Thélyson Orélien

Francis Scott Fitzgerald, le magnifique !

Par Thélyson Orélien

La quatrième adaptation cinématographique de Gatsby le Magnifique (The Great Gatsby)a mis en évidence l’importance du livre éponyme écrit par Francis Scott Fitzgerald. 

Considéré comme l’un des plus grands écrivains américains du XXe siècle, ce travail de Fitzgerald, en date du 10 Avril 1925, lui qui appartenait à ladite Génération perdue, est un véritable chef-d’œuvre.

Le roman se déroule à New York à l’été 1922, il rapporte le chaos créé par la Première Guerre mondiale et fait une critique magistrale du rêve américain que tout le monde aimerait vivre. C’est un travail visiblement paradoxal sur la condition de ceux qui idolâtent les richesses et tout le glamour qui existent dans le temps, abhorrant le matérialisme et le manque d’éthique morale.

L’histoire commence lorsque Jay Gatsby, joué dans le film par Leonardo Dicaprio, un millionnaire connu pour ses festins grandioses, se lie d’amitié avec Nick Carraway, un jeune marchand du Midwest. Le contraste entre les deux, prend le cours du roman : la superficialité du monde vécu par Gatsby, et le choc de la réalité du point de vue de Carraway, comme une description fabuleuse de la vie de la haute société de l’époque.

En peu de temps après l’avoir présenté en salle, Gatsby le Magnifique a connu un succès phénoménal dans le Box Office hollywoodien avec des retombées économiques faramineuses. Le roman redevenu populaire, avait pourtant été oublié pendant la Seconde Guerre mondiale et la crise de 1929. Le succès ne lui est venu qu’en 1945, quand il a été réédité et a atteint un grand nombre de lectrices et de lecteurs.

Je voulais ici recommander le magnifique Gatsby à tous ceux et celles qui ne l’ont pas encore lu – un beau livre de Francis Scott Fitzgerald, répertorié comme un des classiques de la littérature mondiale, au deuxième rang dans le top 100 des meilleurs romans du XXe siècle.

La nouvelle adaptation 2013, réalisée par Baz Luhrman, selon moi, a été très bien jouée par de redoutables acteurs : Leonardo DiCaprio, Tobey Maguire, Carey Mulligan, Isla Fisher, Joel Edgerton. Sur Grand écran comme dans les pages noircies du roman, le merveilleux Fitzgerald nous rappelle la nécessité de ne jamais perdre nos regards critiques sur les diverses réalités de la société auxquelles nous assistons.

Toutefois, on ne saura jamais ce que Fitzgerald aurait pu penser de la version post-moderne du réalisateur australien Baz Luhrman. Car en 1927, l’auteur lorsqu’il a découvert la première adaptation de son œuvre, a quitté la salle au milieu de la projection. Il l’a carrément détesté… Alors là, de tous ceux qui ont réalisé Gatsby, seul Fitzgerald est magnifique !

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Gatsby le Magnifique, traduction de Michel Laporte, 2013, Hachette.
Gatsby le Magnifique, film de Baz Luhrmann avec Leonardo DiCaprio 2013


Crise haïtiano-dominicaine : qui viole la loi internationale dans le monde ?

Avez-vous déjà entendu parler de la décision du président dominicain Danilo Medina, soutenu par son mentor Leonel Fernández, à travers une décision de la Cour constitutionnelle dominicaine ? Cette décision vise à dénationaliser les Dominicains nés de parents haïtiens après 1929. Ces citoyens dominicains deviennent ainsi automatiquement apatrides.

La question à se poser face à cette proposition choquante des autorités dominicaines est la suivante : que dirait le président Danilo Medina si, par exemple, le président Obama avait décidé de faire de même, retirant la nationalité américaine aux citoyens nés de parents dominicains ? Ce parallèle met en lumière l’absurdité et l’injustice de cette décision.

Le droit international

Cette initiative dominicaine est non seulement absurde mais va à l’encontre des principes fondamentaux du droit international, ratifiés par les pays membres de l’ONU. Et quel mot approprié pourrait-on utiliser pour qualifier cette situation ? Haine ? Xénophobie ? Racisme ? Violation des droits de l’homme ? Rejet de ses propres citoyens ? Quoi qu’il en soit, tout cela semble tourner autour de l’origine identitaire et de la couleur de peau. Appelez cela comme vous voulez, mais cette décision porte un nom bien connu… elle dégage l’odeur nauséabonde du Trujillisme des années 1930.

Pendant ce temps, le président de l’Association des Dominicains vivant en Haïti (Asociación de Dominicanos Residentes en Haití), Miguel Martinez Molina, souligne que ses compatriotes bénéficient d’une grande hospitalité en Haïti. Il appelle les autorités dominicaines à respecter les droits des Dominicains d’ascendance haïtienne ainsi que ceux des ressortissants haïtiens. Mais face à une telle hostilité dominicaine, quelle diplomatie haïtienne serait appropriée ? Et que dire de ces Dominicains vivant à Port-au-Prince, Pétionville et dans d’autres régions d’Haïti ?

Un État-voyou

La République dominicaine devrait être considérée comme un « État voyou » par les Nations Unies et la communauté internationale, un terme désignant un État qui ne respecte pas les normes essentielles du droit international. Hier, lors de la XIIe Conférence régionale sur les femmes d’Amérique latine et des Caraïbes à Saint-Domingue, la participation du président dominicain a été interrompue par un groupe de 40 délégués étrangers scandant « Todos somos Haití, Nous sommes tous Haïti », en protestation contre la décision de la Cour constitutionnelle.

Le 1er octobre dernier, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a fermement condamné cette décision arbitraire de la République dominicaine. « Nous exhortons le gouvernement dominicain à prendre toutes les mesures nécessaires pour veiller à ce que les citoyens dominicains d’origine haïtienne ne soient pas privés de leur citoyenneté, conformément aux obligations internationales relatives aux droits de l’homme », a déclaré Ravina Shamdasani, porte-parole du HCDH.

Cette situation soulève des préoccupations majeures quant au respect des droits fondamentaux et souligne l’urgence d’une intervention internationale pour protéger les citoyens vulnérables d’origine haïtienne en République dominicaine.


Petites anecdotes croustillantes de la ville des Gonaïves !

Voilà, je vous propose quatre petites anecdotes croustillantes et vivantes sur Gonaïves, la ville où je suis né. Et bientôt je vous en raconterai d’autres sur Paris, Pointe-à-Pitre, Marigot, Santiago, Genève, Val d’Aoste, Port-au-Prince, Cap-Haïtien, Jacmel, Rimouski,  Montréal et d’autres villes du monde que j’ai eu la chance de visiter, quelques-unes qui m’habitent et que j’habite.

Le Racing Football Club des Gonaïves 

Un homme très populaire de la ville des Gonaïves, je ne citerai pas de nom, assistait à un match de Football (soccer) opposant le Racing Football Club des Gonaïves à l’Association Sportive Capoise – l’ASC du Cap-Haïtien. Le reporter de Radio Indépendance disait que l’équipe des Gonaïves avait gagné le match de justesse. Le monsieur très populaire était assis près du reporter. Comme il aimait beaucoup la langue française, il a voulu expliquer à un ami qui n’était pas présent au Parc Vincent. « P… mon ami, l’équipe des Gonaïves a gagné le match de tristesse. »

Les baptêmes de poupées

Il était de coutume aux Gonaïves d’organiser  des baptêmes de poupées dans les familles pour faciliter la rencontre entre les jeunes des deux sexes. La poupée était prétexte de la rencontre. Il fallait un parrain et une marraine pour le bébé. De la musique, des mets variés, de l’élégance, et la galanterie faisaient partie du menu. Le parrain devait prononcer un discours éloquent et présenter un cadeau à la marraine. Parfois cette amitié occasionnelle entre parrain et marraine débouchait sur des aventures amoureuses sérieuses qui duraient de longues années et par la suite conduisaient parfois même à des engagements officiels et religieux durables. Pour preuve, bon nombre de la génération d’aujourd’hui, originaire de la ville des Gonaïves, si l’on fouille dans les annales collectives a pris naissance à partir de ces baptêmes de poupées d’autrefois.

Zacharie Delva

Dans les années 69, 70, comme racontent nos parents, il y était de coutume officielle que des délégations d’élèves, de miliciens connus sous le nom de Tontons Macoutes, des soldats et des notables de la ville se rendent à Descahos (entrée Ouest) pour venir rencontrer le leader populaire Zacharie Delva à chaque fois qu’il rentrait dans la ville. Personne n’avait le droit de dire non à cette tribulation qui durait d’habitude trois à quatre heures. Parfois, il ne venait même pas. Et personne ne pouvait abandonner son poste. Il fallait attendre la toute dernière minute pour que les responsables de chaque délégation acceptent de lever timidement l’ancre. Quand le parrain venait c’était la réjouissance pour les élèves des délégations, ces innocents, qui lui demandaient des jours de congé. Ils pouvaient obtenir un, deux à trois jours de congé suivant l’applaudissement qu’on lui avait réservé: « Congé, Congé demain et après demain, parrain! » hurlaient les enfants. Un simple geste de lui, et tout est réglé à Descahos, en pleine rue. Les directeurs d’écoles eux ne pouvaient rien dire. Ils devraient obéir, sinon… Mais à sa mort, Zacharie Delva n’aura pas la chance d’avoir des funérailles officielles.

Ti-Ciga

Ti-Ciga, l’un des grands entrepreneurs de la ville, riche, généreux, mais non instruit, versa un don en chèque à une association sportive étudiante pour les encourager. Ti-Ciga avait écrit le nom de l’association en chiffre. L’étudiante prenant le chèque a remarqué l’erreur et lui demande de corriger le nom. Ti-Ciga a pris sa plume et a mis un accent aigu sur le chiffre 2. Il avait offert un chèque de deux mille gourdes aux élèves du Collège comme donation. Quand un responsable de l’établissement lui a posé la question pourquoi, il avait donné une telle somme aux étudiants. Ti-Ciga a répondu: « je suis un ancien élève du Collège. »

À suivre… 😉


Les îles des Caraïbes culturellement et linguistiquement fragmentées

Les îles des Caraïbes, par définition, espace très prisé des voyageurs en quête de soleil et de plages de sables fins ont longtemps été considérées comme une région politiquement, culturellement et linguistiquement fragmentée, ayant un fond unique mais varié.

Les îles des Caraïbes, par définition, espace très prisé des voyageurs en quête de soleil et de plages de sable fin, ont longtemps été considérées comme une région politiquement, culturellement et linguistiquement fragmentée, ce qui lui donne un fond unique, mais varié. En raison de la longue colonisation des nations des Caraïbes, il y a un débat permanent sur les pays qui composent l’espace caribéen. Certains intellectuels insulaires plaident pour l’inclusion d’un nombre de pays latino-américains dans les Caraïbes sur la base de la similitude apparente des cultures de ces pays, y compris ceux qui étaient auparavant sous la domination néerlandaise. Sont les piliers de la culture littéraire des Caraïbes : Haïti (Jacques Stéphen Alexis, Jacques Roumain, Jean Price Mars, René Depeste, Dany Laférrière), Cuba (Nicolas Guillén), Porto-Rico (Luis Matos Paléso), Guyane française (Léon Gontrand Damas), Martinique (Aimé Césaire, Édouard Glissant), Jamaïque (Louise Bennett), Trinité (CLR James), Sainte-Lucie (Derek Walcott), Guyane (Wilson Harris) et caetera.

Colonisés d’abord par l’Espagne, l’Angleterre, la France et la Hollande dans les XVe et XVIe siècles, toutes les influences associées à la culture de l’esclavage et de la tyrannie politique ont continué même après l’indépendance dans la plupart de ces pays, donnant lieu à une littérature profondément préoccupée par les questions de l’identité culturelle et ethnique; la politique, la construction ou la reconstruction des nations. La nécessité de former une identité culturelle, régionale, distincte de leurs ancêtres colonisés a conduit de nombreux intellectuels antillais à développer l’idée des Nations Unies des Caraïbes. Bien que cette notion ne soit pas encore devenue une réalité politique, mais il y a un point commun du point de vue culturel à travers les îles de la Caraïbe qui relie ces sociétés de façon très fondamentale. Une partie intégrante de cette assimilation culturelle a commencé sur les plantations esclavagistes, où une culture commune de création et d’expression se faisait sentir, culture qui continue à prospérer même aujourd’hui. Commençant dans un premier temps par des Amérindiens de la tribu des Arawaks et des Caraïbes (gravures, pétroglyphes, créations vodouesques, areytos, hymnes religieux et/ou spirituels). Les expressions créatives des immigrants africains ont survécu à l’ère de l’esclavage, jusqu’au XXe siècle, où on les a toutes retrouvées dans certaines oeuvres d’écrivains tels que Jean Price Mars, Jacques Roumain, Edward Kamau Brathwaite et Lamming George.

En plus des personnes d’ascendance africaine, les îles des Caraïbes sont également une maison aux auteurs espagnols et néerlandophones, dont de nombreux écrits reflètent largement les préoccupations relatives à l’identité régionale et culturelle, à la fois dans la prose et la poésie. Un axe principal dans l’écriture de langue espagnole qui a pour nécessité l’articulation des prises de conscience face à l’existence continuelle des inégalités sociétales, les auteurs de langue espagnole des Caraïbes utilisent le plus souvent des stéréotypes coloniaux dans leurs écrits pour mettre en évidence toute prise de position. L’agitation politique et les conflits qui continuent d’affliger de nombreuses îles des Caraïbes ont également forcé un grand nombre de ces auteurs à quitter leur pays natal pour les États-Unis, le Canada, l’Europe et d’autres parties du monde.

Au début, la littérature des Caraïbes était clairement une littérature de l’exil, puisque la plupart des auteurs qui écrivaient à ce moment-là avaient fui leur pays d’origine pour échapper à des sténoses politiques qui leur étaient imposées par leurs nations dominantes ; on peut citer des écrivains, tels qu’Émile Ollivier, René Depestre, Reinaldo Arenas, Dany Laferriere, Carlos Guillermo Wilson, Gérard Étienne, Alejo Carpentier, Gérard Bloncourt, et tant d’autres. Bien qu’ils aient continué à écrire sur leur pays d’origine, ils ont également incorporé leur vie dans leur pays d’adoption par le biais de leurs oeuvres. Bien que modernes, les écrits expatriés en provenance des Caraïbes continuent d’être préoccupés par l’état du pays d’origine, le discours s’est élargi pour inclure d’autres préoccupations au sujet de leurs expériences en terres étrangères. Beaucoup de ces écrivains utilisent aussi la langue d’adoption pour s’exprimer.

La littérature contemporaine des Caraïbes n’a pas une tradition indigène. La civilisation précolombienne (Indiens d’Amérique) a laissé peu de gravures rupestres ou des inscriptions (pétroglyphes), et leurs traditions orales n’ont pas survécu à la colonisation du 16e siècle espagnol. On retrouve aussi une carence de tradition écrite chez les Africains de l’Ouest qui les ont remplacés. La littérature des Caraïbes depuis plusieurs siècles fut une émanation et l’imitation des modèles des puissances coloniales: Espagne, France, Grande-Bretagne, et Pays-Bas. Donc, les écrivains de la Caraïbe n’étaient pas conscients de leur propre environnement, jusque dans les années 1920, cependant que le défi d’une forme distinctive littéraire ait été accepté. Puis, dans le cadre de modernisme hispano-américain, espagnol et français, les écrivains des Caraïbes ont commencé à rompre avec des idéaux européens et à s’identifier à leur réalité. Les dirigeants de ce mouvement, principalement des poètes, étaient: Luis Matos Palés (Porto Rico), Jacques Roumain (Haïti), Nicolás Guillén (Cuba), Léon Damas (Guyane française), et Aimé Césaire (Martinique). Jean Price-Mars, un ethnologue haïtien (Ainsi parlait l’oncle, 1928), a déclaré que son but était, de restituer à son peuple la dignité de son folklore dans un discours finement exprimé. Aimé Césaire dans Cahier d’un retour au pays natal (1939), construit dans des formes poétiques des éléments rythmiques et tonals de l’archipel Caraïbes, les rituels et les formes linguistiques, en utilisant les techniques surréalistes et symbolistes.

Dans les îles britanniques, le développement de la littérature nationale après 1945, a apporté sa propre contribution dans le roman dialecte populaire: Vic Reid, New Day(1949), Samuel Selvon, A brighter Sun (Un Soleil plus brillant, 1952) et The Lonely Londoners (Les Londoniens solitaires, 1956), George Lamming, In the Castle of My Skin (Dans le château de ma peau, 1953), et de VS Naipaul, The Mystic Masseur (1957) et A House for Mr. Biswas (Une Maison pour Monsieur Biswas, 1961), entre autres, et dans la poésie de Louise Bennett (Labrish, 1966).

Paradoxalement, le développement de la Caraïbe anglophone a été officiellement conservateur, mais en un travail «ouvert» plutôt que d’expression autochtone, ou indigène, dans le travail de CLR James (Trinité) et la poésie de Derek Walcott (Sainte-Lucie). Dans les romans de Wilson Harris (Guyana), le symbolisme et les techniques surréalistes de la modernité réapparaissent, et la poésie de Edward Brathwaite Rights of Passage (Droits de passage, 1967), Masks (Masques, 1968), Islands (Les Îles, 1969) tente de réaffirmer la place de l’Afrique dans les Caraïbes.

Quelques grandes voix de la littérature caraïbéenne:

Aimé Césaire, Earl Lovelace, George Lamming, Malcolm de Chazal, Léon-Gontran Damas, René Despestre, Édouard Glissant, Jacques Aléxis, Jacques Stéphen Alexis, Gilbert Gratiant, Marie Vieux Chauvet, Édouard Maunick, Dany Laférierre, VS Naipaul, Anthony Phelps, Ernest Pépin, Daniel Maximin, Jacques Roumain, Maryse Condé, Mervyn Eustace Morris, Colville Norbert Young, Émile Ollivier, René Vázquez Díaz, Gérard Étienne, Frantz Omar Fanon, Frankétienne, Severo Sarduy, Saint-John Perse, Lyonel Trouillot, Virgilio Piñera Llera, Jean Price Mars, Raphaël Confiant, Louis-Philippe Dalembert, Joseph Zobel, Guy Tirolien, Georges Castara, Gaspar Octavio Hernández, Patrick Chamoiseau, Berthène Juminer, Rodney Saint Éloi, Gisèle Pineau, André Schwartz-Bar, Simone Schwartz-Bart, Edris Saint-Amand, Ernest Pépin, Luis Rafael Sánchez, Derek Alton Walcott, Vic Reid et caetera.

Thélyson Orélien

Article paru également dans le journal Le Matin


Intermède : Paradis sur mesure de Bernard Werber «La vérité est dans le doigt»

Tous les jours surgit une idée nouvelle dans ma tête

Ainsi commence Paradis sur mesure, la première phrase que j’ai lu de ce livre que m’avait recommandé une très bonne amie, qui me parlait des variantes de plus en plus modernisées des proverbes.

Dix-sept histoires de Bernard Werber – auteur commercial et un peu controversé – regroupées en recueil de nouvelles sous forme de contes, légendes ou de fables (fantastiques pour frémir, rêver ou sourire), un livre qui plairait bien au plus utopiste des rêveurs (Imaginez un monde où il est interdit de se souvenir du passé).

Ainsi, l’auteur affirme, sans aucune gène que la construction du Grand Collisionneur de Hadrons (LHC)* du Conseil Européen pour la Recherche Nucléaire (CERN) permet d’envoyer des particules à une vitesse supérieure à celle de la lumière ce qui amène une contradiction avec les connaissances actuelles sur l’Univers, datant des écrits théoriques d’Albert Einstein concernant les postulats de la théorie de la relativité restreinte.

C’est à la page 47 que j’arrive pour vrai à rentrer dans la recommandation de mon amie : Il me fallait seulement lire cette page, me suis-je dis, pour comprendre cette langue de bois. Cette nouvelle titrée «La vérité est dans le doigt», n’en est pas vraiment une nouvelle, c’est un court intermède.Il s’agit tout simplement d’un proverbe chinois avec quatre de ses variantes à travers l’histoire qui lui font office de suite.

J’ai même pensé qu’il s’agissait d’une discussion utile à faire à propos des variantes de ce proverbe chinois, ici dans la nouvelle section «Lu pour vous» de mon nouveau blog, comme pour Le Bien et le Mal ne sont même pas vraiment connaissables. Pas un débat actif, mais pour la considération générale des lecteurs.

Intermède : «Lorsque le Sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt (Proverbe chinois)»**

  1. Lorsque le Sage explique son doigt n’a aucune importance et que c’est la lune qui est intéressante, l’imbécile écoute le Sage et trouve qu’il parle vraiment bien. (Variante moderne de ce proverbe.)
  2. Lorsque le Sage exige de l’imbécile qu’il regarde cette «bon sang de lune», l’imbécile a peur mais ne lève pas la tête. (Variante très moderne de ce proverbe.)
  3. Lorsque le Sage finalement renonce à parler de la lune, et lance la conversation sur son doigt qui après tout semble intéresser l’imbécile, ce dernier se dit que le Sage est un homme qui sait se faire comprendre et parler de tous les sujets, même les plus incongrus. Comme les doigts. (Variante encore plus moderne dudit proverbe.)
  4. Lorsque le Sage est mort, l’imbécile se demande : «Mais au fait, de quoi voulait bien nous parler le Sage quand il dressait le doigt si haut au-dessus de sa tête ?» (Variante définitive dudit proverbe.)

À vous de me dire les non-dits des variantes dudit proverbe…

Dans Paradis sur mesure, Werber a pris le soin de citer quelques-uns de ses maîtres comme Edgar Poe, Jules Vernes, Stefan Zweig, H.P. Lovecraft, Dino Buzzati, puis A.E Van Vogt, Frederic Brown, Isaac Asimov, Stephen King, et surtout Philip K Dick, à qui il doit beaucoup de nuits blanches aux récits finement ciselés.

Je dois terminer la lecture de ces 400 pages parues chez Albert Michel, que j’ai à peine commencé, et selon ce que j’ai déjà lu, et sans intention de jouer à la critique, je trouve que l’auteur est quand même bon. Je ne suis pas un critique littéraire, mais un très bon lecteur que j’assume, sans aucune prétention.-

Thélyson Orélien

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Notes : 

* Le Grand Collisionneur de Hadrons (LHC) est un gigantesque instrument scientifique situé près de Genève, à cheval sur la frontière franco-suisse, à environ 100 mètres sous terre. C’est un accélérateur de particules, avec lequel les physiciens étudient les plus petites particules connues

** Intermède in Paradis sur mesure de Bernard Werber, Éditions Albin Michel, 2008


Barack Obama aurait pu être Trayvon Martin il y a trois décennies

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Trayvon Martin, un adolescent Afro-Américain de dix-sept ans, a été tué sous les balles d’un gardien privé, en rentrant chez son père lors d’une soirée pluvieuse, le 26 février 2012 à Sanford, en Floride. Un an plus tard, un jury composé de six femmes blanches déclare le tueur non coupable.

Le jury a accepté la thèse de légitime défense du tueur. Quoique l’adolescent était non armé, Zimmerman l’a poursuivi en qualité de suspect pour lui tirer dessus à mort au moment où il réagi pour avoir été suivi sans répit de plusieurs blocs.

Loin d’être un autre cas de violence urbaine, l’affaire Martin a galvanisé l’opinion publique des États-Unis et l’a ramené à un problème qui persiste encore dans la culture américaine: le racisme. Pas de bavardage sur le sujet, depuis sa première campagne en 2008, le président Obama a qualifié l’événement de tragique, en disant: « Si j’avais un fils, il ressemblerait à Trayvon ».

Dans son discours énergique Barack Obama a également ajouté que c’est humiliant d’être un suspect dans un magasin en raison de la couleur de sa peau – chose certainement vécue – puisqu’il a été lui-même, il y a quelques années, une victime de suspicion.

Le jour où George Zimmerman, le gardien qui a tué Trayvon Martin a été acquitté, la méga-star Beyoncé a demandé une minute de silence à la mémoire de Trayvon Martin, avant de commencer son spectacle.

Depuis lors, les protestations se multiplient et s’intensifient aux États-Unis. Au moment où je fais la brève analyse de cette affaire, des milliers de gens ne cessent de commenter leur ras-le-bol sur Internet pendant que d’autres sont en train de contester l’impunité chez l’oncle Sam. Des artistes américains escortés de personnes de différentes communautés se mobilisent pour Trayvon.

Les craintes de la communauté Afro-Américaine, à juste titre, ne sont guère dissipées. Et nombreux sont ceux qui croient que la thèse de la légitime défense, peut, comme dans le procès manipulé de Martin,  favoriser l’exécution d’autres Noirs à travers le pays.

Au lendemain du procès de Zimmerman, le président Barack Obama a publié une déclaration sur le verdict du procès stipulant que le meurtre de Trayvon Martin était en effet une tragédie, que les Américains devraient respecter le résultat du procès, mais aussi comprendre que de nombreux Afro-Américains sont encore victimes de discrimination raciale.

Bien que le fédéralisme américain assure le verdict de la Floride, le gouvernement fédéral, par le biais de la police fédérale américaine – le FBI peut aussi enquêter, en invoquant le cordon d’alimentation familier dépeint dans les films. Lorsque l’État local a failli à sa mission d’assurer le niveau de garanties des droits de la personne qui, dans le langage technique est appelé Principe des droits de l’homme non régressifs, l’Etat central doit intervenir.

Le discours du président, sur le sujet le plus évité, montre la violence quotidienne des grandes villes, vis-à-vis des minorités ethniques et des immigrants. Et en affirmant: « J’aurais pu être Trayvon Martin, il y a 35 ans. », le Président des États-Unis a également laissé entendre: qu’il y a trois décennies de cela, qu’il avait été lui-même poursuivi par agents de sécurité et il a vu des femmes garder leur porte-monnaie très serrés et retenir leur souffle quand il marchait à leurs côtés.

On ne saura jamais rien oublier pour avoir été soi-même victime de toutes sortes de profilages et du délit de faciès. Rien ne peut s’échapper de sa mémoire même après des décennies ou même en étant devenu président de la nation la plus puissante au monde, quand il s’agit du racisme qui rend l’existence humaine plus laide que ce qu’elle est.

Thélyson Orélien


Jusqu’à ce que la vie nous sépare

Et si on parlait de l’amour…

Si la nouvelle génération à laquelle nous appartenons se lance avec enthousiasme dans des expériences nouvelles, l’ancienne elle semble s’accrocher de plus en plus aux formes du passé. On peut avancer à coup sûr que la majorité des gens refusera de jeter par-dessus bord la notion conventionnelle de l’amour, ou la structure familiale traditionnelle. Des gens continueront sans aucun doute à chercher le bonheur au sein des shèmes orthodoxes. Et pourtant eux aussi finiront par être acculés à des innovations, car les chances de succès de la voie habituelle seront infirmes.

La norme que la nouvelle génération réfute en partie, veut que deux jeunes gens se rencontrent et se marient, elle veut aussi qu’ils soient de sexes différents, et cela implique que chacun satisfait certains besoins psychologiques de l’autre et que leurs deux personnalités évoluent plus ou moins parallèlement au fil des ans, si bien qu’ils puissent continuer à se servir mutuellement de soutien. Cela suppose en outre que le processus ne s’interrompe que lorsque la mort les séparera. Peu importe la situation, on s’en fout ; parce que, c’est ce que demande la maudite norme autoritaire et rétrograde.

Ces idées sont ancrées profondément dans notre culture, à tel point qu’il n’est plus convenable, à la différence de ce qui se passait jadis, de se marier pour tout autre motif que l’amour. Celui-ci, qui était autrefois un souci marginal pour la famille, en est devenu la raison d’être. En fait, la poursuite de l’amour dans la vie familiale a été érigée par beaucoup de gens en idéal de vie.

L’amour, toutefois, s’il existe bien-entendu, se définit par rapport à cette notion d’évolution parallèle. On voit en lui un tissu merveilleux de besoins complémentaires, d’échanges réciproques, qui fait s’épanouir les amoureux et les remplit d’une douce sensation de tendresse, d’intimité et de dévouement.

Des partenaires d’un couple réussi, on dit qu’ils vont la main dans la main. Cette théorie de l’amour comme évolution parallèle est cautionnée par des conseillers conjugaux. Des spécialistes de l’amour ? Certains eurent à déclarer que la qualité du rapport entre deux conjoins correspond à la profondeur de leur accord au cours des différents stades de leur évolution personnelle. Deux cons-joints ?

Pourquoi l’amour doit-il réussir à tout prix ? Ne suffit-il pas qu’il soit juste vécu ? Néanmoins, si l’amour naît bien de cette progression en commun et s’il nous faut évaluer la réussite à la ressemblance des trajectoires des deux partenaires, on peut prédire avec certitude une sombre destinée au couple amoureux.

On peut démontrer que, même dans une société plus ou moins stagnante, les chances mathématiques de réalisation de cet idéal sont des plus restreintes. Toutefois elles dégringolent radicalement quand le rythme de transformation de la société s’accélère, comme c’est actuellement le cas. Dans un monde fluctuant, où la position sociale et économique connaît sans cesse des hauts et des bas, où les ménages sont ballottés sans répit de maison en maison et de communauté en communauté, où les gens affirment plus ou moins ouvertement leur orientation sexuelle, où les individus s’éloignent de plus en plus de leurs parents, de leur religion d’origine et des valeurs traditionnelles, ce serait presque un miracle que deux personnes réussissent à évoluer à une vitesse plus ou moins comparable.

Si en même temps l’espérance de vie moyenne passe de 48 à 79 ans dans certains pays techniquement développés, soit une hausse de 65%, et que par conséquent s’allonge autant le laps de temps pendant lequel est censée se perpétuer la prouesse acrobatique représentée par une évolution parallèle, les probabilités d’échec font un bond astronomique. Avec une retenue mi-figue mi-raisin, j’ose dire: vouloir que dans les conditions actuelles que l’amour, le mariage ou une simple liaison ami-amant dure indéfiniment, c’est beaucoup demander.

Derrière les taux de divorce et de séparation extrêmement élevés qui caractérisent les sociétés technologiquement avancées, c’est cette mutation des chances statistiques de l’amour que l’on retrouve. Plus le rythme du changement est rapide et plus longue est la vie, moins ces chances sont nombreuses. L’ancienne volonté de la permanence doit forcément craquer. Attendre que l’amour dure beaucoup, qu’il dure indéfiniment, c’est demander encore bien davantage, quand l’éphémère et la nouveauté de notre époque sont ligués contre lui.


Venezuela : Un Chavisme sans Chávez

Nicolás Maduro, successeur désigné de Chávez.
Nicolás Maduro, successeur désigné de Chávez.

CARACAS — Ancien vice-président vénézuélien et président par intérim Nicolás Maduro, dont le défunt président Hugo Chávez avait nommé comme son successeur préféré avant sa mort, a remporté l’élection présidentielle du 14 Avril 2013, mais il l’a fait en beaucoup moins que les sondages avaient présagé qu’il le ferait. À même une semaine plus tôt, certaines études avaient suggéré une marge de victoire de 14 pour cent.

Nicolás Maduro, un membre du Parti Socialiste Unifié du Venezuela, ancien chauffeur d’autobus et négociateur syndical pour agir au nom du Pôle patriotique, Grande coalition formée par une dizaine de partis de gauche et nationalistes au Venezuela, a battu au suffrage universel son plus proche rival, Henrique Capriles de la Table Ronde de l’Unité Démocratique, par 50,66 pour cent à 49,07 pour cent des voix.

Le taux de participation, 78,7 pour cent des 19 millions d’électeurs du pays, a été légèrement inférieur à ce qu’il avait été dans l’élection du mois Octobre 2012, qui a vu Hugo Chávez élu pour un quatrième mandat consécutif avec une marge retentissant de 11 points de pourcentage, Hugo Chávez le porte-étendard du socialisme latino-américain, était déjà malade à l’époque avant de mourir finalement du cancer le 5 Mars dernier.

Maintenant Henrique Capriles a allégué des irrégularités et a refusé de concéder. Exigeant un recomptage des votes, il a rejeté un document avant la course du Conseil électoral qui l’aurait obligé d’accepter le résultat quel qu’il soit. Les enjeux sont très élevés dans ce pays pétrolier, et bien qu’il détient de fortes convictions, le nouveau président vénézuélien n’a pas le charisme de son prédécesseur.

Nicolás Maduro a mené une campagne en lambeaux tout en surfant sur la notoriété de son commandant dans laquelle il a même dit que l’esprit de Chávez lui a rendu visite en forme d’oiseau. Henrique Capriles, pour sa part, veut mettre fin une fois pour toute à la révolution bolivarienne et au Chavisme, même s’il a transformé la vie de millions de pauvres vénézuéliens. L’élite vénézuélienne principalement blanc aimerait aussi revenir au bon vieux temps, ce qui n’est pas une chose facile à atteindre.

Hugo Chávez, le maître à penser du Chavisme et ancien président du Venezuela, de son vivant avait nationalisé la compagnie pétrolière Petróleos en imposant aux majors pétrolières transnationales de payer au pays 16 pour cent de leurs redevances pétrolières qui vont directement aux soins de santé, à l’éducation et au logement. Aujourd’hui un tiers des Vénézuéliens bénéficient une éducation financée par l’État y compris l’enseignement universitaire et la pauvreté absolue est en baisse de 40 pour cent à 7,3 pour cent.

Toutefois, la corruption et la criminalité violente constituent un fléau continuel et l’inflation est en hausse de 22 pour cent du fait que les recettes fiscales sont maintenant presque égales aux recettes pétrolières, pourtant il était de 27 pour cent en 2010. La machine socialiste une fois repartie, le soutient populaire autour du Chavisme ira bien au-delà de cette élection au sommet et c’est de plus en plus sûr qu’il ne sera pas facile de l’arrêter.

Thélyson Orélien