Thélyson Orélien

Port-au-Prince cristal fragmenté

La mort,
tel un faucon plane.
Elle guette ses proies,
de tout son poids.

Port-au-Prince
cristal fragmenté
Se réveille chaque jour
pleurant un fils
un inconnu abattu par la nuit.

Par un pistolet.
Par une,
par deux,
par trois cartouches froids
comme les yeux de leurs porteurs.

Ont pénétré dans la maison
semant le deuil.
Sont repartis calmes.
Sont repartis avec sécurité.
Laissant un concert de mouches.
Vacarme de micros.


L’erreur stratégique de Tsipras

Après un détour référendaire, les représentants de la Grèce et les prêteurs européens ont annoncé un accord qui fait de la place pour un autre programme d’aide au pays. Confronté à de dures réalités, le premier ministre grec et chef de la coalition de la gauche radicale, Alexis Tsipras, a cédé aux exigences des prêteurs en acceptant de nouvelles propositions imaginées par l’Eurogroupe: pratiquement les mêmes qu’il avait rejetées lors du référendum de juillet.

Les prêteurs ont montré une volonté d’offrir un troisième paquet de sauvetage à la Grèce pour couvrir les besoins du pays : elle pourrait obtenir plus de 80 milliards d’euros. Les deux premiers plans de sauvetage de 2010 et 2012 avaient pris fin alors que le pays ne pouvait pas rembourser ses créanciers – la Banque centrale européenne (BCE), le Fonds monétaire international (FMI) et la Commission européenne- voire même sa propre administration.

Au total, l’Union européenne et le Fonds monétaire international, par l’entremise du Mécanisme européen de stabilité (MES), ont prêté 254 milliards d’euros à la Grèce. Qu’en sera-t-il maintenant pour cette troisième phase d’aide ? Les banques grecques, sur le bord de l’abîme, recevront également un soutien allant jusqu’à 25 milliards d’euros pour une recapitalisation, dont 10 milliards seront alloués immédiatement. La moitié des créances des banques ont été effacées en 2011 et 2012.

Rien n’est gratuit dans toute négociation. Pour être admissible à l’argent, le gouvernement grec fera face à des coupures budgétaires, augmentera les impôts et mènera à bien ses privatisations en cours. La Grèce devra se soumettre à l’austérité sévère, qui comprend l’augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée et la mise en œuvre des réformes dans son système de retraite, l’un des plus hauts points de résistance du gouvernement grec. L’Eurogroupe exige d’Athènes des abandons de souveraineté aux dates des périodes de soldes, la surveillance des institutions internationales, l’imposition d’un droit de regard sur les institutions et les projets normatifs grecs.

Il sera également question d’appliquer un mécanisme quasi automatique pour les réductions de dépenses si Athènes écarte des objectifs d’excédent primaire dans le processus d’assainissement de ses banques. Il est prévu que les titulaires de comptes grecs aient des pertes sur les montants déposés au-dessus d’un certain niveau, comme ce fut le cas lors de la crise financière chypriote de 2012-2013. Ces mesures doivent être mises en œuvre pour que l’accord soit complètement validé. Les économies totales estimées pour la Grèce sont de 12 milliards d’euros sur deux ans.

Erreur stratégique

Le résultat des négociations tendues qui sont passées de la nuit du dimanche 12 juillet à lundi 13 juillet 2015 montre que la réalisation du référendum grec était une erreur stratégique de Tsipras. Appelés à renforcer leur position dans les négociations avec les prêteurs juste après le résultat du « non », les Grecs, qui ont fait un référendum contre l’austérité, reçoivent finalement des mesures encore plus austères après deux nuits incroyablement mouvementées. Alexis Tsipras a reconnu lui-même avoir signé un texte auquel « il ne croit pas », mais qu’il quand même signé.

« J’assume mes responsabilités pour toute erreur que j’ai pu commettre, j’assume la responsabilité pour un texte auquel je ne crois pas mais je le signe pour éviter tout désastre au pays. »

D’une part, Tsipras a frustré l’attente des Grecs qui ont voté « non » et les membres de son parti Syriza, premier parti au Parlement grec, qui rassemble des groupes plus radicaux de gauche et d’extrême gauche. D’autre part, il a été désavoué par son ministre des Finances Yanis Varoufakis, qui a démissionné de son poste au lendemain du référendum, ce qui a éveillé les soupçons sur l’engagement de Tsipras à la mise en œuvre des mesures convenues.

Si les Grecs qui ont voté « non » voient le règlement comme une trahison, des pays comme le Portugal et l’Espagne, qui ont été contraints d’adopter des mesures d’ajustement budgétaire strictes par une aide beaucoup plus faible, ne sont pas très joyeux devant le volume des ressources allouées à la Grèce au détriment des contribuables européens. Ces membres de la zone euro sont insatisfaits que les Grecs, en dépit de ce qu’ils disent, n’aient pas encore fait les réformes nécessaires pour assainir leur économie.

Les coûts des pensions et retraites, par exemple, restent à des niveaux non durables (18 % du PIB, un taux élevé au profil démographique du pays). Mais l’accord est une étape importante pour maintenir la Grèce au sein de la zone euro, comme le veut le premier ministre Tsipras, afin d’éviter davantage de risques économiques et géopolitiques à Athènes.


Propositions de l’Eurogroupe du 11 juillet 2015:

Propositions de l’Eurogroupe du 11 juillet 2015 by LeMondefr


Peut-on vraiment rire de Hollande ?

François Hollande, est le président français qui bat le record du dirigeant le plus impopulaire de la Ve République, selon les mesures de cotes de popularité. Élu président de la République le 6 mai 2012, avec 51,64% des voix. En 2014 il a chuté dans les sondages à 13% de satisfaction, quant à son action à la tête de l’Elysée, et malgré ses différentes offensives médiatiques durant les récents événements de «Charlie», il y a 4 mois. Mais une fois en Haïti, sa chute n’était plus qu’au sens figuré.

Selon Paris Match la visite de Hollande en Haïti avait été boudée et bousculée par une bonne partie de la population, depuis l’épineuse «polémique qu’il avait suscité avec ses propos sur le remboursement de la dette» envers Haïti, pays que la France avait arbitrairement rançonné. Cette étape de la tournée avait été tendue pour Hollande. Selon Mariane Grépinet, envoyée spéciale de Paris Match en Haïti: «seuls les 1000 invités officiels étaient autorisés à assister à son discours.» Les citoyens haïtiens, eux, étaient tenu à distance.

Quelques dizaines de manifestants venus pour l’accueillir à l’aéroport international Toussaint Louverture à Port-au-Prince avait été refoulés par la police haïtienne. Longue tournée dans les Caraïbes, et polémique sur question de la dette, c’en était visiblement trop pour François Hollande.

Frantz Duval, rédacteur en chef du plus ancien quotidien haïtien Le Nouvelliste, a fait un résumé de la «maladresse» de Hollande sur la tweetosphère: «La France & Haïti n’avaient pas de contentieux ouvert sur la dette a passé sa brosse à promesses sur les cicatrices de notre passé.»

Au moment d’accéder à la tribune officielle du Champs de Mars, pour prononcer son discours, le président français a loupé une marche et a trébuché par terre, mais très rapidement relevé par le président haïtien Michel Martelly et d’autres officiels haïtiens qui l’accompagnaient. La scène n’a pas échappé à l’œil des nombreuses caméras et journalistes sur place pour immortaliser l’événement.

Comme ce fut le cas pour «le président Zimbabween Robert Mugabe, 91 ans, qui a trébuché en voulant descendre une marche à sa sortie du 24e sommet de l’Union africaine (UA) en Ethiopie – à l’issue duquel il a pris la présidence de l’UA.» Tourné en dérision par les internautes, la question avait été lancée par Courrier International. Peut-on vraiment rire de la chute de Robert Mugabe?

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En posant la même question dans le cas de Hollande, la réponse me semble plutôt négatif. Non, on ne peut pas vraiment rire du locataire de l’Elysée. Car les internautes auraient fait bien peu de cas de la chute du président zimbabwéen, si son régime autoritaire n’avait pas lui-même attiré l’attention sur l’incident en tentant de le censurer. C’est ce qui fait une grande différence entre les deux chutes.

Chuter n’a rien d’extraordinaire. Et le fait d’être chef d’État, Français ou Zimbabween, Américain ou Haïtien, n’y change rien. Et surtout dans le cas de François Hollande, si on considère le décalage horaire, et sa longue tournée qui l’a notamment menée à Cuba, en Martinique, en Guadeloupe, et donc en Haïti.


Haïti-France : l’épineuse question de la dette

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Des voix plus sensibles soulignent la procession des despotes qui ont pillé Haïti au fil des ans, le privant d’une infrastructure efficace et le rendant particulièrement vulnérable face aux catastrophes. Mais pour de nombreux Haïtiens, la faute incombe plutôt à l’expérience coloniale, aux négriers et extorqueurs de l’empire qui l’ont paralysé avec une dette indigne le gardant de façon permanente en retard dans sa croissance économique. La ligne de faille va directement à la France.

Au 18è siècle, Haïti, le bijou des grandes Antilles, était le plus grand exportateur de sucre au monde, la perle des Caraïbes (à l’époque la canne à sucre avait la même importance dans l’économie que le pétrole a aujourd’hui dans notre économie). Mais selon les normes coloniales, les traitements imposés aux esclaves, moteur de cette prospérité, travaillant dans les plantations furent atroces, ignobles et déshonorants. Ils sont morts si vite que la France importe 50 000 nouveaux par an afin de maintenir ses chiffres et ses profits.

Indignés, les esclaves d’Haïti se révoltent sous la direction de leurs chefs autodidactes Jean-Jacques Dessalines et Alexandre Pétion. Après de longues guerres de libération, les forces de Napoléon ont été défaites. Les Haïtiens ont déclaré leur indépendance le 1er janvier 1804 et furent les premiers à qualifier l’esclavage de crime contre l’humanité.

Haïti a été fondée sur l’exigence des droits et l’autonomie de personnes dont la liberté avait été volée: le pays lui-même est un hommage à la liberté et la résilience humaine.

Ces esclaves révoltés juraient de «vivre libres ou mourir». Mais cette «impertinence», la France ne leur a jamais pardonnée, y compris la perte des revenus de son système esclavagiste: 800 plantations de sucre détruites, 3000 plantations de café perdues. Un blocus commercial brutal a été imposé à la jeune République durant un siècle et demi. Coupable de sa liberté, Haïti fut obligée de payer une indemnisation gigantesque.

En 1825, vingt-et-un ans après l’indépendance d’Haïti, la France a imposé à son ancienne colonie une indemnité de 150 millions de francs-or, sous la menace d’une invasion militaire et d’une restauration de l’esclavage. L’ordonnance royale de Charles X a été soutenue le 17 avril 1825 par une flotte de 14 navires de guerre français à la remorque dans la rade de Port-au-Prince, prête à intervenir.

Les conditions étaient non négociables pour Haïti, déjà épuisée par de longs combats et son dur devoir d’exister en tant que jeune nation. Le pays fut obligé d’accepter l’inacceptable, celui de payer sa liberté du joug de l’esclavage par le nez. Il ne s’agissait pas d’un accord entre Haiti et la France. Il faut souligner que c’était par l’utilisation de la violence, et non pas par traité ou délibérations d’un tribunal international, que cette indemnité a été fixée, puis demandée. La somme colossale, ramenée à 90 millions de francs-or en 1838, a fait ployer des générations d’Haïtiens, une «dette illégitime» que la nation haïtienne n’a fini de payer qu’en 1947.

La comptabilité historique est une entreprise inexacte, mais l’ampleur de l’usure française était étonnante. Même lorsque l’indemnité totale a été réduite à 90 millions de francs-or, Haïti est restée paralysée pour toujours par la dette, l’isolement économique et la mise en quarantaine diplomatique*. Le pays a pris des emprunts auprès des États-Unis, de l’Allemagne, et même chez des banques françaises, à des taux exorbitants.

Pour mettre en perspective le coût et la valeur de cette dette indigne: en 1803 la France a accepté de vendre le territoire de la Louisiane aux États-Unis, une zone 74 fois la taille d’Haïti, pour 60 millions de francs-or, beaucoup moins que le montant de la dette réclamé par la France.

Accablée par ce lourd fardeau financier, la première République noire est née en quasi-faillite. En 1900, quelque 80% du budget national était encore englouti par les remboursements de cette dette. De l’argent qui aurait pu être consacré à la construction d’une économie stable est allé à des banquiers étrangers et à la France. D’ici là, l’économie haïtienne est irrémédiablement défoncée, le pays embourbé dans la pauvreté, politiquement et économiquement instable, en proie aussi aux déprédations des autocrates.

En 2010, il y eut une réclamation faite par des universitaires et intellectuels français (Étienne Balibar, Stéphane Douailler, Edgar Morin, Antonia Birnbaum, Éric Alliez, Patrick Savidan, Chantal Jaquet, Jérôme Vidal, Lucien Sève.) Le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) a estimé le remboursement de la dette à 17 milliards d’euros (22 milliards US $, intérêts compris).

Mais bien avant, en 2003, le président haïtien Jean-Bertrand Aristide, premier président démocratiquement élu après la dictature des Duvalier, a essayé de présenter une demande de restitution de la somme versée. En représailles, le gouvernement français a participé à son renversement par une rébellion armée. Le président haïtien a essayé de résister aux menaces, mais a été succombé à la pression de l’ambassade des États-Unis et de la France. Il a quitté le pays sur un avion américain qui l’emmena en exil vers l’Afrique du Sud. Une force d’occupation a été ensuite installée dans le pays en 2004. Depuis qu’il a regagné Haïti début 2011, l’ancien président se fait de plus en plus discret.

En 2004, Jacques Chirac a mis en place une commission de réflexion dirigée par le philosophe de gauche Régis Debray. Cette commission avait pour objectif d’examiner les relations historiques de la France avec Haïti: elle concluait benoîtement que la demande de restitution était «non pertinente en termes juridiques et historiques.»

Haïti n’a pas besoin de mots, de conférences ou de commissions de réflexion. L’héritage du colonialisme dans le monde entier est amer, donc irréparable, mais dans certains pays il existe un lien beaucoup plus direct entre les offenses du passé et les horreurs du présent.

La restitution à Haïti sans doute «un moyen de remettre en cause les déséquilibres économiques d’aujourd’hui entre les anciennes colonies et les anciennes puissances coloniales car, à l’évidence, la richesse des uns s’est constituée en bonne partie grâce à l’exploitation des autres.*» Et dans le sillage de la fragilité économique actuelle d’Haïti, c’est plus qu’un devoir pour la France, «pays des droits de l’Homme».

Comme a dit un jour l’éditorialiste français Alain Genestar sur les ondes de Radio France Internationale (RFI): «compte-tenu de tout ce que nous savons, de tout ce que nous avons fait, de tout le mal dont nous avions été autrefois les auteurs puis plus tard les complices, ce n’est pas d’aides charitables, mais d’indemnités, de dédommagements.»

À entendre le président François Hollande, en visite en Haïti le 12 mai 2015, des voix s’interrogent sur le courage de la France d’honorer sa dette à son ancienne colonie. Après avoir déclaré la veille «quand je viendrai en Haïti, j’acquitterai à mon tour la dette que nous avons», son entourage a vite précisé qu’il s’agissait d’une «dette morale». Mais pour Louis-Georges Tin, du Conseil représentatif des associations noires de France (le CRAN), «dire à Haïti: ‘Voilà des réparations morales, et ça suffit’ est parfaitement immoral.»



Notes

* L’armée indigène. La défaite de Napoléon en Haïti, Jean-Pierre Le Glaunec, Lux Éditeur 2014

** Esclavage et réparations. Comment faire face aux crimes de l’histoire, Louis-Georges Tin, Stock, 2013.

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Vox Populi, vox Dei… vox Satani !

Malheur au plus populaire 
Malheur au plus progressiste
Malheur à sa maison
Malheur à son entreprise
Malheur à son entourage
Malheur à ses amis les plus loyaux

Car il n’a pas été chez l’oncle Sam
Chez la tante France
Chez la cousine Germanie

Vox Populi, vox Dei…

Nous calculons nos malheurs
De présidence en présidence
Et le cinéma politique
Et la comédie démocratique

Les comédiens tiennent bien leurs rôles
Partout à tous les niveaux
Ils nous font rire.
Une campagne électorale qui fait rage
Plus de 50 candidats à la présidence !

Vox Populi, vox Dei…

Nous, petit peuple, nous aimons élever la voix
Pour creuser une voie
Sous le chaud soleil
Sous la pluie
Dans les files longues et interminables
Pour affronter nos plus amères déceptions

La voix du peuple est la voix de Dieu
Et si seulement c’était vrai ?
Et si seulement la volonté populaire
Pouvait s’accorder avec celle de Dieu ?

La voix du peuple est aujourd’hui
Le cancer des tympans
De nos chefs d’orchestre occidentaux
Tout ce qui est patriotique
progressiste ou populaire dérange

Vox Populi, vox Dei… vox Satani
Le peuple Haïtien cherche difficilement sa voie


Eduardo Galeano, la mort d’un géant !

Dans la matinée du 13 avril 2015 il est mort à Montevideo, victime d’un cancer du poumon à l’âge de 74 ans. L’Uruguayen Eduardo Galeano, icône de la gauche latino-américaine, est l’un des écrivains les plus prolifiques de notre continent. Il a écrit environ 39 ouvrages, y compris des essais et textes narratifs, mais son plus grand travail non condensé dans un livre fut réalisé dans le journalisme où il s’est distingué.

Mon humble hommage à l’écrivain des sans-voix, l’écrivain de ceux d’en bas, ceux qui attendent depuis tant d’années dans la file d’attente de l’Histoire. Pour nous, déshérités des Amériques, il laissera le souvenir d’un personnage profondément humain, engagé pour son continent et ses habitants les plus humbles. Son message profondément latino-américain est universel. Parmi ses nombreux aphorismes, toujours empreints d’une fine ironie, celui-ci me revient aujourd’hui: «la justice est comme les serpents, elle mord toujours les va-nu-pieds». Il était l’un des fervents porte-paroles et défenseurs des pays les plus appauvris et dépouillés de ce riche continent: tels que la Bolivie, le Honduras et Haïti.

Eduardo Galeano restera dans l’histoire de la littérature grâce à ses livres, mais l’écrivain n’a jamais négligé sa facette politique et de penseur de la gauche latino-américaine.

Le 7 avril dernier, Galeano a ajouté sa signature à un manifeste contre le décret des États-Unis estimant le Venezuela comme une menace pour la sécurité de ce pays. En 2009, l’ancien président vénézuélien Hugo-Chavez a interrompu le Sommet des Amériques à Trinité-et-Tobago, pour livrer à Barack Obama, président des États-Unis, un exemplaire dédié de Les veines ouvertes de l’Amérique latine, livre culte et anti-impérialiste des cercles de la gauche latino-américaine écrit par Galeano au début des années 70, dans lequel il fustige l’injustice sociale et l’exploitation du sous-continent par les grandes multinationales américaines. Obama, assis à côté de son homologue chilien, Michelle Bachelet, se leva pour saluer celui qu’on a surnommé El Comandante de son vivant. Moment gênant, mais le président américain a accepté le cadeau, tout en le feuilletant devant les caméras. (voir vidéo ci-dessous)

On doit aussi reconnaître l’incroyable sens de l’autocritique de l’écrivain. Malgré les éloges de partout, il a lui-même à un moment donné, sévèrement critiqué Les veines ouvertes de l’Amérique latine qu’il a estimé écrit trop jeune, à 31 ans, sans véritable formation, en référence à sa génération, politiquement très active à l’époque. L’actuel Garde des Sceaux, ministre français de la Justice Christiane Taubira le qualifie d’esprit rebelle.

Après avoir perdu Carlos Fuentes en 2012, Elena Poniatowska en 2013, Gabriel Garcia Marquez en 2014, la littérature latino-américaine vient de perdre un autre parmi de ses plus célèbres auteurs. Il est presque impossible de le décrire à bien des égards, car il restera une figure inclassable. Edouardo Galeano, brillant homme de gauche, amoureux de l’Amérique latine et de ses habitants. Nous pouvons tout simplement le remercier pour son combat idéologique. Des idées qui ont également survolé le «phénomène Haïti».

Haïti, ce pays qui continue à expier son pêché de dignité.

N’importe quelle encyclopédie te dira que le premier pays d’Amérique devenu indépendant c’étaient les Etats-Unis. Ces Etats-Unis là comptaient 650 000 esclaves qui ont continué à l’être durant cent ans. La première Constitution établissait d’ailleurs qu’un « noir équivaut aux trois cinquièmes d’une personne ». Interroge n’importe quelle encyclopédie pour savoir quel pays a, le premier, aboli l’esclavage, t’auras toujours la même réponse, l’Angleterre. Sauf que ce pays ce n’est pas l’Angleterre, mais Haïti, un pays qui continue à expier ce pêché de dignité. Les esclaves noirs d’Haïti ont mis en déroute les glorieuses armées de Napoléon Bonaparte, une humiliation que l’Europe ne leur a jamais pardonnée. Durant un siècle et demi, Haïti, coupable de sa liberté, fut obligée de payer à la France une indemnisation gigantesque. Mais cela n’a pas suffi : cette insolence nègre continue de contrarier les âmes blanches. De tout cela, nous ne savons peu ou rien. Haïti est un pays invisible. Il n’est devenu visible que quand le tremblement de terre de 2010 a tué 200 000 haïtiens. Il faut le répéter jusqu’à ce que les sourds l’entendent : Haïti est le pays fondateur de l’indépendance de l’Amérique et le premier au monde qui a banni l’esclavage. Il mérite bien plus que la notoriété due aux disgrâces. Actuellement, les armées de différents pays, dont le mien, occupent Haïti. Comment justifie-t-on cette invasion militaire ? Haïti menacerait la sécurité internationale ? Rien de nouveau. Tout au long du 19e siècle, Haïti a déjà été une menace pour la sécurité des pays qui continuaient à pratiquer l’esclavage.

D’après Thomas Jefferson [troisième président des États-Unis, de 1801 à 1809, ndr], c’est d’Haïti que provenait la peste de la rébellion. En Caroline du Sud, on incarcérait tout marin Noir d’un bateau à quai, à cause du risque de contagion de la peste antiesclavagiste. Au Brésil, cette peste on l’appelait « haïtianisme ». Au 20e siècle, Haïti fut envahie car c’était un pays « peu sûr pour ses créanciers étrangers ». Les marines ont commencé par prendre le contrôle des douanes et par livrer à la City Bank de New York la Banque nationale d’Haïti. Et ils y sont restés pendant 19 ans.

Le passage de la frontière entre la République Dominicaine et Haïti est surnommé ‘malpas’ « la mauvaise passe ». S’agit-il par ce nom de mettre en garde ? Tu t’apprêtes à entrer dans un monde noir, de magie noire, de sorcellerie… Le Voodoo, importé d’Afrique par les esclaves a pris racine à Haïti. On prétend que ce n’est pas une religion. Pour les propriétaires de la Civilisation, le Voodoo est une affaire de Nègres : ignorance, arriération, pure superstition. Pourtant, l’Eglise catholique ne manque pas de fidèles capables de vendre les ongles des saints et les plumes des archanges ! Depuis quelques années, ce sont les sectes évangéliques qui se chargent de combattre la superstition en Haïti. Elles viennent des Etats-Unis, un pays où il n’y a jamais de 13eétage, dont les avions n’ont pas de rangée numéro 13, et habité par des chrétiens civilisés qui croient que Dieu a fait le monde en une semaine. Dans ce pays, le prédicateur évangélique Pat Robertson avait expliqué le tremblement de terre de 2010 par le fait que les Noirs auraient arraché l’indépendance à la France à partir d’une cérémonie Voodoo durant laquelle, cachés au fond de la forêt, ils auraient invoqué l’aide du Diable. Le tremblement de terre ne serait que le prix de son aide !

L’occupation, qui dure depuis sept ans, coûte aux Nations Unies plus de 800 millions de dollars par an. Si ces sommes allaient à la coopération technique et à la solidarité sociale, ce serait une bonne impulsion pour l’énergie créatrice d’Haïti. Haïti se sauverait ainsi de ses sauveurs armés qui ont une certaine tendance à violer, tuer et propager des maladies mortelles. Haïti n’a pas besoin qu’on vienne multiplier ses calamités. Elle n’a pas besoin non plus de la charité. Comme le dit un vieux proverbe africain, la main qui donne est toujours au dessus de celle qui reçoit. Elle a besoin de solidarité, de médecins, d’écoles, d’hôpitaux, d’une véritable collaboration qui lui permettre de retrouver la souveraineté alimentaire assassinée par le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et autres philanthropes. Cette solidarité est notre gratitude, de nous, latino-américains, envers cette petite grande nation qui grâce à son exemple contagieux, nous a ouvert les portes de la liberté.

[¹ Eduardo Galeano, Haïti, ce pays qui continue à expier son pêché de dignité]

Je salue la mémoire de ce géant, au nom de ceux qui luttent aujourd’hui et d’autres qui ont lutté hier pour nous épargner du joug de la domination, de la servitude et du bourbier de l’esclavage, dès la création de ce modeste et pauvre petit pays. De ceux qui se battaient et qui continuent à se battre contre les injustices de ce monde cruel. Au nom de ceux qui ont osé brandir l’oriflamme de la Liberté, de l’Égalité (la vraie en droit) et de la Fraternité. Bon voyage à Galeano. Gloire à sa plume et à son esprit glorieux. Que sa belle âme puisse reposer en paix !

 


¹ Extait d’un texte d’Eduardo Galeano paru dans dans Brecha, Montevideo, le 5 janvier 2012. Mis en ligne le 18 mars 2012 sous le titre : «Cette insolence nègre qui continue de contrarier les âmes blanches».- Publié sur Parole En Archipel le 16 septembre 2014 sous le titre : «Haïti, ce pays qui continue à expier son pêché de dignité».


Identités et styles de vie

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A l’époque victorienne, le terme « gentleman » évoquait tout un style de vie et non pas seulement les hasards de la naissance. Naître dans une certaine famille était peut-être une condition préalable, mais pour être vraiment un gentleman, il fallait aussi vivre selon un certain style de vie, recevoir une meilleure éducation, avoir de meilleures manières, porter de meilleurs habits que les gens du commun, avoir certaines distractions (et pas d’autres), habiter une grande demeure bien meublée, garder une certaine hauteur vis-à-vis de ses subordonnés ; en résumé, ne jamais perdre de vue la « supériorité » de sa classe soi-disant parfaitement élevée.

La classe des marchands avait aussi son propre mode de vie ainsi que celle des paysans. Ces styles de vie, à l’instar de celui du gentleman, se composaient d’un grand nombre d’éléments différents allant de l’habitation, de la profession et de l’habillement au langage, aux manières et à la religion.

Aujourd’hui encore, nous nous créons notre propre style de vie à partir d’une mosaïque d’éléments. Mais tout cela a beaucoup changé. Le mode de vie n’est plus la simple manifestation de la position sociale. Les classes elles-mêmes se subdivisent en unités plus petites. Les facteurs économiques perdent de leur importance. Si bien que de nos jours, ce n’est pas tant l’appartenance à telle ou telle classe sociale que les liens noués avec tel ou tel petit groupe qui déterminent le style de vie d’un individu. Au Québec par exemple, l’individu issu de la classe ouvrière et celui qui sort de la bourgeoisie partagent les mêmes campus universitaires : Université de Montréal, UQÀM, McGill, Concodia, HEC, etc. Et pourtant ils n’appartiennent pas à la même classe sociale.

Comme le style de vie a toujours été le moyen qui permet à l’individu d’exprimer son identification avec tel ou tel groupe, la multiplication incroyable des sectes au sein de la société s’accompagne de la multiplication tout aussi incroyable des styles de vie. Et l’étranger qui se trouve catapulté dans une société comme la société canadienne ou américaine, doit choisir non pas entre trois ou quatre styles de vie selon sa classe sociale, mais entre diverses possibilités. Le choix du mode de vie et ses implications pour chacun seront donc apparemment les problèmes essentiels. Problème de la psychologie ? Car ce choix, qu’il soit conscient ou non, détermine l’avenir de l’individu. En effet, le style de vie lui impose un ordre, une série de principes ou de critères qui seront à la base de ses choix quotidiens.

Cela paraît évident, si nous examinons comment ces choix se font dans la réalité. Prenons pour exemple, celui qui veut meubler son appartement qui voit des centaines de meubles différents, dans des dizaines de tailles, avant de se décider. Ce n’est qu’après avoir examiné un « monde » de possibilités qu’il fixe un choix définitif. Et cet enchaînement d’investigation et de choix se répète pour chaque objet d’ameublement. Et cette manière de faire ne lui sert pas uniquement pour aménager son appartement, mais aussi pour élaborer ses opinions, choisir ses amis, et même pour se forger un vocabulaire et se dresser une échelle de valeurs.

Alors que la société entraîne l’individu dans un vrai tourbillon de possibilités, apparemment dépourvues de coordination, les choix ne sont pas laissés au hasard. Le consommateur (d’objets comme d’idées) a déjà fixé de longue date ses goûts et ses préférences. De plus, aucun choix n’est tout à fait indépendant. Chacun est conditionné par ceux qui l’ont précédés. Le choix fait d’une table longue est conditionné par le choix précédent de la lampe ou des chaises. En résumé, il y a une certaine continuité, la recherche d’un style personnel, dans toutes nos actions, que nous en soyons conscients ou non.

Le «gentleman moderne» de notre ère, qui porte un col boutonné et des mi-bas porte aussi, sans doute, des chaussures à bout carré et utilise un attaché-case. Si nous l’examinons plus attentivement, nous constaterons sans doute que, par l’expression de son visage et son allure dynamique, il essaie de se rapprocher de l’image type du cadre. Il y a beaucoup plus de chances pour qu’il ne se laisse pas pousser les cheveux comme le grand Bob. Il sait, comme nous, que certains vêtements, certaines attitudes, certaines manières de parler, certaines opinions et certains gestes vont de pair alors que d’autres ne conviennent pas. Il le sait peut-être parce qu’il le « sent » ou qu’il en a l’intuition d’après ce qu’il a pu observer chez les autres membres de la société, mais cette connaissance conditionne toujours tout ce qu’il fait.

Le rastafari aux vêtements décontractés rayés de couleurs noir, rouge, vert et jaune qui arbore ses dreadlocks, complète son accoutrement par des chaussures ouvertes, s’apparente à un mode de vie, à l’opposé d’un quotidien stressé et stressant, qui se joue de l’apparence et de la bonne attitude. Il marchera sans doute d’un pas calme dans un autre univers. Dans un style, sans doute moins prétentieux. Car lui aussi met un point d’honneur à rester cohérent avec lui-même. Il sait que toute trace de distinction détruirait l’intégrité de son personnage.


Écrire, c’est presque toujours un exploit

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Le monde va très mal… le monde est malheureux, parce qu’il ne sait pas où il va ou parce qu’il devine que, s’il le savait, ce serait pour découvrir qu’il va à la catastrophe. Mais que pouvons-nous comprendre du malheur ? Bonheur, malheur, je crains que ce ne soit pas par le raisonnement qu’on puisse découvrir de quelle façon ils sont liés… Le bonheur essentiel est dans la lecture. La lecture, tout comme l’écriture apparaît toujours comme une sorte d’éruption, d’évasion, de pratique qui nous aident non seulement à apprendre, à raconter, mais aussi à exorciser des démons intérieurs. Quand vous vous asseyez pour écrire- vous vous sentez soulagé. L’auteur qui commence à regarder l’encre qui coule sur la page blanche a envie de partager avec le monde qui l’entoure. Ce qui était juste un instinct d’écriture devient une urgence donc une nécessité.

Mais écrire c’est peut-être plus qu’un métier, que ça soit par un blog, un magazine ou un livre. C’est avant tout une passion. Et la question se pose toujours pour ceux qui veulent en faire une profession. Et c’est là que se trouve l’une des plus grandes contradictions : transformer l’acte d’écrire en une profession.- à quelques exceptions près, écrire ne signifie pas que vous allez pouvoir vivre des votre plume. La plupart de ceux qui écrivent ont à chercher d’autres sources de revenus, comme donner des cours, des conférences, à travailler dans le journalisme. Et si vous voulez prendre le risque, l’écriture dans ce cas, doit être consolidée entre le temps d’écrire, de construire une image et de publier. Mais les comptes n’attendent pas, si vous avez besoin de travailler dans un secteur qui ne peut être lié à l’écriture, il se peut que vous ayez peu de temps pour ce qui est essentiel à vos yeux.

Vivez-vous de votre plume ? C’est la question que chaque auteur entend le plus souvent. Mais en jonglant avec les factures mensuelles, on se demande toujours comment les écrivains sont-ils en mesure de vivre de leur plume, surtout dans des pays où les gens lisent peu. Comme une norme internationale dans le circuit littéraire, pour chaque livre vendu l’auteur reçoit en moyenne de 10 % sur le prix du livre. Tout le reste est divisé entre l’éditeur (qui porte tous les coûts liés à l’édition, la publication et la promotion), le distributeur et le libraire. Le problème est lié au faible nombre de lecteurs, mais aussi l’impossibilité de la profession est quelque chose qui a toujours imprégné la littérature et, dans certains cas, a un certain charme propre à elle. Si je dois citer le pauvre Jack Kerouac et ses amis Sur la route ou du bohème et misérable Henry Miller dans Tropique du Cancer. L’urgence des grandes villes, dans cette vie qui nous oblige à avoir une maison, une voiture, etc., est la dureté de la vie quotidienne qui se pose pour tout le monde, comme pour l’écrivain. Presque comme si ce n’est un signal constant qui le dit que l’écriture n’en vaut pas la peine. Le monde n’a pas besoin d’écrire, et ni vous aidera à le faire. Virginia Woolf l’a dit :

« Ecrire une œuvre géniale est presque toujours un exploit d’une prodigieuse difficulté. Tout semble s’opposer à ce que l’œuvre sorte entière et achevée du cerveau de l’écrivain. Les circonstances matérielles lui sont, en général, hostiles. Des chiens aboient, des gens viennent interrompre le travail ; il faut gagner de l’argent ; la santé s’altère. De plus, l’indifférence bien connue du monde aggrave ces difficultés et les rend plus pénibles. Le monde ne demande pas aux gens d’écrire des poèmes, des romans ou des histoires ; il n’a aucun besoin de ces choses. Peu lui importe que Flaubert trouve le mot juste ou que Carlyle vérifie scrupuleusement tel ou tel événement. Et, bien entendu, il ne paie point ce dont il n’a cure. C’est pourquoi l’écrivain, qu’il soit Keats, Flaubert ou Carlyle, est atteint de toutes les formes de déséquilibre et de découragement, et cela surtout pendant les années fécondes de la jeunesse. Une malédiction, un cri de douleur s’élève de leurs livres d’analyses et de confession. « Grands poètes dans la misère », tel est le refrain de leur chant. Si, en dépit de toutes ces difficultés, quelque chose naît, c’est miracle ; et sans doute aucun livre ne vient-il au jour aussi pur et aussi achevé qu’il fut conçu. » (Une chambre à soi, Ed. Denoël 1977).

Malarky, le premier roman d’une Canadienne, Anakana Schofield, a été publié au Canada pour la première fois. Quand le livre de l’auteure, était sur le point d’arriver au Royaume-Uni. Elle avait reçu une avance de 6 500 £ de son éditeur pour la publication de l’ouvrage. Cela peut sembler beaucoup, mais selon elle, il lui a fallu 12 années de dureté extrême pour écrire ce livre, de l’ordre de tout ce qu’elle faisait. Cet argent, est-il réellement en mesure de payer ce travail qui a duré plus d’une décennie sans solde? « Vous avez de la chance d’être publié » est la réponse de son éditeur – l’essentiel c’est qu’elle a eu la chance qu’un éditeur a pris un pari sur elle.

Donc, l’écriture ne peut être qu’une affaire de passion. Sinon quelle est cette folie qui anime, émeut et qui fait travailler gratuitement, qui nous interpelle à l’usure, à porter jusqu’à la dernière goutte possible toute son énergie ? Il est indéniable, d’une part, avec la culture des réseaux sociaux, ce besoin constant d’afficher nos opinions, nos avis sur tout. Nous vivons un boom de l’écriture. Les ateliers, les groupes et les cours littéraires sont devenus monnaie courante, beaucoup de gens veulent avoir un blog ou publier un livre pour raconter des histoires. Il y en a même qui arrivent à gagner des milliers de dollars dans cette blogosphère mondiale. Mais, en revanche, face à tout cela et au-delà de toutes les difficultés persistent ceux qui gardent encore aux mots leur valeur dans l’urgence presque surnaturelle.

Ce que vous choisissez de faire doit vous passionner, sinon vous n’aurez pas la motivation nécessaire pour le mener à terme. L’entrepreneur Steve Jobs, figure majeure de l’électronique grand public, souvent qualifié de visionnaire, croyait que la passion était un élément déterminant du succès. Il parlait constamment du rôle de la passion. Il n’était dès lors pas étonnant de voir sa citation dans le film Jobs.  Le discours d’ouverture qu’il a donné à l’université de Stanford en 2005, et qui a été visionné des millions de fois, c’est aussi le discours qui reflète le mieux sa vision de la passion. Ce jour-là, Jobs déclarait :

« Vous devez trouver ce que vous aimez. Et ce qui est vrai pour votre travail, l’est aussi pour vos amours. Votre travail va remplir une large partie de votre vie, et l’unique façon d’être vraiment satisfait est de faire ce que vous croyez être du bon travail. Et l’unique façon de faire du bon travail est d’aimer ce que vous faites. Si vous n’avez pas encore trouvé, continuez à chercher. Ne laissez pas tomber. Comme toutes les questions de cœur, vous saurez quand vous aurez trouvé. »

C’est sans doute le meilleur conseil de carrière que l’on puisse donner à des jeunes gens. Mais à l’exception, Steve Jobs qui n’a jamais suivi ses propres conseils. Il a trébuché sur la fondation de démarrage d’Apple parce qu’il voulait créer autre chose utile au monde. Il n’était pas passionné par les ordinateurs, mais par le mysticisme oriental. Tout en étant à la tête de Apple il n’avait pourtant pas délaissé ses passions puisqu’il s’était rendu plusieurs fois en pèlerinage en Inde. Si le jeune Steve Jobs avait pris son propre conseil et avait décidé de poursuivre le seul travail qu’il aimait, il aurait été probablement l’un des enseignants, parmi les plus populaires de Zen Center.

La lecture et l’écriture sont amusantes, c’est cathartique et moins cher qu’un thérapeute. Elles peuvent apporter intégrité, un sens à la vie et au monde qui va mal. Si vous souhaitez écrire seulement pour vous en sortir, décrocher un prix, une distinction ou parce que vous avez rêvé de devenir un jour écrivain quand vous étiez enfant, votre raison n’est pas suffisante. Cela étant dit,  je ne saurais vous décourager. Si vous voulez écrire que ça soit par un blog, un magazine ou un livre, faites-le…