Thélyson Orélien

Que faire quand des inversions sont devenues banales

Le président et sa femme : Carnaval 2013 (Cap-Haïtien)
Le président et sa femme : Carnaval 2013

Que faire quand le rire et la moquerie se reproduisent tous les jours au sein même du secteur public en Haïti ? Les 10, 11 et 12 février 2013 au Cap-Haïtien, nous n’y étions pas, mais nous avons compris, du moins en théorie.

Le philosophe du langage et de la théorie littéraire russe Mikhail Bakhtine, dans un de ses ouvrages sur la culture populaire, a examiné le carnaval du point de vue de l’émission, sans rampe et sans division entre l’acteur et le spectateur.

En outre, entre mille essais de définition, le carnaval serait aussi ce lieu subtil, parfois sarcastique, pour contester et dire son ras-le-bol dans la joie, en prélude des réjouissances populaires face à une culture officielle hégémonique, répressive à l’image hideuse d’un régime autoritaire.

Historiquement, le carnaval remonte aux fêtes païennes de l’antiquité classique. Dans ces fêtes ont été célébrées les dilutions temporaires, des différences entre les riches et les pauvres, l’absence de distinction entre le beau et le grotesque, voire l’effacement des frontières entre le sacré et le profane à travers des masques, au-delà de toutes natures.

Les particuliers pourraient prendre d’autres identités, offrant une alternative différente aux existences quotidiennes. Le carnaval serait donc une partie des inversions. Mais parlant d’inversions, que faire quand elles sont devenues plus ou moins banales ?

Quand tous, par exemple, ont été dit ou été fait juste pour le rire et quand la moquerie, le risible, le ridicule ne cessent de se reproduire à longueur de journée au timon des affaires de l’État et dans la vie nationale elle-même ? Ce serait alors une indication que le carnaval en Haïti se reproduit continuellement «Non-Stop» toute l’année ?

On n’a pas besoin de dresser la longue liste d’idioties spécifiques, il fallait juste suivre l’actualité haïtienne des derniers jours pour avoir une idée aussi lucide qu’objective.

Enfin, il sera nécessaire que le carnaval soit une fête véritablement démocratique dans ce pays, pour une toute première fois, au moins, avec la liberté d’expression nécessaire et de la tolérance, sans aucune censure pour ceux qui aiment dire la vérité telle qu’elle est, comme pour ceux qui aiment en profiter, ou même ceux qui préfèrent garder le silence.

Parce que les folies sont aussi utiles pour ceux qui aiment danser les rythmes endiablés des musiques préfabriquées des trois jours gras, autant que pour ceux qui ont besoin d’une pause dans le carnaval continuel qu’on se trouve confronté le plus souvent.

Certaines personnes pensent que la politique est constituée d’un antagonisme entre l’amitié et l’inimitié, que la dissidence et l’opposition sont des fins en elles-mêmes et ne signifient pas d’exprimer des opinions distinctes sur le bien commun par amour pour la citée (le pays).

Le but ultime de la dissidence n’est pas de montrer que telle ou telle faction possède la vérité, mais le fait est de réaliser le bien commun. En Haïti, il s’agit d’une vision déformée de la politique. Seuls ceux et celles qui aiment le pays sont capables de surmonter leurs différences et de s’unir autour pour le bien de tous ceux et de toutes celles qui y vivent.

Pour arriver à ses fins, le pays a besoin d’unité autour de la foi civique dans la liberté commune mais aussi du pluralisme, d’être en accord et de s’opposer certaines fois. Le leader qui va à l’encontre du pluralisme et de ses principes en essayant d’instaurer la censure va à l’encontre même de la démocratie et du pays qu’il dirige.

En tout état ​​de cause, pour une année prochaine beaucoup plus rose, on souhaite voir plus de respect mutuel, plus de liberté d’expression, pour le bien-être assuré des danseurs, des chanteurs, des musiciens et du pays aguerri; afin de retrouver la joie rafraîchissante, et une certaine agilité aux voix des sambas de nos bandes à pied.-

Thélyson Orélien

Montréal, 12 Février 2013


Le prochain pape devrait être plus jeune

Le pape Benoît XVIPHOTO AFP
Le pape Benoît XVI / PHOTO AFP

Les cardinaux étaient tous dans la Cité du Vatican le 11 Février dernier, ils ont pensé qu’ils allaient se réunir dans la salle du Consistoire afin d’entendre parler de canonisations imminentes; au contraire, ils ont été abasourdi par l’annonce du pape Benoît XVI à propos de sa démission à la papauté à partir du 28 février.

L’ancien cardinal Joseph Ratzinger est devenu le chef du Saint-Siège le 19 Avril 2005, il est le premier pape à démissionner depuis Grégoire XII en 1415 afin de mettre un terme au Grand Schisme d’Occident. Crise pontificale qui touche le catholicisme au tournant des XIVe et XVe siècles (1378 – 1417), divisant pendant quarante ans la chrétienté catholique en deux obédiences.

Une autre démission remarquable a eu lieu en 1294, lorsque Célestin V, en réponse à sa propre inadéquation des charges politiques et financières de la papauté, a publié un décret autorisant le pape à démissionner. Le motif du pontife actuel : c’est qu’il n’a plus les forces de l’esprit et du corps nécessaires pour l’exercice adéquat du ministère pétrinien.

La démission du Pape ouvre la porte à un ministère vacant, mais comme le pontife n’est pas mort, c’est le bureau du Collège des Cardinaux qui choisira en toute légitimité le successeur de Benoît XVI, il n’aura pas à tenir son élection dans l’intervalle habituel compris entre 15 et 28 jours, le conclave pourrait en théorie avoir lieu très peu de temps après la date butoir du 28 Février, mais en tout cas le cardinal supérieur prendra le relais du pape en fonction jusqu’à l’élection.

Après sa démission Benoît XVI ne jouera plus aucun rôle dans l’Église. Il va probablement se consacrer à l’étude ? Au repos ? Son héritage, néanmoins, sera presque bouleversé. Il a été élu après un discours très conservateur à l’élection du conclave en 2005, comme pape, il a déménagé contre les éléments libéraux de l’Église, et a également mis les freins sur l’œcuménisme, mouvement visant à rassembler les Églises chrétiennes en une seule.

Beaucoup plus controversé, cependant, à la tête du corps qui maintient la discipline parmi les prêtres, il a, sur le témoignage de certaines lettres présentées devant les tribunaux américains, entrepris au nom de l’Église de demander pardon pour les abus sexuels de mineurs perpétrés par des prêtres catholiques. Sur d’autres questions, il s’est opposé à la contraception, y compris l’utilisation du préservatif pour prévenir la transmission du VIH dans le mariage, l’avortement en toutes circonstances, et la fécondation in vitro.

Quant à son successeur, l’idée gagne du terrain que le prochain pape devrait être africain ou latino-américain, mais le vote pourrait bien être influencé par le fait que la moitié du Collège des Cardinaux est européen, même si la majeure partie des pratiquants, parmi le 1.1 milliard de catholiques, vivent dans les pays en voie de développement.

En tout cas, beaucoup du Collège ont été nommé par Benoît XVI lui-même, ainsi l’Église de Rome est peu probable de voir des changements rapides au point de vue doctrinal. Cela dit, mais le prochain pape, aux yeux de la plupart des catholiques, devrait être plus jeune, et devrait être un meilleur communicateur ou quelqu’un capable de répondre aux défis moraux et œcuménique posés par la mondialisation.

Thélyson Orélien

Montréal, le 15 Février 2013


Il nous faut beaucoup d’imagination pour affronter une révolution

© Dessin : Corine Eugene dit Rochesson
© Dessin : Corine Eugene dit Rochesson

Pour Fabian Charles, mon plus vieux ami.-

En réponse à La Révolution Anonyme

Il nous faut beaucoup d’imagination pour affronter une révolution, car son cours n’obéit pas à une trajectoire régulière ou actuelle. Elle avance par saccades, reculs et bonds en avant. Elle se manifeste par des sauts d’énergie et des renversements dialectiques. Convenons d’abord que nous nous approchons à pas de géant d’un stade entièrement nouveau d’une révolution au delà des évolutions éco-techniques – de stades super-industriel – pourrions-nous alors percer un jour la signification de notre époque ? Acceptons donc l’hypothèse révolutionnaire et nous pourrons donner libre cours à notre imagination de manière à être capables d’affronter l’avenir. À nous autres, petits gens, l’avenir est la Grande Cause. Notre révolution est une révolution de la Paix. C’est notre victoire sur l’avenir. Espérons le…

Toute révolution est synonyme de nouveauté. Elle fait couler à flots l’inconnu dans la vie d’individus innombrables en les mettant en présence d’institutions inhabituelles et des situations inédites. Les changements qui nous guettent nous atteindrons jusqu’au cœur de notre vie personnelle, car ils métamorphoseront les structures familiales et les attitudes sexuelles traditionnelles, font voler en éclats les rapports conventionnels entre les jeunes et les vieux, pulvériseront les valeurs qui s’attachent actuellement à l’argent, au succès et modifieront les travaux, l’éducation jusqu’à les rendre méconnaissables. Bien plus, tout cela se déroule au milieu de ces progrès scientifiques spectaculaire, brillants et pourtant terrifiants.

Rien ne dure… les choses changeront ou sont en train de changer, pour le meilleur ou le pire, seul l’éphémère est là pour rester, les éphémérides sont les premières clés pour notre société, notre nouveauté en est la seconde. Par-là bien des membres de ce monde super-informatisé et modernisé ne se sentiront jamais chez eux. Semblables à des voyageurs qui, à peine installés dans un pays étranger, à peine leur adaptation terminée, découvrent qu’ils doivent le quitter pour un autre puis un autre encore, et un autre ensuite, ils finiront par avoir l’impression d’être des étrangers sur une terre étrangère.

Le changement est à même d’éliminer la faim, la maladie, l’ignorance et la brutalité dans notre cité, sans être obligé de marcher dessus en simulacre de sud au nord. En outre, en dépit de toutes prophéties pessimistes des penseurs à œillères, il en mutilera pas l’être humain, il ne l’écrasera pas dans un monde uniforme, pénible et grisâtre. Bien au contraire, il regorgera de possibilités nouvelles d’épanouissement personnel, d’aventure et de plaisir. Il sera haut en couleur et ouvrira un champ immense à l’originalité. Le problème n’est pas de savoir si nous pouvons survivre à l’embrigadement et à la standardisation, mais bien, comme nous le verrons, de découvrir s’il peut maîtriser notre propre liberté

Et pourtant, nous avons droit à une seule première et à une seule dernière fois pour se trouver l’ultime place, réellement plonger dans ce monde grouillant de nouveauté. Vivre à un rythme accéléré, c’est une chose quand on a affaire à des situations plus ou moins non-familières, mais c’en est un autre complètement différent quand il faut affronter des circonstances neuves, étranges et jamais rencontrées.

En lâchant les forces de l’inconnu, nous nous catapultons dans le royaume de l’inhabituel et de l’imprévisible et, ce faisant, nous aggravons encore plus dangereusement les problèmes inhérents à l’adaptation, l’assimilation ou l’allégeance requise, car notre jeunesse si naïve, dépourvue d’âpreté de vie constitue un mélange explosif.

Tout cela peut sembler discutable, certes; aussi il importe que nous examinions ensemble certaines des innovations à venir. En joignant à l’analyse rationnelle toutes les qualités d’imagination dont nous sommes capables, projetons-nous d’un coup d’aile dans nos révolutions sans noms, sans âges, sans craindre de nous égarer parfois – l’imagination n’est libre que lorsque la peur de l’erreur  est momentanément écartée. Quand on spécule sur l’avenir, mieux vaut le faire par audace que par prudence. La raison en saute aux yeux dès qu’on commente le temps au présent.-

Thélyson Orélien

Montréal, 27 Janvier 2013

Lire aussi : La Révolution Anonyme


L’Investiture d’Obama : «Une idée humaniste et des leçons d’audace pour le monde»

185050_10151160865584722_1280808040_n
Photo AFP

L’investiture du 44e président des Etats-Unis Barack Obama, qui a lieu ce lundi 21 janvier devant le Capitole, constitue l’un des temps forts de la vie politique américaine nous a appris le journal belge, Le Soir.

Les engagements qu’il a pris au terme de ce second mandat expriment son profond désir de radicaliser les politiques publiques qui ne sont pas limitées dans l’intérêt des Américains. En défendant le visage des questions controversées, comme la glorification de la culture des armes de la société qui l’a élu, la dégradation de l’environnement, les guerres, les droits des minorités, des homosexuels, des femmes et les préjugés auxquels font face certains immigrants irréguliers, Barack Obama s’est révélé d’un humanisme hors du commun et unique parmi les hommes d’État du monde actuel.

Dans un discours solennel d’une vingtaine de minutes, aux accents progressistes et rassembleurs, il a défendu idéologiquement des intentions, qu’il espère transformer en des actes concrets au cours des quatre prochaines années que son second mandat lui permettra d’accomplir. Et en assumant des valeurs profondément humanistes Barack Obama a usé de son investiture pour offrir des leçons audacieuses à chaque individu, non seulement aux américains, mais aux citoyens du monde entier.

Le président Obama a aussi abordé certains sujets spécifiques qui affectent la préoccupation de la politique publique interne des États-Unis, comme la restriction à imposer sur la possession d’armes. En peu de mots, la majorité des questions abordées par le président furent de grandes envergures.

Il est revenu sur des sujets clés, au plus fort de la crise économique de 2008, pour essayer sans doute, de poursuivre ses perspectives non-abouties et ses actes manqués durant les quatre premières années, au moment où le système financier américain a besoin d’une certaine forme de contrôle. Il n’a pas omis de faire avancer des propositions courageuses, comme la fermeture de la prison de Guantanamo, considérée comme une aberration juridique international en espérant de réaliser partiellement la réforme du système de santé et de la sécurité du pays.

Il y a sans doute des problèmes en suspens auxquels s’ajoutent de nouveaux défis. Ce qui importe dans l’ensemble des idées démocrates en substance, ce sont des questions complexes d’approches assez hardies.

Espérons que les mentalités républicaines seront en accord avec ce que le président démocrate a promis, en ce moment crucial de grande détresse où les américains et les américaines (voire la population mondiale) espèrent une transformation des rhétoriques de la politique actuelle, sur divers points, comme le dossier du réchauffement climatique ou la réduction des guerres via des interventions militaires externes. Car, quand l’Amérique tousse, le monde a la coqueluche.

Il est également intéressant pour chaque personne de toutes nations démocratiques ou en conflits avec des gouvernements despotiques de défendre sans concession des valeurs que les Américains ont su préserver jusqu’à présent et propager la liberté d’expression, le libre marché et la capacité à s’engager et à innover. Obama représente toutes ces vertus américaines, exaltées lors de la cérémonie d’investiture.

Le président Barack Obama n’a pas fait de discours sur des généralités insignifiantes ou fantaisistes mais sur des sujets spécifiques et précis, ce qui peut l’exposer, sans doute, à des accusations de plus en plus atroces à la fin de sa deuxième administration, dans un monde où les gestes de bonne volonté du gouvernement Obama-Biden, comme dans tout autre gouvernement de n’importe quelle région de l’Occident peut paraître souvent trop vagues ou contradictoires avec des anciennes pratiques parfois très à droites.

Sur les questions environnementales : « Nous réagirons à la menace du changement climatique, en gardant à l’esprit que ne pas le faire constituerait une trahison pour nos enfants et les générations futures », a déclaré Obama face à une foule de plusieurs centaines de milliers de personnes. Contrairement à l’administration qui l’avait précédé, il a été clair et précis sur cette question que méprise encore certains dirigeants de pays puissants.

Mais en comparant 2009 à 2013 dans la foulée des gens qui venaient l’acclamer en répondant à l’appel de cette seconde prestation, il reconnaît déjà le sentiment de frustration que peuvent ressentir les citoyens américains (s’il échoue, bien entendu) comme si l’avenir dépendra directement de sa propre conduite.

Thélyson Orélien

Montréal, 23 Janvier 2013


Les Misérables et Argo, grands gagnants des Golden Globes

PHOTO: NBC, Paul Drinkwater
PHOTO: NBC, Paul Drinkwater

«Argo» le film réalisé par Ben Affleck était le plus marquant de la cérémonie des Golden Globes également meilleur film et meilleur réalisateur.

La comédie musicale Les Misérables et le thriller Argo ont été les grands gagnants de la 70e édition des Golden Globes hier soir (dans la nuit du dimanche à lundi) lors d’une cérémonie à Los Angeles.

La bande de Tom Hooper a remporté le prix de la meilleure comédie musicale et le film réalisé par Ben Affleck a remporté le prix du meilleur film. Pendant ce temps le réalisateur de Lincoln, Steven Spielberg est rentré à la maison presque sans récompense.

Les Misérables, une adaptation cinématographique du célèbre ouvrage de Victor Hugo a récolté trois statuettes sur quatre nominations aux Golden Globes. Il a été nominé comme meilleure comédie ou film musical de l’année. Le prix de la meilleure actrice de soutien revient à Anne Hathaway et celui du meilleur acteur dans une comédie ou une comédie musicale à Hugh Jackman.

La jeune actrice Jennifer Lawrence a été élue meilleure actrice dans un film musical ou une comédie pour Silver linings playbook.

La nuit a également été marquée par l’apparition de Bill Clinton, qui a rendu hommage à son prédécesseur Abraham Lincoln, et la révélation de Jodie Foster, ayant remporté le Golden Globe pour l’ensemble de sa carrière, qui s’est adressée publiquement son homosexualité.

Le film autrichien Amour de Michael Haneke, favori pour les Oscars, a été le meilleur film en langue étrangère. La chanteuse britannique Adele a remporté un Golden Globe de la meilleure chanson originale pour le thème principal du film de James Bond, Skyfall, le dernier opus de la saga James Bond.

Le Golden Globe dans la catégorie comédie télévisée a été attribué à la production HBO’s Girls et à Lena Dunham qui a également remporté le prix de la meilleure actrice pour une performance .

Homeland, la série de Claire Danes avec Damian Lewis a remporté les Golden Globes de la meilleure comédie dramatique, du meilleur acteur et de la meilleure actrice dramatique.

Thélyson Orélien

______________________________________________________________________________________
[youtube https://www.youtube.com/watch?v=oVRkCwovSDY?version=3&rel=1&fs=1&showsearch=0&showinfo=1&iv_load_policy=1&wmode=transparent]

Les gagnants de la 70e cérémonie des Golden Globes: 2013

______________________________________________________________________________________

PS : Dans la gestion de ses contenus en ligne, youtube donne le droit à tous et à toutes  de partager ses séquences vidéo sur des sites à but non lucratif.-


Trois ans depuis que la terre a tremblé sous nos pieds

PHOTO : Une des photos du diaporama. Crédit: Benoît Aquin/ONF
Une des photos du diaporama. Crédit: Benoît Aquin/ONF

« Parler d’une catastrophe aussi dramatique et bouleversante que celle qui frappe le peuple haïtien, parler des morts, des blessés et des disparus, de toute cette misère n’est pas une affaire de style ni un concours pour décrocher la palme d’or du commentaire le plus émouvant. D’autant que ces déluges verbaux ne débouchent sur rien ne riment à rien sinon à satisfaire leurs auteurs. Écrire : Nous sommes tous des Haïtiens, après avoir écrit il y a cinq ans, au lendemain du tsunami : Nous sommes tous des Taïwanais ou des Sri-Lankais est un mensonge ». Alain Genestar.

La terre a tremblé en ce mardi de janvier, il faisait quatre heures cinquante-trois minutes dans l’après-midi et il a fallu au moins une vingtaine de secondes pour que tout soit basculé, et pour voir des gens mourir écrasés autour de nous par des bribes de béton. Des plaies ouvertes en liquéfaction, des taches sanglantes, des rues de gravats, des ponts de bâtiments tordus et le palais présidentiel fragmenté.

D’abord j’avais entendu des grondements, puis des effondrements. J’étais à l’intérieur de la seule maison restée encore debout dans un coin de l’Avenue Poupelard; au bas de Saint-Antoine de Padoue, dans la destruction de Port-au-Prince. Une ville que j’ai appris à aimer. Une ville autrefois si belle à mes yeux, qui se tenait fièrement débout et magnifique. Ce fut pour la première fois que j’ai entendu la terre crier sous mes pas, tel un coup de tonnerre venant de son ventre qui secoua violemment tout, et même les plantes. Trois ans après, et nous ne cessons pas  de trembler au profil de notre existence.

Haïti n’est pas un pays pauvre, c’est plutôt le pays le plus appauvri de l’hémisphère Nord. Au lendemain du douze janvier l’éditorialiste de Radio France Internationale (RFI) Alain Genestar qui connaît bien l’histoire d’Haïti a cité dans son éditorial intitulé Nous ne sommes pas tous des Haïtiens* : « Dans quelques semaines ou mieux dans deux ou trois mois nous serons passés à autre chose, à une autre émotion, une histoire chassant l’autre. Il y aura même des prétendus experts en cause humanitaire, qui nous expliqueront à coup sûr, que finalement on en a beaucoup trop fait pour Haïti, qu’il y a trop d’argent et que de toute façon la corruption est telle, que les fonds sont détournés… comme si nous les riches nous étions des petits saints, comme si nous les riches nous n’avons pas exploité et sucé jusqu’à la moelle leur ressource et asservi tout au long de l’histoire leurs pères et leurs enfants.»

Et il continu : « Compte tenu de tout ce que nous savons, de tout ce que nous avons fait, de tout le mal dont nous avons été autrefois les auteurs, puis plus tard les complices, ce n’est pas d’aide charitable, mais d’indemnité et de dédommagement. Non, nous ne sommes pas tous des Haïtiens;  nous sommes des Français, des Espagnols, des Américains qui doivent rendre leurs dettes au peuple d’Haïti » fin de citation. Il faut dire que le séisme n’a pas été la seule pire catastrophe qu’a connu Haïti depuis ses longues années d’existence. Le poids de terribles drames le tiraille encore aux épaules.

Trois grandes années d’apparences trompeuses et de faux semblants dans un ciel bouillonnant déchiré de nuages. La conjoncture haïtienne s’embrouille quotidiennement de la connivence des uns et de l’incompétence des autres. Les interminables troubles politiques entremêlés de tensions sociales  ne cessent d’occasionner des répercussions économiques critiques et très graves sur le pays. La misère bat son plein, déposant plus particulièrement la masse dans un état d’infortune lamentable, chaotique et révoltant.

Le sinistre tableau de la société haïtienne, Hector Hyppolite  et Jean René Gérôme l’auraient peint avec des larmes. Pas un acte concret n’a été posé pour régulariser la triste réalité, sinon que des palabres à n’en plus finir. Il y a lieu de s’inquiéter et de se poser continuellement des questions quant aux meilleures d’Haïti : Des suites d’interrogations qui concernent tous les haïtiens et les haïtiennes.

Depuis janvier 2010 les fissures sont loin d’être réparées. La terreur des premières secousses est encore là. Mais Haïti, comme toujours, veut rester optimiste envers et contre tous. Parce que nager dans le pessimisme c’est choisir tout simplement de ne pas apporter une pierre participative en adoptant une attitude de spectateur passif face à une situation très compliquée.

Trois ans dans l’impossible, et malgré tout nous sommes tenus. Mais il y a de quoi à être sceptique au sujet de l’avenir, quand le présent est très critique. Un lendemain meilleur suppose d’abord des préparatifs de base. Il faut identifier ce qui nous empêche d’avancer. La devise «l’union fait la force» implique  aussi de savoir avec qui s’unir pour sortir du bourbier une bonne fois pour toute.-

Thélyson Orélien

Rimouski, 12 Janvier 2013


Un manque de responsabilité sociale et historique dans un moment de détresse ?

Manifestation devant le Capitole de Washington, pour éviter le précipice fiscal, le 12 décembre 2012Photo : AFP/WIN MCNAMEE
Manifestation devant le Capitole de Washington, pour éviter le précipice fiscal, le 12 décembre 2012
Photo : AFP/WIN MCNAMEE

La principale bataille se déroule actuellement dans le Congrès américain. Les démocrates exigent une augmentation du taux d’imposition des ménages les plus riches que nécessite de solides plans d’épargne sociaux, mais l’opposition républicaine ne le permet pas. Quelques heures seulement séparent les Américains d’un redoutable abîme fiscal suspendu à leurs têtes comme une véritable épée de Damoclès. Le président Barack Obama a en vain intensifié les négociations avec les dirigeants républicains en faisant des mini-accords pour éviter de nouvelle crise financière.

Selon certaines sources au Congrès, l’accord prévoit une extension limitée de réductions d’impôts pour les familles gagnant moins de 250.000 dollars par an, une extension des prestations liées à l’indemnisation du chômage et une disposition pour éviter les coupures de remboursement des médecins. Les experts on prévu un report de certaines réductions probablement liées aux secteurs de la défense.

L’idée d’Obama est d’éviter tout déclenchement, par exemple une hausse générale des impôts accompagnée par de fortes réductions des dépenses publiques qui entrerait en vigueur dès le premier janvier 2013, si aucun accord n’est conclu. C’est un véritable match où personne ne veut être le perdant. Mais attendons voir, au cours des 24 prochaines heures, pour savoir si ce sera vraiment impossible de parvenir à un accord.

Avant-hier, le président américain a rencontré pendant plusieurs heures les dirigeants de la majorité démocrate et la minorité républicaine au Sénat, Harry Reid et Mitch McConnell, le président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner, et le chef la minorité démocrate Nancy Pelosi. Mais, malgré tout, cette fin d’année que les dirigeants américains sont en train d’offrir à leur peuple ne s’agit pas d’une fin d’année tranquille : particulièrement le Congrès, dans l’intransigeance de l’opposition républicaine centrée du fondamentalisme Tea Party.

La nouvelle année s’activera d’une forte réduction des dépenses publiques et une augmentation générale des impôts, ajoutant jusqu’à environ $ 646 milliards qui tomberont comme une masse sur l’économie américaine en pleine relance, affectant par extension le reste du monde.

« Selon une analyse de la Banque TD, si le fameux précipice se produisait en 2013, les États-Unis perdraient environ 3 % de leur croissance, ce qui signifie que leur économie en général serait comprimée de 1 %. Par ricochet, celle du Canada devrait connaître une baisse se situant entre 1 et 1,8 %, selon le rapport de la TD, ce qui est assez radical, mais tout laisse à penser que l’économie du pays pourra garder la tête hors de l’eau, même s’il n’y a que le nez qui dépasse. Cette prévision ne tient toutefois pas compte des éléments humains comme la perte de confiance ou l’effet de panique qui empirent les choses. » d’après une source d’Associated Press qu’on peut lire sur le blogue de Gérald Fillion, journaliste spécialisé en Économie à Radio-Canada.

Parmi les organismes gouvernementaux américains les plus touchés seraient le ministère de la Défense. Comme un symbole de ces temps de crise, le Pentagone a perdu 55 milliards de dollars, et un nombre similaire aurait une incidence sur le budget des programmes sociaux, y compris les contributions à l’aide médicale pour les retraités et les chômeurs.

Un exemple : les familles qui gagnent entre 4.000 et 6.000 par mois (la grande majorité du pays) verront une augmentation de leur imposition moyen de 2500 $. Et cela est très sensible pour un pays qui se remet encore de la crise des prêts hypothécaires de 2008.

Donc, tout le monde est d’accord à Washington que le pays a besoin d’une réforme fiscale. Mais les républicains et les démocrates ne parviennent pas à se mettre d’accord à cause de leurs profondes différences idéologiques. Et je me demande si le problème ne se traduit pas par un manque de responsabilité sociale et historique dans un moment de détresse ?

Thélyson Orélien

Montréal, 30 Décembre 2012


La poésie serait parole d’espoir malgré tout

270098_434608353255101_596400928_n

Par Thélyson Orélien

De tous les côtés, il me revient un son de cloche. Un son de cloche dont il m’est pénible de me faire ici l’écho. Ayant beaucoup aimé. Aimant encore beaucoup les plaisirs que cette cloche condamne. Mais c’est à chaque instant que j’entends dire autour de moi: «Je ne lis plus de poésie».

Répété par tant de bouches dignes de considération ou d’estime, cela finit par impressionner fâcheusement des poètes de mon espèce qui ne poursuivent guère dans la force des mots que leur agrément. Et voilà que maintenant mon ami, le libraire de la Côte-des-Neiges me confirme l’arrêt en le déplorant: «Faut-il donc se résigner à ne vendre que de rares recueils de poésies», me dit-il avec amertume. «Les gens ne lisent plus de poésie.» Je m’efforce de le réassurer, car si j’interroge, si je pousse davantage ceux qui viennent de prononcer cette condamnation, j’apprendrais qu’ils ne délaissent pas la beauté, les images et le pouvoir incantatoire des mots pour se jeter dans les voyages, les émotions et les imaginations.

Je n’ai pas manqué de demander sur mon chemin ce qu’ils cherchaient dans leurs lectures – d’un usage plus relevé sans doute, plus sérieux – et je n’ai laissé d’être un peu surpris d’apprendre qu’ils n’aspiraient à satisfaire dans leurs lectures que le goût de l’aventure et du dépaysement qu’offre totalement la poésie, la vraie, la bonne, en somme brimée par la vie courante dont la satisfaction faisait jusque-là le principal attrait. La réalité c’est donc que nos contemporains en sont réduits à chercher séparément dans trois genres différents ce que la poésie avait pour objet essentiel de leur fournir dans le même ouvrage et qui constituait proprement le message poétique. Cette constatation ne m’a pas fait le plus grand bien, je l’avoue, ne me rassurant sur moi même, car il est toujours pénible de se croire une exception, mais elle m’a apporté un brin de consolation en ce qui concerne certaines poésies d’hier.

Il est clair que sous quelques prétextes d’esthétique ou de style, la poésie est devenue, à part des exceptions, la proie de certains discoureurs ou de néophytes. Mais attention ! Il ne faut surtout pas confondre un jeune à un néophyte, car on met longtemps pour devenir jeune nous dit Picasso. Cela tient peut-être à ce qui est aussi le domaine quasi exclusif de ceux qui tendent à tout ramener à la forme qui leur est plus naturellement propre que celle d’une méthode établie. On comprend que le public s’en détourne et refuse d’entrer dans un jeu qui n’est pas le sien et qui n’a plus rien de commun avec l’aventure qu’il recherche. Il se jette vers d’autres livres ou d’autres genres littéraires qui malgré les étiquettes parlent davantage à son imagination et à son coeur.

La vie moderne est pleine de discours, notre temps quotidien en est de plus en plus encombré. Je vois que les ateliers, les bureaux, les boutiques, les rues sont pleines de beaux raisonneurs qui ont chacun leur explication de la crise, leur plan de réforme, leurs vues générales et définitives sur le monde. C’est une conséquence inévitable des régimes en place. Mais qu’au moins ceux et celles qui ont pris la charge de nous amuser ne nous entraînent pas dans les mêmes errements et ne viennent pas nous accabler de leur rhétorique quand il nous faudrait des émotions. Dans une de mes discutions toujours fructueuses, progressistes et approfondies avec des lecteurs de La Parole En Îles-Monde (Parole En Archipel), une lectrice me dit ceci : « Je ne suis pas poète, mais je pense que si j’en étais une, la poésie aurait pour moi plusieurs utilités: Tout d’abord, probablement comme dans tout type d’art, il y a dans un poème le moyen de faire passer un message, qu’il soit présenté sous la forme d’une métaphore, qu’il soit engagé ou non. Cela peut être également une invitation au voyage, qui nous emmène dans un ailleurs inexploré. Je trouve personnellement que la poésie sert principalement à procurer/transmettre des émotions au lecteur ». Oui Amélie, tu as tout à fait raison, l’une des principales missions de la poésie c’est se transmettre des émotions.

Il y a bien proprement la difficulté et le secret peut-être de ce que des personnes appellent défaillance de la poésie moderne (si on peut vraiment appeler cela défaillance, du fait que les poètes font moins d’argent). On dirait des fois que la poésie a été faite pour les poètes qu’à chaque fois que je rencontre une personne lire ou acheter un recueil de poésie à la librairie de mon ami, je dis : voici un poète. Et cette poésie est là pour faire sentir et ramener à cette personne des émotions. Et ayant beaucoup aimé. Aimant encore beaucoup les émotions fortes, il faut continuer de se rencontrer dans les cafés littéraires, les marchés de poésie, les nuits de poésie, les cabarets littéraires et les marathons de lectures pour ramener le chant qui peut narguer le son de cloche qui a comme pour but à lui seul de tout monopoliser. J’ai le désir de revoir un autre Tranströmer.

Et puisque j’existe, j’ai le droit de penser que la poésie est loin d’avoir pour intention d’enfiler des idées et des raisonnements pour les assembler en un faisceau qui se tienne où seulement les poètes y sont entraînés. Elle répond aussi à des besoins personnels et sociaux de la société actuelle dans laquelle nous vivons, elle permet aussi de réfléchir aux thèmes universels. C’est aussi un moyen de communication et de fraternisation entre les peuples. La poésie est également une arme contre la violence et les guerres ! Cocteau disait :  » la poésie dévoile, dans toute la force du terme. Elle montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement. » Et moi je ne me fatigue toujours pas de répéter : la poésie serait parole d’espoir, malgré tout. De tous les avatars que nous traversons durant notre passage terrestre, que restera-t-il sinon ces paroles mille fois enroulées et déroulées, et quelques gestes qui nourriront les légendes ? Elle peut être aussi ce coquillage où résonne la musique du monde. Une épiphanie par essence. Le lieu d’une véritable incantation et de charmes, où l’intimité peut devenir cette charnière de l’identité.

J’ai recueilli à ce sujet les confidences d’un de mes amis poètes, un peu plus âgé que nous, qui passe à toute vitesse de la poésie au roman, qui avec son talent de jeune romancier et selon toute vraisemblance va réussir brillamment dans le genre romanesque, «je croise les doigts en son nom et je lui souhaite que du succès», j’eus la joie de pouvoir le féliciter de sa persévérance, parce qu’il voyait bien justement, indépendamment de ses passeurs, où gîtait le lièvre. Ce jeune écrivain, quand il commençait à se sentir le goût des fictions, m’avouait toute la peine qu’il se donnait et sa surprise de trouver plus de rigueur dans les faits que dans les idées, tant de résistance pour assembler et plier à quelque vraisemblance les actions et les sentiments. Ce sont les actions ou les faits d’une vie osée, les sentiments d’une existence qui a de quoi à étonner les gens, mais écrit sous une plume qui n’oublie pas sa poésie. Il est toujours bon d’être poète avant de devenir romancier. Mais à ce jeune homme, il reste beaucoup à apprendre.

Dans un livre ancien intitulé Débats rempli des plus nobles soucis de l’art, et dont je compte recommencer la lecture que je recommande à tous, son auteur Henri Massis, figure majeure de la scène intellectuelle française au commencement du XXe siècle indique bien la cause de cette désaffection du public à la poésie face au roman. Il faut bien prévoir que le lecteur s’en écarta aussi longtemps qu’il trouvera cette impression de désert ou de flanc battu, suivant que sa nature est plus sensible au vide qu’il constate ou à l’effort qu’il devine.

Massis l’inventeur du pathétique des idées et d’un certain romanesque de l’histoire rappelle dans son ouvrage l’exemple de Barrès et la nécessité de ces hautes préoccupations spirituelles et morales qui n’est plus de mise aujourd’hui et que nos écrivains semblent avoir perdues. Le vrai dans les plus grandes comme dans les plus petites choses me paraît inaccessible, sinon aux poètes dans leurs jeux, aux romanciers dans leurs histoires. Pour moi, je dois avouer que comme dans la poésie, j’ai trouvé dans le roman comme dans les essais savants quelques-unes des meilleures joies de mon existence qui ne se plaît pas seulement qu’aux images du passé, du temps où tout ce que nous aimons avait encore de l’importance, où les jours nous paraissaient moins bousculés et que la paix suffisante pour se plaire à ces divertissements de l’esprit étaient de plus en plus de saison.

Thélyson Orélien in LaPresse