deux policiers réussirent à l’asseoir dans le canapé vert du salon.

– Abbatez-le, écructa-t-elle. Abattez-le ! Elle s’enfouit la tête entre les mains. Comme si ses bras pouvaient cacher tout son corps. Elle avait à l’épaule des hématomes bleuâtres et verts. Le policier retourne à la porte de la chambre en grommelant.

– Vous vous êtes disputés à cause de quoi ? demanda Lalonde à la femme. – Monsieur est jaloux, il ne veut plus que je fasse mon job. Je suis préposée. – Quoi ? – Je suis préposée aux bénéficiaires. Il s’imagine que… – Ok, je comprends, lui dit Lalonde. On parlera de tout ça bientôt… Elle avait des yeux saisissants, couleur noisette et clair, et le point d’interrogation du policier l’a mit un peu en colère.

– Depuis que je travaille comme préposée aux bénéficiaires, dit-elle, il croit que je joue aussi l’hôtesse… Et elle détourna le visage vers la fenêtre. Ostiguy amenait le mari en le tenant par la nuque. D’un geste sec, monsieur remonta son pantalon de pyjama en soie à rayures rouges et noires, et sourit à l’inspecteur, d’un air entendu.

– Merci, dit-il. Merci d’être venus. – Alors ça vous plaît, de frapper votre femme, monsieur? Aboya Lalonde en se penchant vers le «con–joint». L’homme avait encore la bouche ouverte lorsque Ostiguy le força à s’asseoir, sans ménagement. Ostiguy était brigadier, un vieux subordonné, un bon collègue, vraiment. Voilà près de dix sept-ans maintenant, bon an mal an, qu’ils travaillaient ensemble.

– Ça vous plaît de la frapper, et ensuite de balancer son pauvre toutou par la fenêtre ? Et après, vous nous appelez pour qu’on vienne à votre secours? – Elle vous a raconté que je l’avais frappée ? – J’ai des yeux pour voir. – Alors regardez un peu ça, se défendit Babas en tordant la mâchoire.

Et il releva la manche de sa veste de pyjama, révélant une montre en argent étincelante et quatre griffures, à intervalles réguliers, profondes et violacées, qui remontaient depuis l’intérieur du poignet vers le coude…  D’autres, hein, j’en ai d’autres, insista-t-il, et il se plia en deux, il baisa la tête, écarta son col de pyjama pour révéler la peau.

Lalonde se leva et contourna la table basse. L’omoplate de Babas, ainsi connu, conservait en effet une marque de coup, l’épiderme était rouge et tuméfié, mais il ne put voir jusqu’où se prolongeait cette marque.

– D’où ça vient ? – Elle a fracassé sur mon dos, une jolie canne de marche en bois que j’ai acheté. Épaisse comme ça, elle était, se plaignit-il, en dessinant un cercle avec son pouce et son index.

Ostiguy alla à la fenêtre. En bas, un groupe de jeunes écoliers jouaient des coudes autour du petit corps blanc ; c’était à qui s’en approcherait encore un peu plus. Des jeunes filles poussaient des glapissements suraigus, la main plaquée sur la bouche, et suppliait les garçons d’arrêter. Dans son salon, la conjointe de Babas, le menton rentré dans sa poitrine, atomisait son compagnon du regard.

– L’amour, lâcha Ostiguy d’une voix feutrée. L’amour tue, l’amour c’est idiot. Il s’appelait comment ton chien ? – Gaston. – Pauvre Gaston… ça fait pitié quand même.

Police de quartier — Montréal-Ouest

La pièce mesurait à peu près huit mètres de large, avec quatre bureaux au fond, alignés d’un bout à l’autre. Il y avait un crucifix punaisé au mur, environ d’une douzaine de centimètres de haut, sur le bureau de Lalonde. Ostiguy s’était senti obligé de mettre son bureau de l’autre côté, un peu plus loin vers l’autre mur, manière certes un peu retorse d’affirmer la laïcité ajoutée à ses valeurs québécoises. Cinq policiers se mirent au garde-à-vous dans un mouvement brusque avant de retomber dans leur posture habituelle, affalés sur les chaises en plastique blanc.

– Louis-Philippe Belisle ! Rhéa Castonguay ! Bernard Ostiguy ! Jean-Pierre Lalonde ! s’exclama le sous-inspecteur Marc Pierre-Louis d’un ton amical à ses collègues. Il les fait un petit clin d’œil en guise de salut, depuis l’autre bout de la pièce. – Bernard Ostiguy, Monsieur Abib Staifi a demandé pour vous. – Il est où Staifi ? – Avec une meute de journalistes. Il leur sert le thé, et leur expose notre nouvelle méthode d’opération contre le crime organisé.

Staifi, le commissaire divisionnaire adjoint pour la Zone 13. Mais son bureau se trouvait dans un immeuble indépendant, dans le quartier général de district. Il adorait les journalistes, possédait une aptitude naturelle à se montrer jovial avec eux, et un talent tout récent pour les distiques poétiques, dont il émaillait dans ses interviews. Les autres se demandaient s’il ne lui arrivait pas, la nuit, de veiller jusqu’à une heure avancée pour s’exercer devant un miroir, recueil de poèmes en main.

– Bon commenta Ostiguy. Il faut bien que quelqu’un les tienne informé de tout le sale boulot qu’on se coltine.

Ils s’étranglent de rire.

Ostiguy s’assit à son bureau, voisin à celui de Lalonde, et d’un coup sec, ouvrit le Journal de Montréal. Une fusillade a eu lieu au parlement à Ottawa, on a attaqué le symbole de la démocratie canadienne. La nouvelle, ipso-facto, fait le tour du monde, faisant une traînée de poudre. Le suspect a tué une personne avec son arme de chasse, mais a été abattu lors d’un échange de coups de feu par le responsable de la sécurité du parlement. La Gendarmerie Royal agi sur la base de ses renseignements, la thèse de terrorisme n’a pas été écartée. Certains ont tracé la ligne de la maladie mentale. Agnès, une Française établie au Canada laissa un commentaire au Courrier des lecteurs dudit journal. Sur l’événement et l’annulation de la cérémonie en honneur de la jeune Pakistanaise, Prix Nobel de la paix, qui devait être faite citoyenne d’honneur du Canada.

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Venant d’un pays qui a connu des (vraies?) attaques terroristes (entre autres, l’attentat de la rue de Rennes en 1986 – 7 morts et 55 blessés-, dans les RER B en 1993 -8 morts et environ 146 blessés- et 1995 -8 morts et 117 blessés), la panique morale, politique et judiciaire qui s’est emparée du Canada depuis la fusillade à Ottawa me paraît parfaitement exagérée. Mais là, cette surenchère que je trouve aberrante se transforme en irrespect total pour cette jeune femme qui a vécu la violence dans ses chairs. Franchement, sans être une grande fan de Malala Yousafzai, je trouve cette annulation ridicule, irrespectueuse et totalement inappropriée. On pourrait saluer le courage de cette fille ou tout du moins respecter le symbole de lutte contre la violence qu’elle représente. 

Un autre commentaire de Pascale, solidaire avec l’Association des femmes autochtones du Canada qui réclame la tenue d’une enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

Que compte faire le gouvernement pour contrer les terroristes qui enlèvent, violent, tuent des femmes autochtones par centaines au Canada?

– Voilà, tout est dit ! S’exclame Ostiguy.

Dans d’autres articles: plus d’une dizaine de cambriolage, des vols de voiture, le gangstérisme, la mafia, la corruption politique dans l’industrie de la construction montréalaise, plusieurs agresseurs sexuels libérés et le procès du Canadien Luca Rocco Magnotta, «premier tueur 2.0» auteur du meurtre prémédité d’un étudiant Chinois, son amoureux. Le meurtrier aurait utilisé Internet pour diffuser une vidéo dans laquelle il mutilait, dépeçait le cadavre de sa victime. En lisant, l’inspecteur Ostiguy observa Lalonde qui entendit Babas, dans la salle d’interrogation en face de lui, avant d’aller prendre son déjeuner, il resta en poste et se fit livrer du poulet général tao à base de riz et de lentilles par le restaurant asiatique tout proche. Les piments lui donnèrent un bon coup de fouet, mais quand il eut terminé, il fut incapable de s’extraire de sa chaise. Pourtant le plat fut plutôt léger. Il se sentit accablé, moulu par son rude boulot. Il finit par se redresser péniblement. Pourtant, subitement, une tension aiguë, surgit du tréfonds, le mit en colère et, l’espace d’un court moment, il parvint à remémorer la cause de cette agitation.

– C’est affreux, fit enfin Ostiguy, tout émotif de penser que ce Monsieur puisse traiter ainsi une dame, sa propre femme.

– Ah, oui des femmes, écarta Pierre-Louis, sur un air sarcastique, j’en ai eu des tas. Peut-être que je les ai fait de la peine, moi aussi, mais je leur ai tout donné. Je ne parle pas en matière d’argent. Je leur donne ça, il se frappa la poitrine gauche.

– Ostiguy tendit la main. Ne fait pas de «joke» avec ça Pierre-Louis. C’est tout bonnement affreux de penser, en plein vingt-et-unième siècle, qu’on puisse traiter ainsi une femme, «icitte» chez nous ? Dans la Belle Province ? Au Québec ?

– Oui c’est un complet d’enfoiré, nous, la seule façon de nous occuper d’un salopard c’est de tout remettre à la justice. Notre job, ça s’arrête là.

– De quelle justice tu me parles ? De celle justice qui condamne des pauvres gens, pour enfin les déclarer innocents trente (30) ans après aux États ? Ou de la nôtre, qui par des simulacres, nous déclare la «non-responsabilité criminelle» pour un criminel de première classe qui a poignardé à mort ses deux fillettes, dans le but de faire souffrir leur mère. Et dit qu’il est médecin. Quand même ! Notre système de justice est trop tolérant, cher ami. Entre 1992 et 2010, les verdicts de non-responsabilité criminelle ont triplé, passant de près de 400 à plus de 1200 cas au Canada. Ce qui inquiète le plus, c’est que le Québec demeure toujours, année après année, le champion de l’irresponsabilité criminelle dans ces décisions judiciaires. Ce salopard, on doit le libérer demain au petit jour, mais je te rassure qu’à l’avenir ce n’est pas nous qu’on va appeler.

– Qui d’autres, Ostiguy, veux-tu qu’on appelle ? Ne sommes-nous pas les seules forces de l’ordre à avoir à l’œil sur toute cette grande ville ?

– Es-tu sérieux ? Je connais trop bien mon métier. Je le fais depuis des années, bien avant toi d’ailleurs. Tu ne peux pas me donner des leçons. À l’avenir, ce n’est pas nous qu’on va appeler, on appellera les ambulanciers. Car la pauvre dame risque de finir éventuellement comme son chien.

Thélyson Orélien

Montréal, 25 octobre 2014