Thélyson Orélien

Lettre de protestation de la diaspora haïtienne à l’OEA

Arrêt TC/0168/13 : Lettre de protestation de la diaspora haïtienne à l’OEA

À: Son excellence José Miguel INSULZA
Secrétaire Général
Organisation des États Américains
200 17th St NW, Washington,
DC 20006, United States

Monsieur le Secrétaire Général,

Nous, représentants de la Diaspora haïtienne, estimons urgent d’attirer votre attention sur la situation de plus en plus préoccupante des Haïtiens et des Dominicains d’origine haïtienne vivant en République Dominicaine.

Nous nous empressons d’attirer votre attention sur la Convention Américaine des Droits de l’Homme qui reprend et réaffirme un ensemble de droits de la personne humaine contenu dans la Charte des Nations Unies et d’autres instruments juridiques internationaux et nationaux, pour l’établissement desquels, les Fondateurs de la République d’Haïti et d’autres révolutionnaires haïtiens s’étaient sacrifiés aux 18e et 19e siècles.

La République Dominicaine, comme la République d’Haïti, est membre fondateur l’Organisation des Nations Unies et partie à la Convention Américaine des Droits de l’Homme.

L’article 1 de ladite Convention dispose :

« Les États parties s’engagent à respecter les droits et les libertés reconnus dans la présente Convention et à en garantir le libre et plein exercice à toute personne relevant de leur compétence, sans aucune distinction fondée sur la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion, les opinions politiques ou autres, l’origine nationale ou sociale, la situation économique, la naissance ou toute autre condition sociale ».

L’article 5 de cette même Convention porte sur le droit à l’intégrité de la personne et précise clairement que :

« 1. Toute personne a droit au respect de son intégrité physique, psychique et morale.

2. Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Toute personne privée de sa liberté sera traitée avec le respect dû à la dignité inhérente à la personne humaine. »

Malheureusement, à la lumière des faits établis au cours de ces dernières années, il se trouve que la République Dominicaine ne respecte pas ses engagements au regard de la Convention Américaine des Droits de l’Homme à laquelle elle avait souscrit le 9 septembre 1977 et qu’elle avait ratifiée le 21 janvier 1978. Les bastonnades au quotidien, les actes barbares et les assassinats à répétition diffusés dans les médias et sur les réseaux sociaux sont devenus monnaie courante en République Dominicaine.

Entre les faits et le respect de la Convention, il y a tout un monde

La liste des violations choquantes et flagrantes des droits des citoyens haïtiens enregistrées sur le territoire dominicain, est trop longue à énumérer. Et, contrairement à l’article 15 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948, la Cour Constitutionnelle de la République Dominicaine a adopté l’arrêt 168-13 du 23 septembre 2013 qui menace d’apatridie majoritairement les citoyens dominicains d’origine haïtienne. Cet arrêt n’a fait qu’exacerber et légitimer les multiples violations des droits des citoyens haïtiens. L’État dominicain semble tolérer qu’une partie de sa population, influencée par un discours ultra-nationaliste, raciste et anti-haïtien, se livre à des actes barbares incluant des lynchages, des assassinats et des traitements inhumains envers ce groupe ethnique du fait de la couleur de sa peau, de sa vulnérabilité économique et de son pays d’origine.

Nous nous contenterons de vous citer quelques cas criminels récents.

Le mercredi 11 février 2015, des résidents de Santiago, dans le parc Ercilia Pepín, découvrirent pendu à un arbre, pieds et poings liés, un homme d’origine haïtienne du nom de Henry-Claude Jean, âgé d’environ 30 ans et connu sous le nom de « Tulile ». Une opération de pendaison digne du Klu Klux Klan. Ensuite, le 19 février 2015, à Belladère, dans la zone frontalière d’Elias Pinas, Ti Louis, un Haïtien ainsi connu, a été retrouvé décapité (AlterPresse, 20/02/15).

Quelles furent les réponses de l’État dominicain à ces actes de barbarie ? Aucune.

Dans un article paru dans le quotidien haïtien Le Nouvelliste le 23 juillet 2014, il est révélé que dix Haïtiens ont été tués en République Dominicaine. Parmi eux, on peut citer Densy Casséus, Daniel Fleuristil et Miguel Pie, victimes de lynchage à la section rurale de Mata Grande de San Jose de Las Matas, une province de Santiago.

Selon une dépêche de l’agence haïtienne de presse en ligne AlterPresse, le 25 novembre 2013 entre 4 et 8 Haïtiens ont été tués à Neyba, au sud de la République Dominicaine. Parmi les victimes, 4 sont originaires de Grand Bois, localité haïtienne située non loin de la frontière haïtiano-dominicaine, et ont été identifiées, rapporte le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR). Ces victimes sont connues sous les noms de Coyit, Michelet, Nonnonm et Cepay.

Le 25 janvier 2011, la presse dominicaine a mentionné l’incendie de 6 chambres occupées par des familles haïtiennes (Espacinsular, 25/01/11). Le même jour, le quotidien Listin Diariorapportait le décès d’un enfant haïtien de 3 ans retrouvé calciné dans la résidence de ses parents, incendiée par un groupe d’individus en guise de représailles contre son père accusé d’avoir agressé un agent de sécurité dominicain.

Le 30 janvier 2011, la presse dominicaine a annoncé l’incendie de 20 chambres occupées par plus de 80 Haïtiens/Haïtiennes dans la communauté de Mao.

Malgré les cris d’alarme répétés lancés par des organisations humanitaires telles le GARR et laFondation Zile pour stopper les atrocités de toutes sortes (arrestations illégales, détentions, rapatriements forcés, incendies de résidences) dont sont victimes de nombreux Haïtiens en territoire voisin, rien ne semble pouvoir arrêter cette descente aux enfers.

Force est de constater plutôt qu’au cours de ces dernières années, et malgré les différentes injonctions adressées par la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme à la République Dominicaine au sujet des traitements infligés à sa population noire, notamment d’origine haïtienne, cet État continue de violer en toute impunité les principes élémentaires des droits humains de par l’arrêt 168-13 scandaleux et injuste de sa Cour Constitutionnelle et son silence vis-à-vis des exactions répétées et graves commises par des secteurs de sa population, des membres de ses forces militaires cantonnées à la frontière et de sa police sur un groupe d’hommes et de femmes du fait, encore une fois, de la couleur de leur peau, de leur pays d’origine et de leur vulnérabilité économique.

Aussi, nous, organisations représentatives de la Diaspora haïtienne, n’acceptons pas de rester sans réagir devant ces actes provocateurs, barbares et oppressifs qui ne cessent de déshumaniser la population susvisée en République Dominicaine. Aujourd’hui, vu la montée au feu de ce courant viscéralement anti-haïtien, nous sommes en droit de nous demander si les recommandations de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme faites à la République Dominicaine ont été aussi efficaces qu’elles auraient dû être et, en fait, pourquoi elles ne le sont pas. L’État dominicain se sent-il vraiment lié par ses engagements internationaux ?

La République Dominicaine et ses engagements internationaux

Paradoxalement, l’article 26 de la constitution du pays voisin stipule « La République Dominicaine est un État membre de la communauté internationale, et en ce sens elle est ouverte à la coopération et attachée aux normes du droit international. »

En conséquence : « Elle reconnaît et applique les normes du droit international, général et américain ; les relations internationales de la République Dominicaine sont fondées et régies par l’affirmation et la promotion de ses valeurs et ses intérêts nationaux, le respect des droits de la personne humaine et du droit international ».

Ce qui implique une primauté juridique indiscutable du droit international sur les lois nationales de la République Dominicaine.

Il faut prévenir un nouveau génocide

Le traitement réservé aux Haïtiens et aux Dominicains d’origine haïtienne vivant en République Dominicaine dément totalement de telles dispositions du système juridique dominicain. Au contraire, nous assistons à la recrudescence d’une discrimination institutionnalisée et systématique des autorités dominicaines contre le groupe ethnique haïtien, qui risque de provoquer et de nourrir une haine irrémédiable dans certaines parties de la population dominicaine. Cette haine peut bien culminer en une haïtianophobie dont l’issue vers un nouveau génocide pourrait s’avérer imminente si l’OEA ne se montre pas très vigilante, active et résolue. Cette haine grandissante menace d’embraser cet espace où les deux peuples sont appelés à évoluer dans une coexistence pacifique, comme le veut le peuple haïtien et comme le veut, entre autres, le Traité Américain de Règlement Pacifique (American Treaty on Pacific Settlement), aussi connu sous le nom de Pacte de Bogota, signé par les nations des Amériques lors de la Conférence panaméricaine tenue le 30 avril 1948, à Bogota, en Colombie.

Le génocide qui eut lieu du 7 avril 1994 à juillet 1994 au Rwanda (Afrique de l’Est), et qui avait fait environ 800 000 victimes rwandaises, en majorité des Tutsis, est un cas d’espèce qui devrait inciter chacun à être vigilant au lieu de se laisser emporter par ces élans de folie d’un côté et de laxisme de l’autre, comme ce fut le cas entre Hutus et Tutsis.

Et le massacre des Haïtiens perpétré par la République Dominicaine en 1937, lequel avait fait plus de 30 000 morts (hommes, femmes et enfants), une tragédie connue sous le nom de « Massacre du Persil », fut ordonné par l’ancien dictateur dominicain, Rafael Leónidas Trujillo Molina.

Comment éviter alors qu’un nouveau massacre ne se répète sur la terre d’Amérique en ce XXIe siècle ? Il est urgent de commencer par lutter contre le laxisme d’aujourd’hui qui s’apparente à un principe non codifié, une conspiration à peine voilée.

Absence d’actions adéquates de l’OEA

Il est à noter que beaucoup d’organisations haïtiennes de défense des droits humains se plaignent du manque de retombées positives des actions entreprises par l’OEA à date, malgré des appels au secours retentissants lancés durant ces cinq dernières années. Jusqu’à présent, le peuple haïtien attend le suivi du Secrétaire Général et du Conseil Permanent de l’OEA sur le dernier rapport de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme.

Étant donné que votre mission, Monsieur le Secrétaire Général, est de soumettre à la considération de l’Assemblée Générale ou du Conseil Permanent toute question qui menace la paix et la sécurité du continent américain, nous vous présentons cette doléance afin de trouver une issue rapide aux exactions qui frappent les personnes susvisées en République Dominicaine.

À cet effet, nous souhaitons dans le plus bref délai:

1-. Que la campagne haineuse anti-haïtienne et les exactions vis-à-vis des Haïtiens et des Dominicains d’origine haïtienne en République Dominicaine cessent immédiatement.

2-. La poursuite vigoureuse et célère par l’État dominicain des criminels xénophobes responsables des actes de violence commis contre les Haïtiens en République Dominicaine afin d’éviter la perpétration de nouveaux cas.

3-. La protection par l’État dominicain des Haïtiens et des Dominicains d’origine haïtienne dont il a la charge sur son territoire.

Comptant sur la bonne foi et l’efficacité de l’Organisation des États Américains, et aussi sur les vôtres, Monsieur le Secrétaire Général, nous anticipons déjà les suites rapides que vous ne manquerez pas de donner à cette urgente requête.


Les organisations protestataires et signataires :

Nom de l’organisation: Alliance Saint-Martialoise
Nom du signataire: Kerlens TILUS
Ville (Pays): Central Islip, (USA)

Nom de l’organisation: Asosiyasyon Fanm Ayisyen nan Boston (AFAB)/ Association of Haitian Women, Inc. (Afab-Kafanm)
Nom du signataire: Carline DESIRE
Ville (Pays): Boston (USA)

Nom de l’organisation: Association of Haitian Professionals (AHP)
Nom du signataire: Giles C CHARLESTON, co-founder and board member
Ville (Pays): Washington, DC (USA)

Nom de l’organisation: Association pour la Défense des Droits de L’homme et de la Démocratie en Haïti et dans le Monde
Nom  du signataire: Gérald BLONCOURT, président
Ville (Pays): Paris (France)

Nom de l’organisation: Centre Oecuménique des Droits Humains (CEDH)
Nom du signataire: Sylvie W. BAJEUX,  directrice exécutive
Ville (Pays): Port-au-Prince (Haïti)

Nom de l’organisation:  Collectif 4 décembre 2013
Nom du signataire: Jean-Robert ARGANT, coordonnateur général
Ville (Pays): Port-au-Prince (Haïti)

Nom de l’organisation: Comité d’action contre la CT-168.13 de la République Dominicaine
Nom du signataire: Frantz ANDRÉ, membre et co-porte parole
Ville (Pays): Montréal, Québec (Canada)

Nom de l’organisation: Comité Mémoire 1937
Nom du signataire: Rachelle CHARLIER DOUCET, coordonnatrice
Ville (Pays): Port-au-Prince (Haïti)

Nom de l’organisation: Congrès des Ingénieurs, Architectes, Scientifiques et
Technologues Haïtiens (CIASTH)
Nom du signataire: Luckner BAYAS, PE
Ville (Pays): Washington, DC. (USA)

Nom de l’organisation: FANM Ayisyen Nan Myami
Nom du signataire: Marleine BASTIEN
Ville (Pays): Miami, Florida (USA)

Nom de l’organisation: Fédération Haïtienne de la Diaspora de l’Europe (FHDE)
Nom du signataire: Samuel COLLIN, président
Ville (Pays): Paris (France)

Nom de l’organisation: Foundation Zile
Nom du signataire: Edwin PARAISON
Ville (Pays): Santo Domingo (République Dominicaine)

Nom de l’organisation: Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR)
Nom du signataire: Saint-Pierre BEAUBRUN, coordonnateur
Ville (Pays): Port-au-Prince (Haïti)

Nom de l’organisation: Groupe de Réflexion et d’Action pour une Haïti Nouvelle (Grahn-Monde)
Nom du signataire: Samuel PIERRE, président
Ville (Pays): Montréal (Canada)

Nom de l’organisation: Haiti 2015
Nom du signataire: Ilio DURANDIS, fondateur
Ville (Pays): Boston, Massachusetts (États-Unis)

Nom de l’organisation: Haiti Democracy Project
Nom du signataire: James MORRELL
Ville (Pays): Washington, DC (USA)

Nom de l’organisation: Haiti – Jamaica Society
Nom du signataire: Myrtha DESULME
Ville (Pays): Kingston (Jamaica)

Nom de l’organisation: Haitian American Grassroots Coalition (HAGC)
Nom du signataire: Jean Robert LAFORTUNE
Ville (Pays): Miami (Floride)

Nom de l’organisation: Haitian American United (HAU)
Nom du signataire: Nesly METAYER
Ville (Pays): Boston, MA (USA)

Nom de l’organisation: Haitian Artists Assembly of Massachusetts (HAAM)
Nom du signataire: Charlot LUCIEN
Ville (Pays): Boston, MA (USA)

Nom de l’organisation: Haitian Congress to Fortify Haiti
Nom du signataire: Lionel JEAN BAPTISTE
Ville (Pays): Chicago, Il (USA)

Nom de l’organisation: Haitian Diaspora Advocacy Group
Nom du signataire: Jaques BINGUE
Ville (Pays): Wisconsin (USA)

Nom de l’organisation: Haitian Diaspora Federation (HDF)
Nom du signataire: Katleen FELIX
Ville (Pays): New Jersey (USA)

Nom de l’organisation: Mouvement d’Union de la Diaspora Haïtienne pour Haïti (MUDHAH)
Nom du signataire: Edwin D’HAÏTI, président
Ville (Pays): Paris (France) et Port-au-Prince (Haïti)

Nom de l’organisation: N’ap Sove Ayiti (NAPSA)
Nom du signataire: Pierre JEAN-CLAUDE, coordonnateur de NAPSA-Venezuela
Ville (Pays): Caracas (Venezuela)

Nom de l’organisation: National Association of Haitian Professionals (NAHP)
Nom du signataire: Serge RENAUD
Ville (Pays): Indiana (USA)

Nom de l’organisation: National Organization for the Advancement of Haitians (NOAH)
Nom du signataire: Joseph E. BAPTISTE
Ville (Pays): Washington, DC. (USA)

Nom de l’organisation: SANTLA
Nom du signataire: Gepsie METELLUS, executive director
Ville (Pays): Miami, Florida (USA)

Annexe : Liste des membres de la Diaspora haïtienne qui soutiennent cette démarche (personne physique)

Nom: Vivian BARBOT
Villes (Pays): Montréal, Québec (Canada)

Nom: Junia BARREAU
Villes (Pays): Montréal, Québec (Canada)

Nom: Robert BERROUËT-ORIOL
Villes (Pays): Montréal, Québec (Canada)

Nom: Jean-Claude ICART
Villes (Pays): Montréal, Québec (Canada)

Nom: Thélyson ORÉLIEN
Villes (Pays):  Montréal, Québec (Canada)

Nom: Nicolas-Alexandre TREMBLAY
Villes (Pays): Verdun, Québec (Canada)
Titre: Présidente Intérimaire de la Fédération Haïtienne De la Diaspora


Vous aimeriez ajouter votre nom ou celle de votre organisation à la liste des signataires ? Completer ce lien ► https://go.shr.lc/1c0lZ4i


La démocratie politique haïtienne, du bipartisme au multipartisme

La démocratie haïtienne est née le 27 décembre 1806, avec la nouvelle constitution d’Alexandre Pétion et de Jean-Pierre Boyer, la troisième à l’Assemblée constitutionnelle.¹ Elle fut la première à lancer les bases d’une société dans laquelle le peuple devait exercer sa souveraineté.² Cette démocratie s’est enrichie en 1876 du bipartisme,³ suite à une polarisation régionaliste Nord et Sud. Du bipartisme politique haïtien, on relevait les partis Libéral et National. La structuration de ces deux partis politiques et leur intégration dans la réalité sociopolitique étaient de faciliter le développement social et économique du pays.

Le parti Libéral et républicain était composé d’industriels. Ce parti était favorable à une limitation du pouvoir dans le temps et dans l’espace. Il avait pour devise le pouvoir au plus capable et croyait que le développement d’Haïti devait passer avant tout par l’industrialisation. Pour ce parti, on n’ira nulle part si le peuple ne peut produire par exemple, ses propres souliers et ses propres chemises. Son esprit républicain rejetait les mandats à vie qui ont fortement marqué le pays depuis 1804. Il entendait détenir le monopole du commerce extérieur et souhaitait que les directives économiques et financières fussent endogènes et non exogènes, tout en promouvant le développement industriel.

De son côté, le parti National aussi républicain, mais légaliste et agricole avait pour devise le plus grand bien, au plus grand nombre. Ce parti croyait que seule l’agriculture pouvait conduire, Haïti «essentiellement agricole», au chemin du développement. Il réclamait une limitation spatio-temporelle du pouvoir et n’était pas favorable à l’ingérence étrangère dans les affaires économiques et financières du pays. Le parti National revendiquait le règne de la loi, le respect sacro-saint des prescrits juridiques de la constitution et le développement de l’agriculture pour répondre aux multiples besoins des Haïtiens. L’historien Dantès Bellegarde, dans L’histoire du peuple haïtien[4], écrit :

Un programme politique ne vaut en Haïti que par l’homme qui le propose. Le plus souvent, on n’en demande pas au chef de parti ses idées : son nom suffit ou la couleur de sa peau, ou le lieu de sa naissance.

Mais si l’on souhaite adapter leurs stratégies à la réalité d’aujourd’hui. Par une étude comparative des partis Libéral et National, on pourrait estimer l’option libérale plus rationnelle, plus efficace et même efficiente ; étant donné que les transformations sociales, techniques et économiques du présent sont des variables dépendantes de l’industrialisation.

Le multipartisme

Suite au départ de Jean-Claude Duvalier pour la France le 7 février 1986, on a assisté à une prolifération de partis politiques en Haïti. Le pays est passé du bipartisme qui a précédé les périodes de grandes instabilités politiques, (la grande lutte de Boyer pour la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti, la difficulté de construction de l’unité nationale, l’occupation américaine et la dictature des Duvalier) au multipartisme. Profitant du climat de «bamboche démocratique» décrété par le Conseil National de gouvernement, le CNG d’Henri Namphy, plusieurs Haïtiens présents à la capitale ou venant de la diaspora s’improvisent carrément en leaders politiques. Le refrain à l’honneur était: changement, démocratie et Haïti libérée. Profitant d’une ère d’attentisme politique, de populisme et d’opportunisme, plusieurs leaders et «pseudo-leaders», connus et inconnus, se veulent marchands d’illusions et multiplient leurs promesses fallacieuses à un «peuple bon enfant».

Parmi les multiples partis politiques de l’après Duvalier, on peut citer les plus importants, comme : le PAIN de Louis Déjoie II, le PSCH Parti Social Chrétien haïtien du professeur Grégoire Eugène, le Konakom du Professeur Victor Benoit, le PUCH Parti unifié des communistes haïtiens de René Théodore assisté de Marx Bourjolly, le RDNP Rassemblement des démocrates nationalistes et progressistes du professeur Leslie Manigat, la MDN Mobilisation pour le Développement national du professeur Hubert De Ronceray, le PDCH Parti démocrate chrétien d’Haïti du pasteur Sylvio Claude, le MIDH Mouvement pour l’Instauration de la Démocratie en Haïti de Louis Marc Bazin et le FNCD Front national pour le changement et la démocratie du prêtre Jean Bertrand Aristide.[5]

Aujourd’hui les partis politiques en Haïti pullulent, ils sont plus de 180 Partis, (plus fictifs que réels) groupements et regroupements inscrits officiellement au Conseil électoral provisoire (CEP) pour participer à la joute électorale de cette année. Les politiciens haïtiens, ont-ils la volonté de faire rivaliser Haïti à la République démocratique du Congo, qui elle bat le record dans le monde, avec 477 partis politiques officiellement agréés ?[6]

Parlant d’élections, qu’en est-il réellement ? Elles devaient avoir lieu au cours de l’année 2013 pour renouveler le tiers du Sénat de façon à maintenir fonctionnel le Parlement en 2014. La non-tenue des élections législatives depuis l’arrivée au pouvoir du musicien Michel Martelly fait état de la grande faiblesse de l’État, de l’incompétence démocratique de son équipe et une plus grave violation de la Constitution. Elle traduit également une absence de programme politique de son parti Repons Peyizan (Parti Réponse Paysanne) aujourd’hui Parti Ayisyen Tèt Kale (Parti Haïtien Crâne Rasée, le PHTK) que beaucoup de secteurs avaient dénoncée au départ.

À l’analyse, la majorité des partis politiques haïtiens n’a pas de programme politique. Si le programme politique appelé encore projet de société où une plate-forme électorale est la boussole, la carte de voyage, le fil conducteur, on comprend qu’il s’avère d’une impérieuse nécessité. À moins qu’on veuille promouvoir la logique de l’improvisation propre aux démagogues invétérés. Au lieu de former un front uni ou un rassemblement, plusieurs Haïtiens, porteurs du virus de la candidature, s’autoproclament en leaders politiques et s’estiment détenir le pouvoir nécessaire pour sauver Haïti de son tunnel. Yes we can !

Dans ce dédale de labyrinthes indescriptibles, certains de ces «pseudo-leaders» aidés par des cercles douteux, professent un activisme de mauvais aloi et néfaste pour la bonne marche du pays et de son économie. Ils forment des groupuscules et des mouvements de protestations qui réclament toujours et toujours le départ immédiat de n’importe quel président élu et de gouvernement démocratique. Refusant toutes négociations pouvant mener à des résolutions à l’amiable aux multiples crises politiques qui empêchent au pays d’avancer sur le chemin du progrès. Ce sont des adversaires radicaux qui créent toujours le chaos et le désarroi marqué par des manifestations qui sont tout sauf pacifiques, dans les quatre coins du pays. Le commerce, l’industrie et le tourisme se trouvent atrophiés. Les investisseurs dégoûtés se dirigent donc vers la République dominicaine.

À l’acquis démocratique de la liberté de réunion et d’association à des fins politiques de l’article 31, alinéas 1, 2 et 3 de la Constitution haïtienne, il y a ce multipartisme qui regroupeprès de 200 partis politiques inscrits au dernier décompte[7]. Cependant l’alternance politique c’est-à-dire la succession de partis idéologiquement opposés avec un projet de société et de développement durable relève du rêve, du fantasme et de l’utopie.

Notes

[1] La fondation de la république d’Haïti par Alexandre Pétion, (F. Dalentour, p. 56-87)

[2] Le sens d’une large démocratie (B. Ardouin t.6, p. 430-433)

[3] Corvington,Georgese «Port-au-Prince au cours des ans»

[4] L’histoire du peuple haïtien, écrit aux (D. Bellegarde, p. 188-189)

[5] Partis et Coalitions Politiques en Haïti – Haïti-Reference

[6] RDC Actu : 477 partis et une trentaine de regroupements politiques agréés

[7] Le Nouvelliste Haiti – Plus de 180 partis et regroupements politiques se sont inscrits


La République dominicaine ou le mépris du bon sens et du droit international

La Communauté des États de la Caraïbe (Caricom) vient de décider de suspendre pour une seconde fois le traitement de la demande d’adhésion de la République dominicaine à l’organisation. Cette décision intervient à la suite de celle de la Cour constitutionnelle dominicaine de révoquer la citoyenneté et d’expatrier plus de 250 000 Dominicains notamment ceux nés de parents haïtiens à partir de 1929. Cette décision de la Caricom, prise non sans retard, sanctionne une victoire diplomatique pour Haïti dans une escalade qui n’est, semble-t-il, pas prête à prendre fin.

En effet, malgré les déclarations dénonçant ce choix antidémocratique venant des organisations de droits humains, comme le Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) ou des personnalités importantes comme le prix Nobel Mario Vargas Llosa (y compris l’écrivaine Edwidge Danticat, la journaliste Michèle Montas et le philosophe américain Noam Chomsky), les dirigeants dominicains persistent et signent dans une loi qui va à l’encontre du très républicain principe du droit du sol et du jugement de 2005 prononcé par la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) lui demandant d’adapter ses pratiques d’immigration aux dispositions de la Convention interaméricaine relative aux droits de l’homme.

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Deisy Toussaint est née sur le territoire dominicain où elle a fait ses études de journaliste. Ne parlant ni le français ni le créole, l’ex-fonctionnaire du gouvernement dominicain n’est pas épargnée par l’arrêt 168-13 de la cour de cassation de la République dominicaine.

 

Ainsi, méprisant le bon sens et le droit international, les soldats dominicains ont commencé leur rafle après l’adoption par la Cour constitutionnelle dominicaine de l’arrêt TC/0168/13, le 23 septembre 2013. Ce qui n’est pas sans rappeler (il y a 78 ans de cela) le lent début du massacre de 35 000 Haïtiens inspiré par le dictateur dominicain Rafael Leonidas Trujillo, 3 ans après l’occupation « manu militari » américaine d’Haïti.

Si on prétend que certains Dominicains d’ascendance haïtienne ont volontairement pris le chemin du retour, il n’en est pas moins évident qu’ils ont été arbitrairement refoulés par l’armée dominicaine. Comment parler de retour quand la majorité n’a jamais été en Haïti, ne parlant ni français, ni créole-haïtien ? Pourquoi ne pas parler plutôt d’injustice ou de barbarie ?

Une fois encore, les autorités dominicaines prouvent qu’elles ont beaucoup fait. Elles ont si et tant fait pour attiser la haine entre deux peuples et détériorer les relations bilatérales avec un pays qui, raison historique oblige, a accepté de lui partager l’île Quisqueya. Malgré tout, beaucoup d’Haïtiens et Dominicains refusent d’être unis dans l’horreur imposée, car la haine pour plusieurs est le produit de petits esprits obscurcis. Comme en témoigne cette photo de médecins dominicains et haïtiens exerçant ensemble leur métier en République dominicaine et qui disent NON à toutes  formes de barbarie, où qu’elles se trouvent. Pour un espoir de paix et de vivre ensemble sur l’île Boyo.

Des médecins dominicains et haïtiens exerçant leur métier en République dominicaine, disent NON à toutes formes de barbarie, où qu'elles se trouvent. Pour un espoir de paix et de vivre ensemble sur l’île d’Haïti. Car la haine est le produit de petits esprits obscurcis.

Les personnes au pouvoir en République dominicaine persistent et signent, elles refusent effrontément de laisser à des hommes, des femmes et des enfants de vivre dans leur propre pays, à l’endroit même ils prononcèrent pour la première fois : « Nous sommes chez nous ». Ce qui nourrit dans l’immédiat la barbarie ultranationaliste dominicaine en la renforçant graduellement, c’est l’arrêt TC/0168/13 de la Cour de constitutionnelle.

Le 11 février 2015, un mois, après la Marche républicaine à Paris en réaction à l’attentat de Charlie Hebdo, le cadavre de Harry Claude Jean a été retrouvé. Ce jeune Haïtien d’une vingtaine d’années est pourtant reconnu par les gens de la localité d’Ercilia Pepin comme étant quelqu’un de paisible qui cirait des chaussures. Il a été roué de coups et poignardé avant d’être pendu, pieds et poings liés sur une place publique à Santiago, deuxième ville de la République dominicaine. Le même mois, un autre Haïtien a été décapité.

Ces meurtres qui ne sont pas les seuls qui accompagnent les manifestations anti-haïtiennes en République dominicaine, où l’on peut apercevoir des individus brûler le drapeau haïtien, sont aussi des résultats de la décision de la Cour constitutionnelle dominicaine, qui a statué que les personnes nées en République dominicaine entre 1929 et 2010 de parents étrangers (précisément les Haïtiens) ayant émigré dans le pays n’auraient jamais dû recevoir la nationalité dominicaine et que celle-ci devait leur être retirée. Au point où des journalistes et défenseurs de droits civiques dominicains qui dénoncent fermement la discrimination envers leurs compatriotes Dominicains d’ascendance haïtienne (traités de traîtres à la patrie) ont signalé plusieurs menaces de mort à Amnistie Internationale.

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Cliché non daté de Barack Obama et son père. © Reuters

Imaginez une seule seconde, des Afro-descendants, souvent victimes de racisme aux États-Unis se voient enlever d’une manière rétroactive leur nationalité américaine, pour devenir ipso facto « des apatrides » déportés vers l’Afrique, ailleurs dans des pays où ils n’ont jamais vécu. Décision qui pourrait changer le cours de l’histoire pour les enfants d’immigrants, et du fils de l’étudiant kényan devenu le premier président noir des Etats-Unis.

Vous devez savoir aussi que dans cette affaire, il y a la question de la couleur de la peau et le racisme. En témoigne, l’affaire Wilson Sentimo, ce Dominicain expulsé par l’armée de son propre pays vers Haïti, avant de retrouver sa terre natale. C’est par la couleur de sa peau que Sentimo a été identifié par l’armée dominicaine. Comme quoi le Noir n’aurait jamais dû recevoir la nationalité dominicaine ? Parmi tant d’autres cas, il y a le cas de madame Deisy Toussaint, journaliste et ancienne fonctionnaire du gouvernement, née sur le territoire dominicain et y a fait ses études, elle non plus, n’est pas épargnée par l’arrêt totalitaire TC/0168/13. Voici une situation profondément bouleversante, qui malheureusement ne fait pas la manchette de nos médias.

Finalement, cette décision de la Caricom de suspendre le traitement de la demande d’intégration de la République dominicaine à l’organisation est de bon augure pour l’espoir de tous celles et ceux qui défendent le respect des droits humains. Espoir, qui peut être aussi trompeur que vain, ne viendra pourtant pas résoudre le problème lié à la résurgence du sentiment anti-haïtien en République dominicaine. N’empêchera pas non plus aux ultranationalistes xénophobes de se couvrir de honte.

© crédit photo : reconoci.do


Traduire Wikipédia en créole? Il y a d’autres défis pour un ministre de l’Éducation en Haïti

Monsieur Nesmy Manigat,

Le 21 février 2015, était à la fois une journée de deuil national pour chaque Haïtien et la journée internationale de la langue maternelle sous le thème « L’éducation inclusive grâce aux langues – les langues comptent ». En ce jour, j’attendais de la classe dirigeante haïtienne quelque chose qui dégagerait une politique éducative et linguistique consistante, élaborée entre le dire et le faire. Mais en lisant votre annonce dans HPN-Haïti, je me suis posé la question, à savoir: quand est-ce que le politicien haïtien cessera-t-il de faire violence à l’intelligence de sa population ?

Je vous cite :

« Le ministère de l’Éducation nationale va formellement mandater l’Académie du créole haïtien (ACH) et la Faculté linguistique appliquée (FLA), afin de procéder à la traduction de Wikipédia, cette encyclopédie internationale en créole. Un financement sera disponible pour ce projet ».

Monsieur le ministre, Wikipédia c’est déjà plus de 4 675 000 articles en anglais, 1 573 000 articles en français, 1 145 000 articles en espagnol sans compter les autres langues, en activité depuis 14 ans. Je ne sais pas combien cette initiative va coûter à l’État haïtien, et je ne dis pas non plus qu’elle est mauvaise, mais avez-vous réellement l’intention d’investir l’argent des pauvres contribuables haïtiens dans un projet qui est loin d’être leur nécessité en ce moment ?

Je ne vois pas la priorité, à l’heure des contraintes budgétaires de votre gouvernement qui se traduisent par des irrégularités démocratiques : une législation inadéquate, des normes et des pratiques sociales défavorables, des capacités organisationnelles faibles, un investissement public et une gestion très limitées de votre ministère. Sans parler des crises récurrentes telles que les désastres naturels dont vous êtes incapables de faire une bonne gestion, notamment le séisme du 12 janvier 2010 (5 ans après, des gens sont encore sous des tentes).

Dans un pays déjà très appauvri, j’ai comme l’impression que vous voulez faire trop et finalement rien, en annonçant au hasard et sans discernement des projets accessoires. En ce moment précis, vous devez mettre la pédale douce. Je ne dis pas de réduire les dépenses (pas d’austérité, s’il vous plaît), mais d’en ralentir dans la moindre des choses, afin de lancer la croissance de ce pays une bonne fois pour toutes, par une saine gestion.

Pire encore, il semblerait que vous n’avez personne dans votre entourage pour vous informer que la version de « Wikipédia en créole haïtien » existe déjà. Allons faire un petit tour ici. Pourquoi ne vous occupez-vous pas davantage des vrais enjeux et des énormes défis de votre ministère? Tels que : l’illettrisme qui touche près de la moitié de la population, l’offre et l’accès à l’éducation publique (seuls 20% de l’offre éducative vient de l’État), la qualification des maîtres et le décrochage scolaire qui constituent des handicaps majeurs pour le système éducatif haïtien. Les gens en ont marre de vos projets simplistes.

Cette volonté de traduire tout et n’importe quoi me paraît inintelligente, quand on sait que Wikipédia, cette encyclopédie universelle et multilingue (287 langues) est de nature bénévole, ce qui sous-entend que le travail se fait depuis toujours sans obligation et gratuitement à partir de la participation de tout le monde. Qui plus est, l’édition de Wikipédia en créole haïtien (Wikipedya Ayisyen) a été fondée depuis août 2004, il y a 11 ans de cela. Elle compte aujourd’hui quelque 52 925 articles et 13 061 utilisateurs enregistrés. C’est l’une des rares versions de Wikipédia à être rédigée en langue haïtienne. Pourquoi projeter quelque chose qui existe déjà cher ministre ?

En plein 21e siècle les principaux défis à relever dans l’immédiat pour un ministre de l’Éducation en Haïti, avec le maigre budget dont il dispose (autour de 10% du budget annuel en moyenne), à mon avis, devraient être de préférence : de garantir l’accès équitable à une éducation de qualité aux enfants les plus vulnérables, l’amélioration du niveau des services éducatifs, l’égalité des chances entre filles et garçons, le renforcement du secteur de la petite enfance, le renforcement des structures de gouvernance et de régulation du système éducatif. Parce que, voyez-vous cher ministre, si nous continuons à perpétuer les mêmes comédies, nous ne pouvons pas espérer des résultats différents.

Thélyson Orélien


Antihaïtianisme en Rép. Dom: Une lettre ouverte à Leonel Fernandez

Le mercredi 11 février 2015, le corps d’Henry Claude Jean, un jeune Haïtien, a été retrouvé pendu à un arbre sur la place publique Ercilia Pepin à Santiago, dans ce que beaucoup considèrent comme un acte raciste. Ce meurtre est survenu quelques heures après une manifestation anti-haïtienne dans le quartier de Los Ciruelitos, au nord de Santiago. Les manifestants, le visage masqué, ont brûlé un drapeau haïtien, attisant un climat de haine déjà bien installé.

Le 19 février, plus de 150 personnalités, dont l’écrivaine Edwidge Danticat, la journaliste Michèle Montas, et le philosophe américain Noam Chomsky, ont signé une lettre adressée à l’ancien président dominicain Leonel Fernández, l’exhortant à intervenir face à la montée inquiétante de l’antihaïtianisme en République dominicaine. Leonel Fernández a été interpellé en sa qualité de président du Parti de la libération dominicaine (PLD), le principal parti politique en République dominicaine, qui a largement profité de la campagne anti-haïtienne.


Lettre à Leonel Fernández :

Port au Prince, Haïti, le 19 février 2015
Honorable Dr. Leonel Fernandez
Président du parti de la Libération Dominicaine (PLD)

Monsieur le président,

Permettez-nous de reprendre ici le fait indéniable que lors des élections présidentielles de 1996 en République Dominicaine, vous avez bénéficié de la campagne anti-haïtienne la plus haineuse depuis la dictature de Trujillo.

Malgré ce renforcement momentané de l’inhospitalité face aux ressortissants d’un pays limitrophe et ami, votre arrivée au pouvoir avait été favorablement accueillie des deux côtés de l’île parce qu’elle semblait représenter un renouveau dans la vie politique dominicaine, susceptible de permettre aux rapports binationaux de prendre une nouvelle direction.

Certainement vos trois mandats (1996-2000, 2004-2008, 2008-2012) ont été marqués par quelques initiatives louables dont le don de l’Université Henri-Christophe à Limonade, dans le cadre de la reconstruction qui a suivi le séisme en Haïti. Cependant, ils ont été à la fois lourdement entachés par des évènements atroces tels le massacre de Guayubin en juin 2000; les violences xénophobes de Hatillo Palma en 2005 et le crime odieux de Carlos Nerilus en 2009, pour ne citer que ceux-ci.

Témoignant d’une barbarie à nulle autre pareille, le 11 février 2015 à Santiago, le corps pendu de Henry Claude Jean, couvert de marques de violence, a provoqué les pleurs même des Dominicains qui le connaissaient, le mécontentement de la société et la douleur de la communauté haïtienne toute entière.

Nous dénonçons donc et qualifions d’indécente et de révoltante toute tentative de chercher un bouc émissaire parmi les compatriotes de la victime.

Avec indignation, nous portons à votre attention que cette action déshumanisante est une conséquence de trop de la croisade anti-haïtienne lancée pour vous appuyer et qui n’a cessé depuis de prendre de l’ampleur.

Les partisans de cette croisade, les plus radicaux, ont occupé avec vous et occupent jusqu’à présent d’importants postes gouvernementaux sur la base d’alliances avec le PLD. Nous vous économisons le temps de vous décrire ici les coïncidences de leurs positions avec les vôtres sur le dossier migratoire et particulièrement le droit à la nationalité des dominicains d’origine haïtienne avant la réforme constitutionnelle de 2010.

Par ailleurs, des menaces de mort proférées à l’endroit de journalistes dominicains pour leur traitement objectif de la question haïtienne et la présence de « groupes masqués » qui en plus d’incendier le drapeau haïtien sur la voie publique, disent déclarer la guerre à l’immigration illégale, nous portent à de profondes préoccupations.

Face à la gravité de la situation nous vous demandons de condamner énergiquement ces actes intolérables. Aussi, nous vous exhortons, en votre qualité de président du parti de Juan Bosch, à une collaboration étroite avec les autorités compétentes, afin de prendre en main une situation qui dégénère, au risque de voir l’histoire retenir votre lourde responsabilité dans des dérapages qui pourraient se révéler dangereux pour la paix entre les deux pays de l’île.

Nous vous remercions, Monsieur le Président, de l’attention que vous porterez à la présente et vous prions d’agréer nos salutations distinguées.

cc: Lic. Danilo Medina, Président de la République Dominicaine

Les signataires :

Claudette Werleigh,
ambassadrice de paix de Pax Christi International Ex Premier ministre d’Haiti

Mgr Zachée Duracin,
évêque, Église Épiscopale d’Haiti

Mgr Ogé Beauvoir,
évêque suffragant, Église Épiscopale d’Haïti

Mgr Willy Romulus,
évêque émérite de Jérémie

RP. Patrick Aris,
pastorale curie archidiocésaine

Simon Desras,
sénateur

Jean Baptiste Bien Aime,
sénateur

François Anick Joseph,
sénateur

Edmonde Beauzile,
sénateur, PFSDH

RP Yves Voltaire,
recteur Université UPNIP

Dr. Lucien Bernard,
Université Épiscopale d’Haïti

Rev. Dr. Frantz Casseus,
chanoine de l’Église Épiscopale d’ Haïti

Odette Roy Fombrun,
retraitée, éducatrice, présidente de la FORF

Venel Remarais,
directeur Radio Solidarité et AHP

Hérold Jean François,
journaliste, écrivain, DG Radio Ibo, PAP Haïti

Patrick Moussignac,
Radio Télé Caraïbes

Patrick De Landsheeer
Radio Cacique d’Haïti

RP. Jean Fils Chery,
BA, Dip.Min, MA, DG Radio Rédemption, Gonaïves

Michèle Montas-Dominique,
journaliste, ancienne porte-parole du Secrétaire des Nations-Unies NY

Philomé Robert,
journaliste à France 24, Paris

Valerio Saint Louis,
journaliste, DG Télé Images, NY

Ricot Dupuy,
PDG Radio Soleil NY

Alex St Curyn,
Radio Mega, Miami

Alex Anselm,
Chef de presse, Haïti New Network

Yves Cajuste,
enseignant-journaliste, Etats Unis

Kesner Pharel, économiste/Group Croissance

Paul Louis Henry Siclait,
vice-président de la Chambre de Commerce, d’Industrie et des Professions-Haïti, Afrique, Asie.

Michelle Mevs,
secteur privé

Youri Mevs, secteur privé

Jacques A. Nicholas,
économiste retraité/PAP

Me Saint Pierre Beaubrun,
coordonnateur GAAR

Phillippe Jean Thomas,
OHJ

Noam Chomsky,
Philosophe américain, professeur émérite au Massachusetts Institute of Technology

Pierre Esperance,
RNDDH

Sanon Reyneld,
Anten ouvriye Ayiti

Manise Elie,
RFJS

Marc Arthur Fils Aime,
Pati Rasin Kan Pep

Dupermé Brejnev,
Chandel

Jocelyne Colas,
CE-JILAP

Me Patrice Florvilus,
Defenseurs des Opprimes (DOP)

Louis Juste Cecile,
IFGA

Fritznel Pierre,
CPD

Jean Balaguel Bertho,
OSCOGRAB

Raymond Rival,
OPGM

Ezael Charles,
DESAFROD

Elvire Eugene,
AFASDA

Pierre Garrot Nere,
SOHDDH

Jules Romulus,
VHDH

Joasil Fritznel,
ACPRODDH

Tina Nadine Anilus,
REFKAD

Monie Pierre,
BRICDHEPAIX

Stanley Jean,
RORSS

Etienne Louis Kendy,
CCE

Mercilus Joseph,
Primature

Quetly Romain,
MOUFHED

RP. Antoine Lissaint,
SJM-Haiti

Rachelle Doucet,
anthropologue, Comite Mémoire 37

Evelyn Magron,
professeur, CM37

Colette Lespinasse,
militante de droits humains, CM37

Richard Mathelier,
CM37

Sabine Manigat,
CM37

Michel Hector,
CM37

Dominique Mathon,
CM37

Richard Mathelier,
CM37

Sylvie Bajeux,
Centre OEcuménique des droits humains (CEDH)

RP. Edwin Paraison,
Fondation Zile, Haïti

Serge Gilbert,
Fondation Zile, Canada

Dr. Ludovic Comeau Jr,
Président de GRAHN-USA, VP développement des chapitres de GRAHN-Monde

Myrtha Desulme,
présidente Société Haiti-Jamaique, représentante pour l’Amérique Latine et la caraïbe de la Fédération de la diaspora haïtienne

Edwige Danticat,
écrivain, Etats Unis

Dr Rudolph Lalanne

RP. Émile Beldord,
Sant Pont, Haïti

RP Wismith Lazard,
sociologue, compagnie de Jésus

RP Edwige Carré,
paroisse Holy Name Nashville, Tennessee

Rev. Dr. J. Fritz Bazin,
archidiacre, diocèse du sud de la Floride

Sauveur Pierre Etienne,
politologue, coordonnateur général OPL

Edwin d’ Haïti,
coordonnateur du MUDHA

Tony CANTAVE,
prof. À l’UEH, coordonnateur du GRIEAL

Dr. Georges Michel,
médecin, journaliste, historien

Muscadin Jean-Yves Jason, m
aire élu de Port-au-Prince 2007-2012 / Directeur Exécutif Association Citoyens Sans Frontières

Me Mireille Zamor,
juriste

Me Marie Jose Beauplan,
juriste

Patrick Cherubin,
Directeur MOSTCHA/Haïti

Patrick Numa,
secrétaire général de l’OGITH et Secrétaire Exécutif du Front National des Syndicats Haïtiens (FNSH)

Jean Robert Benoit Beauzile,
avocat, responsable justice PFSDH

Joseph Pierre Lamothe,
sociologue

Watson Denis,
professeur à l’UEH

Lisane André,
militante de droits humains, présidente Club Taino-Haïti

Fednel Zidor,
président de Gade Haiti

Raymond Borges,
Ingenieur-pedagogue

Jean Batard Midson,
étudiant

Rolande Dorancy Dathis,
avocat

Jean Camille Bissereth,
coordonnateur général de la FONDTAH

Docteur Jean-Marie BERNARD
Chirurgien Président Association GAMAH (Groupe d’Appui Médical A Haïti)

Serge Renaud,
Exc. VP, National Ass. Of Haitian Professionals (NAHP), NJ, USA

Jean-Claude Icart,
sociologue, chercheur autonome, Mt (Quebec) Canada

Meena Jagannath,
avocate de droits humains, Miami FL

Frantz Bourguet,
comptable/USA

Hugues Girard,
enseignant/USA

Senecal Richard,
cinéaste, RD

Claude Sainnecharles,
étudiant. UTESA/RD

Ing. Malio Gontrand,
diplômé de l’O&M/RD, Haïti

RP. Daniel Samuel,
prêtre épiscopalien, Puerto Plata,

RD Augustin Leprince,
Ex directeur général de l’ONA et du MHAVE

Ezili Danto, Exécutive Director, Haitian Lawyers Leadership Network We Are All Dominican ( # NoMasRacismoRD)

Dominique Errazi,
professeur d’école, Martinique

Prof. Luckner Jérôme,
Suffolk County Community College

Gluck Hunter,
musicien, compositeur, NY

Prof. Joseph Alfred (USA)

Brian Concannon Jr,
Executive Dir, Institute for Justice& Democray in Haiti/Miami FL

David Deegs,
Beyondboders

Cynthia Long Obenhaus,
RN,Global Birthing Home Foundation Founding Board member, sponsor of Maison de Naissance in Haiti/USA

Eleanor Dunfey-Freiburger,
Professor Emerita,Southern New Hampshire University Chair, Global Citizens Circle

Nicole Philips, Esq.
Avocat, Institute for Justice & Democracy in Haiti et Professeure à l’Université de la Fondation Dr. Aristide (UNIFA) Faculté des Sciences Juridiques et Politiques

Nadel, Joshua,
Assistant Professor of History,North Carolina Central University United States

Emile St Lot,
retraite FL

Dr Marie Jose St Lot,
FL

Jean Robert Argant,
Collectif 4 décembre

Maud J, Napoléon,
Collectif 4 décembre

Kenel Senatus,
étudiant, Espagne

Anne Lescot,
cinéaste, directrice Collectif 2004 Images,

France Richard Mirabal,
Cuba

Gérard Monfleury.
Communauté haïtienne en Argentine

Jean Gary Apollon,
président de haiticalaprofindo.com/Chilie

RP Jean Ricot Gay,
prêtre épiscopalien, Miami FL

RP. Smith Milien,
St Paul et les martyrs d’Haïti, Miami. FL

Dr Rudolph Lalanne,
Centre Anacaona Droits Humains Haïti, Paris

Tom Galvin,
New York

Charlot Lucien,
Administrateur de programmes de santé publique’ Etat de Massachusetts, USA

Vince Warren, Esq.,
Executive Director,Center for Constitutional Rights New York, USA

Michelle Karshan,
Executive Director, Li, Li, Li! Read,United States & Haiti

Marleine Bastien,
MSW, LCSW, Executive Director, Fanm Ayisyen Nan Miyami, Inc. Haitian Women of Miami

Augustin Smith,
secretaire NAPSA, Canada

Edwige Jean Luxama,
etudiant, NAPSA, Canada

Ralph Vital Antoine,
coordonnateur NASPA, Etats Unis

Angelo Barthold,
Etudiant, Université du Québec, NAPSA, Canada

Gulin Bonhomme,
responsable de projet, NAPSA, Haïti

Chevelie Cineas,
Prof a l’UEH, NAPSA, Haïti

Renaud Esperance,
médecin, NAPSA Antilles, Sainte Lucie

Jean Claude Pierre
Coeur-Saint, Ingénieur en informatique, NAPSA, Haïti

Predelus Jhon,
Ingénieur en génie industriel, NAPSA, Haïti

Taina Thelusma,
NAPSA, Haïti

Davidson Joseph,
Etudiant de master en résolution de conflit, NAPSA, Espagne

Dantil Louis,
étudiant, NAPSA, Espagne

Edson Louidor Wooldy,
prof de sociologie UPJ, NAPSA, Colombie

Olivier Bertoni,
Coordonnateur NAPSA-RD Renan Hedouville, SG CARLI Me Reynold

— Suivent les noms d’autres signataires.


Haïti : marche en hommage aux morts durant le carnaval

Le carnaval s’est achevé le 17 février par une marche symbolique dans les rues de Port-au-Prince, à laquelle ont participé le président de la République, Michel Martelly et le premier ministre Evans Paul. A partir de 17 h (heure locale), les habitants de la capitale haïtienne ont défilé «en blanc et en silence» pour rendre hommage aux victimes de l’accident du Champ de Mars.

Le carnaval, véritable institution dans le pays, est une des plus grandes fêtes publiques qui rassemble tous les Haïtiens. L’édition 2015 avait commencé dimanche sous le mot d’ordre «Nou Tout Se Ayiti» (Nous sommes tous Haïti, en créole).

Les participants ont déposé des fleurs et allumé des bougies à l’endroit où l’accident s’est produit mardi 17 février 2015, à 2 h 48 du matin au Champ de Mars, près du palais national. La fanfare présidentielle a joué de la musique de circonstancielle, rendant encore l’émotion plus forte en ce moment de recueillement.

Le drame est survenu durant le défilé carnavalesque. Le char allégorique du groupe de «hip-hop créole» Barikad Crew est entré en contact avec un câble électrique aérien.

Sept personnes qui se trouvaient sur le char ont été tuées. D’autres ont trouvé la mort dans le mouvement de panique qui a suivi. Selon une responsable du département de la protection civile le bilan s’élève à 20 morts et 46 blessés.

« Nous avons décrété le deuil national pour trois jours, afin qu’il prenne fin justement le jour des funérailles nationales et collectives. Nous disons au peuple haïtien qu’il faut que nous soyons solidaires : nous sommes tous Haïti » a déclaré le premier ministre Evans Paul.

Sources combinées : Associated Press/AFP

LES PHOTOS DE CIRCONSTANCE  

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© Photo Carel Pedre (facebook page)

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Le président Michel Martelly (pointant l’index), le premier ministre Evans Paul (levant sa main droite)

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Les artistes (chanteurs et musiciens) rendent hommage aux victimes
Les artistes (chanteurs et musiciens) rendent hommage aux victimes


Nous ne sommes pas tous des Haïtiens

«Nous ne sommes pas tous des Haïtiens», est un Éditorial inoubliable et historique, du journaliste français, Alain Génestar, ancien directeur de la rédaction de Paris Match, diffusé sur les ondes de RFI, le 17 janvier 2010, cinq (5) jours après le tremblement de terre en Haïti. Je vous invite à le réécouter, à cinq (5) ans du tremblement sans nom !

Que dire qui n’a pas été dit mille fois ? Mais pourquoi faudrait-il s’interdire de redire ce qui a déjà été dit ?

À chaque fois qu’une catastrophe de l’ampleur de celle d’Haiti se produit, les analystes rivalisent dans leurs commentaires pour trouver des mots plus forts, pour exprimer des émotions plus sensibles les unes que les autres, pour rechercher des explications originales ou bien lancer des condamnations qui interpellent avec plus ou moins de talent la bonne conscience universelle.

Mais parler d’une catastrophe aussi dramatique et bouleversante que celle qui frappe le peuple Haïtien, parler des morts, des blessés, des disparus, de toute cette misère n’est pas une affaire de style, ni un concours pour décrocher la palme d’or du commentaire le plus émouvant.

D’autant que ces déluges verbaux ne débouchent sur rien, ne riment à rien sinon à satisfaire leurs auteurs. Ecrire « Nous sommes tous des Haïtiens » après avoir écrit, il y a cinq ans au lendemain du tsunami, nous sommes tous des Thaïlandais ou des Sri Lankais est un mensonge. Non, nous ne sommes pas tous des Haïtiens, même si nous sommes sincèrement émus humainement c’est-à-dire en tant que frères de la même humanité. Mais nous ne sommes pas tous des Haïtiens, car dans quelques semaines, au mieux dans deux, trois mois, nous serons passés à autre chose, à une autre émotion, une nouvelle chassant l’autre.

Il y aura même des prétendus experts en cause humanitaire qui nous expliquerons à coup sûr que finalement on en a beaucoup trop fait pour Haïti, qu’il y a trop d’argent et que de toute façon la corruption est telle que les fonds, nos dons, nos aides sont détournés. Car, c’est ainsi qu’on les traite les damnés du monde. On les traite de corrupteurs, de corrompus comme si nous les riches, nous étions des petits Saints. Comme si nous les riches, nous n’avions pas exploité, sucé jusqu’à la moelle leurs ressources, ni asservis tout au long de l’histoire leurs pères et leurs enfants. Comme si nous les riches, nous étions prêts à partager nos biens et nos fortunes. Prêts à les aider, non pas au lendemain d’une catastrophe aussi spectaculaire, mais avant, après, en permanence !

Alors, ce dont il faut parler aujourd’hui, sans effet de style, compte-tenu de tout ce que nous savons, de tout ce que nous avons fait, de tout le mal dont nous avions été autrefois les auteurs puis plus tard les complices, ce n’est pas d’aides charitables, mais d’indemnités, de dédommagements.

Nous ne sommes pas tous des Haïtiens. Nous sommes des Français, des Espagnols, des Américains qui doivent rembourser leurs dettes au peuple d’Haïti !!!

Alain Génestar

PS: Alain Génestar est directeur de publication de Polka Magazine, un nouveau magazine trimestriel français de photojournalisme, qui propose un autre regard sur le monde à rythme plus lent.


#JeSuisCharlie, parce que rien ne peut justifier un crime

Parfois, le silence est plus éloquent qu’un long discours, surtout dans le tumulte ambiant. En signe de solidarité avec Charlie Hebdo et la France, et plutôt qu’un long article, moi, aspirant dessinateur, je partage ce dessin accompagné de quelques mots sincères, venant du cœur.

Douce France.
Toi qui couds les déboires de l’humanité
avec les crayons de tes fils
restes belle…

#JeSuisCharlie en solidarité, car rien ne saurait justifier un tel crime.

Douce France Thélyson Orélien
© Dessin de Thélyson Orélien