Thélyson Orélien

Des écrivains haïtiens saluent Dany Laferrière l’immortel…

Il remplacera au fauteuil l’auteur d’origine argentine Hector Bianciotti, décédé en juin 2012. L’écrivain né en Haïti Dany Laferrière a été élu jeudi à l’Académie française au fauteuil de l’auteur d’origine argentine Hector Bianciotti, décédé en juin 2012, a annoncé l’institution dont les statuts n’imposent aucune condition de titre ni de nationalité.

Le nouvel immortel a été élu au fauteuil 2 au premier tour par 13 voix sur 23, a précisé l’Académie, fondée par Richelieu en 1635, chargée de veiller au respect de la langue française et d’en composer le dictionnaire. Très solidaires, des écrivains haïtiens saluent ce triomphe.


« Notre citadelle a démontré sa force à poursuivre avec une volonté inébranlable son chemin dans la galaxie littéraire. Il est devenu immortel notre Laferrière. Bravo Dany! »

Gary Victor


« L’élection de l’écrivain Dany Laferrière au sein de l’Académie française montre combien cette institution a cessé d’être un lieu clos pour devenir de plus en plus un champ ouvert au métissage culturel et à l’universalisme. Bravo Dany. »

Frankétienne


« Avec Dany Laferrière, l’Histoire entre à l’Académie française de manière singulière et belle. »

Kettly Mars


« Dany à l’Académie française? L’itinéraire, depuis les premières tentations d’écriture au Petit Samedi Soir, d’un ton léger, d’une prose alerte, désinvolte, pleine d’humour, qui n’a cessé d’être une particulière histoire de style dans notre littérature pour dire la trame d’une vie et… enchanter une expérience d’Homme. »

Jean-Claude Fignolé


« Quelle bonne nouvelle! Du Carré Saint-Louis en passant par Petit-Goâve, la francophonie se réjouit de l’élection de Dany. Depuis plus d’une trentaine d’années, Dany Laferrière travaille à bâtir des ponts. Entre l’Amérique, l’Europe et l’Afrique. Entre le Québec et la francophonie des Amériques, particulièrement Haïti. La contribution exceptionnelle de l’homme de lettres québécois est à la hauteur de cette reconnaissance. Montréal salue aujourd’hui l’un de ses enfants chéris. À titre de président du Conseil municipal de Montréal et poète, je tiens à féliciter l’auteur du Journal d’un écrivain en pyjama. »

Franz Benjamin


« Ah, le dernier titre de l’immortel Dany Laferrière Journal d’un écrivain en pyjama! Quelle heureuse prémonition! Il y a là une vraie litote, un euphémisme caché. Il fallait carrément dire Journal d’un écrivain en habit vert. »

Jean-Robert Léonidas


« Sacré Dany! Tu seras comme un poisson dans l’eau, je le sais. Merci d’être une fierté pour nous. »

Anaïse Chavenet (Communication Plus, Haïti)


« Dany Laferrière : bayaond, chou-palmist, zaboka, diriakdyondyon, kenskof, fursy, citadel-laferièr, peyipam, koté m’fèt, kalite, elegans, umanite, espwa, grandè, diyite… Lespri li se tambou kap bat! Se pipirit chantan! Se demen kap leve! Kenbe Dany, kenbe fèm! Ou toujou ap fèm sonje kamarad Jak Alexi. Mèsi pou peyi a.

***

Dany Laferrière, une part immense de mes rêves pour Haïti. Dès que j’entrevois sa silhouette, dès que j’entends le son de sa voix, je suis dans le pays, en charge de sa désespérance et de ses espoirs mêlés. Dany, tambour dont les rythmes descendent des mornes, empruntent les ravines et inondent les pages de nos rêves, de nos espoirs, de notre Histoire. Je mêle ton nom à ceux de mes guides proches, Roumain, Alexis…»

Gérald Bloncourt 


« Je viens d’entendre la confirmation de la bonne nouvelle, notre Dany Laferrière à nous, fait son entrée triomphale à l’Académie française. Quelle belle consécration! Et je ne veux pas laisser cette journée se terminer sans adresser mes félicitations à Dany. En saluant son œuvre, son intelligence, son parcours, son courage; de ce beau cadeau qu’il nous fait. En effet, je suis très heureux et je place beaucoup d’espoir en Dany qui va certainement faire notre fierté à tous et à toutes. Le premier académicien en pyjama. »

Thélyson Orélien


« J’ai beaucoup pensé à toi ces temps derniers : Au cri des oiseaux fous, à l’énigme, aux petites touches, à tous les chatouillements de cette écriture sobre, empreinte de tendres émotions, alliant la lucidité du soleil à la douceur enveloppante de la lune. Dans ces contrées du Nord, l’automne se déroule dans la douceur avant de s’ouvrir sur la mélancolie; l’hiver, le temps du retrait, du repliement est aussi celui de l’intimité; le printemps ravive l’espérance tout en anticipant la folie; l’été bascule dans l’effervescence et la démesure; mais en toute saison la poésie ne perd pas ses droits. »

Claude Moïse


« Dany c’est d’abord et avant tout l’enfant de Petit-Goâve qui, entre odeur du café, tendresse et légendes, sourit encore sous la peau du nègre prêt à faire l’amour sans se fatiguer pour exister, traverse l’Amérique avec une légèreté feinte, quand il ne s’alanguit pas auprès de jeunes filles dévoreuses au cœur de Port-au-Prince et de ses faubourgs. C’est encore l’enfant espiègle qui se fera japonais pour nous rappeler que l’encre est la plus belle demeure d’un écrivain avant de marquer une pause érudite et tranquille en pyjama. Et puis, il y a l’énigme de celui qui revient, subtil miroir pour moi qui entre allers et retours vit l’énigme d’habiter. »

Yanick Lahens


« Il n’y a pas longtemps tout un collier d’enfants à fait le tour d’une ville pour couronner le roi Dany. L’Académie française a compris le message. Une bande d’enfants entoure la grand-mère Da pour lui dire que son garçon est une citadelle. La littérature est déverrouillée par la joie, Haïti a décrété une fois pour toutes, que monsieur Laferrière est une citadelle. »

James Noël


« L’élection de Dany Laferrière à l’Académie française est une bonne nouvelle pour cette merveilleuse littérature qui persiste à provoquer la rencontre des humanités francophones, d’Haïti à la France en passant par le Québec. »

Jean-Euphèle Milcé


« Sacré Dany! C’est une créature des sommets. Ce n’est pas pour rien qu’il porte fièrement le nom de cette place forte, Laferrière, que le roi bâtisseur a perchée comme un défi au sommet du Bonnet à l’Évêque. De sommet en sommet, le voilà parmi les immortels qui veillent sur la prestigieuse langue française. Après avoir fui la terreur de Duvalier pour sauver sa peau, immortalisé sa grand-mère Da et le village de ses premiers pas, Petit-Goâve, pouvait-on attendre moins de ce citoyen du monde? »

Verly Dabel


« J’ai reçu l’information concernant la candidature de Dany à l’Académie française alors que j’animais un débat à la FOKAL. J’ai l’ai partagée avec la salle. Un monsieur s’est mis debout, la main sur le cœur et a répété plusieurs fois « Map priye pou li ». Ce monsieur avait su traduire toute l’émotion qui me traversait alors, moi qui ne prie jamais. La salle aussi a dû ressentir la même chose, le public a applaudi pendant plusieurs minutes. C’est avec la même ferveur que j’accueille son acceptation à l’Académie. Dany est un miracle de générosité, de talent, d’amitié. Son succès est toujours celui de nous tous… »

Emmelie Prophète


« Dany Laferrière à l’Académie française. C’est un moment heureux et inattendu dans une relation vieille de plus de six siècles avec les peuples nés de la première implantation française sur le continent américain. Les nations haïtienne et québécoise dont se réclame Dany Laferrière ont maintenu et cultivent un rapport amoureux, frondeur et décalé, donc original, à la langue et à la culture française. Dany Laferrière les représentera excellemment dans la vieille maison du quai de Conti. »

Hérard Jadotte (Éditeur, Port-au-Prince, Haïti)


« Felisitasyon vye frè mwen. Mwen konnen anpil moun pral di : sa se yon gwo onè pou ou. Men pou mwen, se yon gwo onè pou Akademi yan. Ak men m lanmou an, kenbe la, pa lage. »

Edwidge Danticat


« Nous n’avons pas seulement porté un cercueil ensemble (Gasner Raymond), le premier exemplaire de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, je l’ai donné à un inconnu curieux dans un vol entre Montréal et Mexico, sans oublier la bonne soupe de Maggie les dimanches d’exil en regardant Eisenstein et Fellini. »

Michel Soukar


« Dany, tu es notre boussole.
Honneur et respect, cher maître. »

Fouad André


« Je suis très heureux pour Dany. Son élection à l’Académie française vient couronner le travail de toute une vie. À travers lui, c’est aussi, d’une certaine façon, Haïti qui est distinguée. Bravo Dany.

Louis-Philippe Dalembert


« En partant pour l’exil un jour sombre des années 1970, Dany Laferrière emporte pour tout bagage un imaginaire tropical nourri de souvenirs, source inépuisable d’une écriture féconde, et une intelligence du cœur ouverte à tous les vents froids des bourrasques d’hiver. Et voilà qu’en quarante ans, son «autobiographie américaine», mélange de tendresse, d’humour, de culture et d’ouverture sur le monde, ses publications diverses, ses prix prestigieux et autres distinctions lui ouvrent les portes de l’Académie française. Comment ne pas en être fière et le dire au nom de tous ceux, toutes celles qui l’ont lu et le liront désormais. »

Michèle Duvivier Pierre-Louis, présidente, Fondation connaissance et liberté-FOKAL


Dany Laferrière, écrivain né en Haïti et nouvel immortel de l’Académie française

HAUTE DISTINCTION : Il « remplacera » au fauteuil l’auteur d’origine argentine Hector Bianciotti, décédé en juin 2012

L’écrivain né en Haïti Dany Laferrière a été élu jeudi à l’Académie française au fauteuil de l’auteur d’origine argentine Hector Bianciotti, décédé en juin 2012, a annoncé l’institution dont les statuts n’imposent aucune condition de titre ni de nationalité.

Le nouvel immortel a été élu au fauteuil 2 au premier tour par 13 voix sur 23, a précisé l’Académie, fondée par Richelieu en 1635, chargée de veiller au respect de la langue française et d’en composer le dictionnaire.

Parmi les autres candidats à l’immortalité, un prétendant a surpris les vénérables qui lui ont accordé une voix: un lycéen de 15 ans, Arthur Pauly. « Imaginons, en faisant un grand effort, que je sois élu, je deviendrais immortel à 15 ans! Ne serait-ce pas merveilleux? » avait écrit le jeune Arthur, passionné de littérature, dans sa lettre de candidature, acceptée par les habits verts.

L’âge limite pour poser sa candidature sous la Coupole est depuis 2010 fixée à 75 ans. Mais il n’y a pas d’âge minimum.

Né à Port-au-Prince en Haïti le 13 avril 1953, Dany Laferrière, né Windsor Klébert Laferrière, est un grand intellectuel, écrivain et scénariste, qui vit entre Miami, Montréal et Port-au-Prince (d’ailleurs c’est à Port-au-Prince qu’il a vécu le tremblement de terre en 2010, et c’est à Port-au-Prince qu’il a reçu l’annonce de sa nomination à l’Académie Française en 2013). Son écriture privilégie le style autobiographique. Il a reçu le prix Médicis 2009 et le Grand Prix du livre de Montréal pour son roman « L’Enigme du retour », qui raconte son retour en Haïti, à la suite de la mort de son père, exilé lui-même dans les années 1960 par Papa Doc, le père de Jean-Claude Duvalier.


Nelson Mandela : un révolutionnaire emblématique

Le dernier grand homme d’État de l’Afrique

Le monde a perdu un leader, l’une des plus grandes figures du 20e siècle s’est éteinte. Nelson Mandela est le révolutionnaire qui a réussi à mettre fin à l’une des pires ségrégations raciales institutionnalisées au monde. Dernier grand homme d’État de l’Afrique, Mandela a présidé une transition démocratique et s’écarta du pouvoir après un seul mandat.

Armé seulement de dialogue, il a conduit la plus grande réconciliation que l’Afrique du Sud n’ait jamais eue, en évitant le match revanche contre les blancs qui avaient créé le désagréable système de l’Apartheid et l’effondrement économique de son pays.

Avocat comme beaucoup d’autres défenseurs de la liberté et de la pluralité, sous son égide, il a réussi à sauver la nation Arc-en-ciel d’une descente à l’effusion de sang, en démantelant l’héritage institutionnel de l’apartheid et du racisme par le biais d’une Commission de vérité et réconciliation qu’il a nommée et qui aurait été à la hauteur des réponses concluantes aux atrocités de l’époque.

Peu de dirigeants sont devenus unanime comme Nelson Mandela. La sacralisation de l’ancien président sud-africain est terminée. Sa persévérance, sa vision, sa générosité, sa méthode de réconciliation, il passe le test le plus difficile que la vie a imposé. Personne ne doute que l’Afrique du Sud d’aujourd’hui est le résultat du génie de Mandela.

Le militant révolutionnaire

Mandela était un combattant, un guerrier anti-apartheid à une époque où le gouvernement afrikaner des Blancs d’Afrique du Sud était un allié de l’Occident dans la guerre froide. Il a été considéré, jusqu’à une date récente (1990), les Etats-Unis et le Royaume-Uni, comme un abominable terroriste sur la liste noire et demonisée, même après la suppression de son mandat présidentiel. Si, aujourd’hui, les puissances occidentales et tous les politiciens rendent hommage à l’homme qui symbolise la lutte anti-apartheid, il faut savoir que tout le monde n’était pas d’accord avec lui sur son voyage aujourd’hui encensé. Sa longévité, couplé avec sa lucidité, lui a permis d’assister à la sédimentation de plusieurs de ses positions salué aujourd’hui.

Dans les années 50 Mandela a essayé de se battre contre les dures et violentes oppressions du régime ségrégationniste et xénophobe du pays, en coordonnant des campagnes de boycottage contre des cibles militaires et gouvernementales et la planification d’une éventuelle guérilla, conformément au droit à la résistance face à l’oppression étatique, reconnu par les lois de l’autodétermination des Nations-Unies. Il a affirmé qu’il espérait faire tomber le gouvernement oppressif afin de reconstruire le pays sur la base de la démocratie, de la liberté, et surtout de l’égalité.

Nelson Mandela a participé activement à la vie politique dans la trentaine, menant des campagnes de désobéissance civile entre 1952 à 1955. Il fut arrêté en 1962 après avoir été en fuite pendant 17 mois. Accusé de sabotage et de tentative de renversement du gouvernement, il a été condamné à la prison à vie dans le Robben Island. Alors que lui et d’autres dirigeants du Congrès National Africain (ANC) étaient en prison, les jeunes Sud-Africains ont continué à se rebeller contre le gouvernement de l’Apartheid. Ce n’était jusqu’en 1990 que le changement est finalement arrivé en Afrique du Sud.

« J’ai combattu la domination blanche et j’ai combattu la domination noire. J’ai prôné un idéal de société libre et démocratique, dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie avec les mêmes opportunités. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et agir. Mais c’est un idéal pour lequel, si c’est nécessaire, je suis prêt à mourir » plaidait Nelson Mandela lors de son procès.

Mandela a été libéré après 27 ans de son emprisonnement, puis des pourparlers pour former une démocratie multiraciale ont été envisagés. Trois ans plus tard, il a reçu le prix Nobel de la Paix. Depuis qu’il a quitté son poste de président en 1999, Nelson Mandela a consacré le reste de sa vie à mettre fin à la pauvreté et aider à résoudre les guerres et les conflits en Afrique.

L’héritage de Nelson Mandela

La mort de Mandela vient au moment où l’ANC se prépare à une élection qui pourrait voir sa part du vote chuter, illustrant le mécontentement rampant des Sud-Africains. L’ANC, ce parti que Nelson Mandela a rejoint en 1943 et qu’il a par la suite mené à la victoire par les urnes, a longtemps utilisé le nom de Nelson Mandela afin de consolider sa position en tant que parti naturel de gouvernement.

Mais, le plus grand héritage que Nelson Mandela nous laisse est le trésor des valeurs humaines dont l’ensemble de notre humanité peut en tirer des leçons et de l’utilisation. Il a démissionné après un seul mandat à la présidence de son pays. Malgré son incarcération de plus de 25 ans par le régime raciste blanc, il ne portait pas de mauvaise volonté ou du ressentiment envers ses oppresseurs.

Il était un grand rassembleur avec un manque remarquable d’amertume et un être humain rare qui s’est efforcé d’élever le niveau de l’humanité. C’est un homme qui a inspiré des millions de personnes. Il a fait son devoir pour son pays et pour son peuple, avec : « un idéal de société libre pour lequel il était prêt à mourir. »

En retirant son pays sur le rail des horreurs de la ségrégation raciale et de l’apartheid, Mandela a gagné une grande place dans l’Histoire de l’humanité et son exemple restera inégalable. À un moment donné passerelles, ponts, quartiers, écoles, clubs, tout était de séparer les Noirs et les Blancs. Si un blanc voulait se marier avec un noir, il devrait renoncer à son statut de blanc, et le droit de ne pas se prêter à cette fiction commode.

Au moment où le monde pleure la disparition de Mandela, il convient de noter ses convictions, qui contredisent souvent aux intérêts du chef.

J’admire tout ce qu’il a accompli, d’abord en tant que manifestant et révolutionnaire, puis comme président de la réconciliation et philanthrope. J’admire sa force, son courage, et sa capacité à ne jamais abandonner.

C’est un vrai battant qui a mené un bon combat pour la liberté et l’égalité. Et même s’il a été enfermé en prison pendant 27 ans, son parcours servira de source d’inspiration pour le monde entier. Ses réalisations et ses mots inspireront toujours des hommes et des femmes. De génération en génération, il restera une boussole morale pour l’Humanité.

Thélyson Orélien


L’Europe à travers les Destins de Leonarda et Maria

Par Thélyson Orélien

Deux événements récents ont mis en lumière des situations tragiques impliquant deux jeunes filles, Leonarda et Maria, et ont suscité une réflexion profonde sur les problématiques sociales et humaines dans l’Europe contemporaine.

Leonarda brune, Maria blonde

La première histoire concerne Leonarda, une adolescente de 15 ans. Son expérience douloureuse a commencé lorsqu’elle a été arrachée à une sortie scolaire et expulsée de France, le pays où elle a grandi, vers le Kosovo. Cette situation était d’autant plus tragique que Leonarda n’avait jamais vécu dans ce pays des Balkans, bien que son père y soit originaire. L’expulsion de Leonarda a provoqué une vague d’indignation parmi les écoliers français et a touché le cœur de nombreux citoyens.

La vie de Leonarda et de sa famille est complexe et marquée par la dispersion. Son frère vit en Ukraine, tandis que sa sœur réside en France, mais est née, tout comme elle, en Italie. La famille comprend également d’autres frères et sœurs plus jeunes, répartis entre différents pays, reflétant un mélange de cultures et d’identités. Le président français de l’époque, en réponse à cette situation, a proposé à Leonarda de revenir seule en France pour terminer ses études. Cependant, fidèle à sa famille, elle a refusé cette offre, insistant sur le fait que son retour ne serait envisageable qu’avec ses proches.

De l’autre côté, nous avons l’histoire de Maria, une petite fille de 4 ans surnommée « l’ange blond ». Elle a été retrouvée dans une famille à Farsala, en Grèce, ce qui a soulevé des soupçons sur son identité et son bien-être. Les enquêtes ont révélé que Maria est la fille de parents roms bulgares vivant dans une pauvreté extrême. La complexité de sa situation est soulignée par des allégations selon lesquelles sa mère aurait été contrainte de la vendre en raison de difficultés financières. Cette affaire, actuellement en cours d’investigation à Athènes, met en lumière les défis auxquels sont confrontées de nombreuses familles dans des situations de pauvreté extrême.

L’Europe du 21e siècle

Ces drames se déroulent dans une Europe qui se veut moderne et avancée, loin de l’imaginaire des siècles précédents marqués par la pauvreté et l’exclusion. C’est une Europe qui se vante de son développement économique et humain et de ses avancées technologiques, y compris dans l’exploration spatiale. Pourtant, cette même Europe connaît une montée des extrémismes et une érosion du rêve européen, notamment pour certaines communautés marginalisées.

Les Tsiganes, en particulier, continuent de faire face à des défis uniques. Historiquement nomades, beaucoup ont été forcés de se sédentariser, mais restent incapables de s’intégrer pleinement dans les sociétés où ils vivent. Ils représentent un groupe unique, vivant une réalité à la fois archaïque et futuriste, sans attaches territoriales solides.

Les Tsiganes, une communauté en marge

L’histoire des Tsiganes et des Juifs au XXe siècle présente des parallèles troublants. Tout comme les Juifs, les Tsiganes ont été persécutés et déplacés de force, partageant un sort similaire de souffrance et d’exclusion. Les lois de Nuremberg, appliquées par les Nazis, ont également ciblé les Tsiganes, les reléguant à un statut inférieur et les exposant à de terribles violences et persécutions.

Des événements comme la « Semaine de Nettoyage Gitan » en 1938 et l’utilisation tragique du gaz Zyklon B sur des enfants roms dans le camp de concentration de Buchenwald en 1940 sont des témoignages accablants de cette époque sombre. Alors que les Juifs ont finalement fondé Israël, offrant un refuge et une identité nationale, les Tsiganes n’ont pas eu cette opportunité. Ils restent, à ce jour, parmi les plus marginalisés et les plus vulnérables en Europe, souvent confinés dans des ghettos ethniques, comme ceux où vivent les familles de Maria et Leonarda.

Ces récits de Leonarda et Maria, ainsi que le sort historique des Tsiganes, rappellent que l’Europe, malgré ses progrès, fait face à des défis persistants en matière de droits humains et d’intégration sociale. Ils soulignent la nécessité d’un engagement continu pour garantir l’équité et la justice pour tous ses citoyens.


Lancement de IntranQu’îllités II : Une Revue de grande magnitude au Salon du Livre de Montréal

" Une bonne revue … ça se mange ! " Dany Laferrière, à Saint-Malo
 » Une bonne revue … ça se mange !  » Dany Laferrière, à Saint-Malo

Lancement de la Revue IntranQu’îllités II, le samedi 23 novembre 2013 à la Place Bonaventure (Stand 617, de 17:00 à 18:00 UTC-05) avec James Noël, Dany Laferrière, Thélyson Orélien, Andrée Levesque, Yanick Lahens, Rodney Saint-Eloi, Michel Vézina, Stéphane Martelly, Madeleine Monette, Laure Morali, Frantz Benjamin. 

Une Revue de grande magnitude

Peuplée de 150 contributions et répartie en 9 rubriques diversement synchronisées, la revue IntranQu’îllités est une boîte noire qui capte et rassemble les mouvements, les vibrations et autres intranquillités créatrices de notre temps. « Nous avons pris, feuille par feuille », écrit James Noël, « le contrôle de tous nos moulins à vent ». La figure de Borges et celle du Che hantent ce labyrinthe traversé par tous les vents du monde. Les thèmes sont abordés prioritairement par le prisme d’une sensibilité frémissante, avec des créateurs d’horizons divers et d’expressions artistiques différentes. La revue IntranQu’îllités vient d’une Haïti qui, toutes voiles dehors, s’échappe vers des rives inédites.

Ananda Devi, René Depestre, Adonis, Ramón Chao, Dany Laferrière, Mathieu Belezi, Ben Foutain, Vénus Khouri-Ghata, Gabriele Di Matteo, Hubert Haddad, Bernard Noël, Coskun, Fabian Charles, Souleymane Diamaka, Préfète Duffaut, Fanette Mellier, Pia Petersen, Jean-Luc Marty, Yahia Belaskri, Rodney Saint-Eloi, Barbara Cardone, Pierre Soulages, Julien Delmaire, Mathieu Bourgois, Marvin Victor, Pascale Monnin, Michel Vezina, Arthur H, Thélyson Orélien et cent autres voleurs de feu, ont réussi le pari d’une grande fête des imaginaires.

Les médias en parlent

« Il existe une revue littéraire et artistique haïtienne de la qualité de la revue XXI et qui n’est pas réservée aux purs poètes mais s’adresse à tous ceux qui sont sensibles au dialogue des imaginaires, dans l’esprit d’Edouard Glissant. »

« …les textes s’entremêlent comme autant de cartographies intimes et, de leur rencontre avec les images, surgissent d’inattendues gerbes de sens : une mise en mouvement parallèle de l’écoute et du regard, un appel à n’en pas finir avec les mots, les formes, les couleurs… » extrait de l’article « Archipel du sensible » de Anne Guérin-Castell sur le site de Médiapart. La revue IntranQu’îllités est le coup de cœur d’Anne Bocandé, rédactrice en chef d’Afriscope, le 3/6/2013

Dans la petite liste de nourritures spirituelles à consommer, sans date limite, de Karin Cherlonheix de Ouest-France, lors du Festival Etonnants Voyageurs : « L’Haïtien James Noël avait lancé ici l’an passé une revue mêlant les arts. Il revient avec le n° 2 d’Intranqu’îlités. Textes créés spécialement par Dany Laferrière, Yahia Belaskri, Arthur H, Lieve Joris, des poèmes, des tableaux, des dessins, des photos. Ces 240 pages inclassables sont un objet rare.»

Juste un an après le premier, voici le deuxième numéro de la revue littéraire et artistique IntranQu’îllités. Elle vient d’une Haïti qui, toutes voiles dehors, s’échappe vers des rives inédites. Elle se veut d’abord une poétique et un art de vivre . Cette revue annuelle s’inscrit à contre-courant de l’actualité et l’immédiateté. Les fondateurs de la revue, James Noël (écrivain) et Pascale Monnin (artiste) ont eu a cœur de proposer une forme de boîte noire de l’imaginaire, afin de capter des vibrations dans les zones de hautes turbulences de la création. La revue privilégie le mariage de différentes expressions artistiques, sans aucune frontière de genres. Ce beau rêve est rendu tangible par une vision poétique du monde, livrée au fil des pages intranquilles de la revue qui est par-ailleurs, un espace convivial où se côtoient plusieurs générations de créateurs de tous horizons et de disciplines confondus.

Par Revue IntranQu’îllités 


Quel cirque que ce pays d’Haïti !

Par Thélyson Orélien

Mais comment parler de Justice, quand les juges ont peur de rendre justice? Quand des potentats de la Police nationale sont de mèche avec des bandits?

Comment oserait-on parler de Progrès quand on traîne le population dans la boue, dans le black-out total ? Comment parler de Développement quand la faim tenaille les intestins de la majorité de la population? À entendre les dirigeants haïtiens, on risque d’avoir l’impression que tout est réglé en Haïti.

Quelques bien-pensants vont juger que ce n’est pas nécessaire que j’en parle ici, sur Internet, surtout, qu’il ne faut pas mettre des entraves au beau projet de relance de l’industrie touristique du pays. Peut-être que c’est très réservé et prudent de boucher ses narines pour mieux avaler l’eau qui pue, mais il est aussi nécessaire de parler des vrais problèmes de ce pays, pour une fois au moins, sans peur ni crainte.

La Justice, le Progrès et le Développement sont de vains mots. Ils sont sans cesse avalés par la politique, l’insécurité, la pauvreté et l’insalubrité en Haïti. Selon l’Agence France Presse, plusieurs milliers de personnes ont encore manifesté, jeudi dix-sept octobre, dans les rues de la capitale, Port-au-Prince, et de la deuxième ville du pays, Cap-Haïtien, contre la faim, le chômage, et pour réclamer la démission du régime en place. Ces voix meurtries et sans voie, seront-elles écoutées, enfin?

Bientôt quatre ans après le tremblement de terre sans nom, on en rêve toutefois. Quatre ans après, Haïti est toujours à genoux, enfoncée jusqu’au cou, dans les sables mouvants de la misère et de l’insécurité. 1103 jours après le premier cas de l’épidémie importée des Casques bleus de la Mission onusienne en Haïti, quelle justice pour ces nouveaux pauvres? Il n’y a que celle des puissants.

Haïti est à genoux, et le gouvernement ne cesse pas de nous mentir sur tous les chiffres. Fêtant en grandes pompes, sur toutes les places publiques, les deux années de son accession au pouvoir. Pendant ce temps, se dresse à l’horizon, un bilan décevant, le taux d’emploi est passé de 5,6% en 2011 à 2,8% en 2013, et le président de la République, sans vergogne, a affirmé que 400 000 nouveaux emplois ont été créés. Mais où? La ministre des Finances, refusant de corroborer cette version mensongère a été mise à la porte.

La mauvaise gestion du projet Pétro Caribe bat de l’aile, et tous les projets éducatifs se réduisent à l’envoi de 6 000 000 d’enfants à l’école fondamentale d’ici 2016, pour une population totale de 10 413 211 habitants sur 27 750 kilomètres carrés. Le gouvernement revendique avoir déjà envoyé 1 288 956 enfants à l’école, on l’espère bien, mais l’enseignement universitaire est nettement négligé. Les chiffres parlent et ne mentent pas. Vive la statistique !

Le bilan du gouvernement Martelly-Lamothe ne répond pas aux aspirations du peuple haïtien, malgré carnaval sur carnaval et mariage princier pour séduire les yeux les plus naïfs. La manif de la semaine dernière le prouve.

Aujourd’hui, on nous parle d’élections. Des élections qu’on ne pourra pas contester, tant elles seront vraisemblables, tant elles auront l’air d’être potables. Des élections à venir, comme si ce sont elles qui doivent nous conduire au port de la Justice, du Progrès et du Développement. Je vous le jure mes amis-es, que ce jour-là, il y aura quelques 45 partis politiques engagés dans la course. 45 partis, de ceux qui s’y connaissent bien dans l’art d’entraver le fonctionnement du pays, de la Justice, du Progrès et du Développement.

Après les résultats, faudra-t-il bien se poser la question: la Justice, le Progrès et le Développement, avec quels acteurs? En Haïti, ils sont des centaines d’hommes et de femmes cravatés et costumés, malgré la canicule, à faire le guet devant un Bureau électoral pour s’inscrire et espérer devenir les acteurs du changement. Du vrai cirque, quoi ! Et c’est par ce moyen même qu’on a eu aujourd’hui, l’homme qui ne sait que chanter aux timons des affaires de l’État. Mais, pourquoi j’en parle?

Il n’y a qu’une chose qui soit sûre dans ce pays, c’est que les fonds publics seront tôt ou tard, expatriés un peu partout à travers le monde pendant au moins dix ans. Dix ans : un-zéro. Dix ans. Dix, ça porte malheur. Quelqu’un a osé en politique dire dix ans, il est parti la même année. Dix : un-zéro. Dix ans : deux mandats présidentiels. Les mandats, voici ce qui tient encore en vie notre pays, Haïti.

PS : Après ce que je viens de dire, ne croyez-vous pas, mes amis-es, que je mérite une prime d’assurances? 😉

Thélyson Orélien
parchipel@yahoo.ca

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PHOTO SWOAN PARKER, ARCHIVES REUTERS | Des manifestants anti-Martelly dans les rues de la 2e ville du pays, Cap-Haïtien.


Derrière le prix Nobel de la paix de l’OIAC

Par Thélyson Orélien

En décernant le Prix Nobel de la paix à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), le Comité Nobel norvégien a donné un autre coup de pouce dans l’objectif de débarrasser le monde des armes de destruction massive. 

En 2005, le Prix a été décerné à l’Agence internationale de l’énergie atomique. C’est tentant pour une organisation mondiale de rafler le Nobel, mais après tout, ce qui attend l’OIAC, organisme fondé en 1997 en tant que dépositaire de la Convention des armes chimiques, est un travail difficile: celui de surveiller la destruction des munitions chimiques de la Syrie. En vertu des termes du Traité de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC), 189 pays se sont donné pour objectif de détruire les armes chimiques dont ils disposent, au sein d’un calendrier précis.

Contrairement au Traité de non-prolifération des armes nucléaires, qui donne un statut spécial aux États-Unis, la Russie, la Chine, la France et la Grande-Bretagne, le CIAC est non discriminatoire. Malheureusement, le Comité Nobel a fait une triste observation lors de l’annonce du prix, dans un communiqué rendu public: « certains États ne sont toujours pas membres de l’OIAC. Certains autres n’ont pas respecté la date limite, fixée à avril 2012, pour détruire leurs armes chimiques. Cela s’applique en particulier aux États-Unis et à la Russie. »

Le désarmement est particulièrement mis en avant dans le testament d’Alfred Nobel. Les États-Unis, ainsi que la Russie n’ont pas encore détruit l’ensemble de leur arsenal d’armes chimiques. D’une part, l’ironie de tenter d’arracher un accord pour éliminer les stocks d’armes chimiques du président syrien exterminant son propre peuple, tout en étant en retard sur leurs engagements, semble échapper aux deux pays. Mais d’autre part, certains pays ont rempli pleinement leurs obligations découlant du traité, en éliminant complètement leurs arsenaux chimiques.

En plus de vivre leurs engagements en matière de désarmement, les grandes puissances doivent également s’assurer qu’il n’y a pas d’interférences avec le fonctionnement de l’OIAC. L’organisation s’appuie à la fois sur l’expertise technique et diplomatique pour atteindre ses objectifs.

Pourtant, elle a été entravée par des politiques partisanes du passé: dans la période qui a précédé l’invasion américaine de l’Irak, le diplomate José Mauricio Bustani, premier directeur général de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), a été mis à la porte lors d’une session spéciale en 2002.

C’est un secret de polichinelle que le diplomate brésilien a été congédié par l’OIAC sous la pression de l’administration américaine de George W. Bush, qui a vu en Bustani un obstacle majeur dans ses plans pour attaquer l’Irak.

Après avoir quitté l’organisation mondiale, Bustani est tranquillement retourné au service diplomatique brésilien. Étant donné que l’OIAC a reçu le Prix Nobel de la Paix vendredi dernier, le monde devrait au moins se rappeler du premier chef de l’Organisation qui aurait pu empêcher l’invasion de l’Irak en 2003.

Le rôle de l’OIAC en Syrie – compte tenu du temps limité dont elle dispose pour sa mission – va maintenant être mis en relief. Les enjeux sont élevés et l’Organisation doit avoir l’autonomie pour bien mener son travail, sans contrainte ni ingérence extérieure.

L’élimination rapide et efficace des armes chimiques de la Syrie permettrait de renforcer la confiance du monde dans le multilatéralisme et justifier le choix du Comité Nobel pour ce qui est sans doute le Prix le plus prestigieux de la planète.

Monde - Nobel de la paix à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques - 5
Infographie sur l’OIAC, qui vient de recevoir le Prix Nobel de la paix | PHOTO-AFP

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PHOTO: Reuters/Reuters – Le directeur général de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) Ahmet Üzümcü, à la Haye. Le prix Nobel de la paix 2013 a été attribué vendredi à cette organisation qui supervise la destruction de l’arsenal chimique syrien. /Photo prise le 11 octobre 2013/REUTERS/Michel Kooren 


Voyage dans le métro de Montréal avec Terra Nostra de Carlos Fuentes

Par Thélyson Orélien

Dans le Métro de Montréal je vous invite à faire ce voyage avec moi. Le temps a pour devoir de nous échapper et pour tout repère chronologique on retourne au temps de la signature de «Château rouge» le dernier album d’Adb Al Malik, rapeur-poète-slameur français que j’aime beaucoup et que j’écoutais quelques minutes plutôt. Comme lui je dirais : Ramons tous à la même cadence ! Sur la ligne verte, départ : station Honoré-Beaugrand – Est de Montréal.

La route s’annonce longue, mais douce, avec deux belles correspondances – Lionel-Groulx et Snowdon – et vous êtes avec moi, votre ami-lecteur qui a en main Terra Nostra, le plus grand des romans de Carlos Fuentes, une richesse immense empruntée de la Grande Bibliothèque Nationale du Québec, lors d’une semaine consacrée aux écrivains hispano-américains. Il est toujours bon de lire quelque chose de neuf, un souffle nouveau pour un peu plus de piment, enfin de la vraie diversité. Par ailleurs je dois renouveler le prêt, parce que cette ancienne parution des Éditions Gallimard datant de 1979 me paraît tellement volumineuse, en tout 829 pages bien remplies en petits caractères, et le temps me fait la guerre. Je n’en ai pas assez pour trop lire, mais je me fais ce pari. J’aime ça. Je m’adonne toujours à ce plaisir, cette joie, la joie de lire. Le livre est mon ami, il m’arrive souvent de dormir et de me réveiller avec un livre.

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Métro de Montréal

Ce n’est pas à moi de vous dire si je suis un bon lecteur ou pas. Mes livres je les fini toujours et j’aime ça les dévorer. Déjà, je suis à la page 511 et bientôt la 512ème. Vous y êtes ? Nous y sommes ! Et nous y sommes ici plusieurs mois avant le départ de Carlos Fuentes, soit le mardi 15 mai 2012. Il fut selon la critique, l’un des plus grands écrivains hispanophones de tous les temps, d’autres l’appellent, géant des lettres hispano-américaines du XXe siècle. Et oui ! Les grands écrivains ne sont pas forcément ceux qui ont remporté un Nobel ou ceux qui sont nobélisables comme on veut me le faire croire. Des fois cela fait que la littérature a tendance a perdre sa vraie valeur, son vrai sens par ceux qui se comportent trop souvent comme des véritables chiens enragés en quête de Prix Littéraires pour beefsteaks. La crise des distinctions.

La plume de Carlos Fuentes à plusieurs reprises me fait penser à celle de Jacques-Stéphen Alexis, le plus grand écrivain haïtien de tous les temps, ou à Victor-Lévy Beaulieu, le plus écrivains québécois vivant.

Notre voyage avec la Société de Transport de Montréal – STM, commence à partir d’Honoré-Beaugrand, pour ceux qui connaissent bien Montréal et le voyage littéraire se fait avec Terra Nostra, pour ceux qui ne connaissent pas Montréal mais au moins ont entendu parler de Carlos Fuentes. Ce voyage est très significatif pour nous, dans un sens symbolique; pour ceux qui se familiarisent plus ou moins avec l’histoire de ce Grand écrivain Hispanophone. Il est né au Panama en 1928, fils de diplomate, il poursuivi ses études au Chili, en Argentine et aux États-Unis. Ambassadeur du Mexique en France de 1975 à 1977, il avait longuement vécu à Paris auparavant et a enseigné aux États-Unis. Millénariste, érudit avec un aspect hallucinatoire, Terra Nostra ce maître livre de Carlos Fuentes scrute pourtant le passé hanté par les fantômes de Charles Quint, Philippe II et Charles II, dit l’«Ensorcelé», facette d’un personnage unique : le Monarque Éternel de toutes les Espagnes. Don Quichotte et Don Juan retrouvent dans ce chef-d’oeuvre une jeunesse commune, tandis que Jeanne la Folle continue à traîner le corps momifié de son bien-aimé époux d’un couvent de Castille à l’autre. Autour d’eux, une foule de figures-collages nous restitue l’histoire en même temps que le mythe : chefs du soulèvement paysan des «Communos», inventeurs d’hérésies, artistes et criminels, saints et fous de la mémoire vécue ou imaginée du monde hispanique. Il y a Célestine, violée par le Souverain le jour de ses noces, qui réapparaît – les lèvres tatouées, fille d’une louve et du Malin, compagne des trois bâtards marqués du sceau de l’Usurpateur, dont l’un fera le voyage initiatique vers les volcans du Nouveau Monde, comme nous allons le faire dans cet extrait :

gmLa place Tlatelolco s’emplissait de vie, d’agitation, de bruits, de musiques, de mille menues activités souriantes; certains donnaient forme à l’argile avec leurs mains, d’autres tissaient le chanvre, d’autres encore dansaient et chantaient; les orfèvres façonnaient avec art et habilité d’amusants jouets en argent : un singe qui bougeait la tête et les pieds et qui tenait dans la main une quenouille qu’il semblait filer ou une pomme qu’il avait l’air de manger; de patients artisans qui posaient et fixaient plume après plume, examinant chacune sous tous les angles pour voir si elle rendait mieux dans le sens du poil ou à contre-poil ou en biais, à l’endroit ou à l’envers, et qui avec une perfection extrême fabriquaient tout en plumes d’animal, un arbre, une rose; des enfants assis aux pieds de vieux maîtres; des femmes allaitant des nourrissons, d’autres préparant les nourritures du pays – la viande de cerf ou de daim, de lièvre, de taupe, du poisson – qu’on mangeait toujours enveloppées dans ce pain à pâte molle, rond et plat comme une omelette, au goût de fumée; des scribes, des poètes qui récitaient d’une voix forte ou tranquille des choses sur l’amitié, la vie brève, les joies de l’amour, le plaisir des fleurs; je sentis leurs voix toutes proches, j’écoutai ce matin là, mon dernier matin, leurs mots épars :

Mes fleurs ne cesseront…
Mon chant ne cessera…
Je l’élève…
Nous aussi nous élevons des chants nouveaux ici…
Les fleurs nouvelles sont elles aussi entre nos mains…
Grâce à elles nos amis se réjouissent…
Grâce à elles notre tristesse se dissipe…
Je réunis tes chants, j’en fais un collier d’émeraudes…
Pour t’en parer…
Sur cette terre ils sont ton unique richesse…
Mon cœur s’en ira-t-il aussi solitaire que les fleurs périssent?
Mon nom ne sera-t-il plus rien un jour?
Au moins les fleurs, au moins les chants…
Le vieillard me regarda écouter et regarder. Et lorsque enfin je tournai les yeux vers lui, en un sentiment mêlé de joie et de tristesse, il me demanda : Tu comprends?

Nous sommes à la veille de l’an 2000… de l’Amérique latine, il ne reste que terre ravagées par la publicité ou par des génocides et quelques réfugiés témoins de ce que fut la culture d’un continent. La Seine bouillonne, les flagellants investissent Saint-Germain-des-Prés. Des tours de Saint-Sulpice s’élèvent les fumés de l’holocauste, tandis que sur les quais les femmes de tous âges accouchent d’enfants mâles, tous marqués du sceau de l’Usurpateur : croix de chair sur l’omoplate et six orteils à chaque pied. Dans Terra Nostra, Carlos Fuentes se penche sur la naissance, la passion, la mort et la modification de la civilisation commune à son continent. Abolissant toute chronologie connue au profit du temps réel qui contiendrait tous les temps, Terra Nostra est le livre des cercles, des spirales convergeant en un seul lieu. Et ce n’est pas un hasard si Carlos Fuentes situe le début et la fin de son récit à Paris – Paris fut pour lui ce point exact de l’équilibre moral, sexuel et intellectuel entre deux mondes qui ont fait notre malheur… l’anglo-saxon et le latin.

Terminus !

J’ai fait le voyage dans Terra Nostra avec Carlos Fuentes, je lui rends hommage. Et je profite du même coup à vous inviter à faire pareil, et à mettre Terra Nostra parmi vos livres de chevet. C’est tout simplement un coup de cœur des vrais Classiques Latinos Américains. Un roman qui nous invite à une profonde quête de notre personnalité cachée. Un roman gigogne, où tout est signe, symbole et allégorie… On descend à la station de métro Université de Montréal, troisième arrêt de la ligne bleu, en direction de Saint-Michel à partir de Snowdon. Et nous allons laisser partir Carlos Fuentes dans son voyage sans terminus et sans arrêt.

Merci d’avoir fait ce petit voyage avec moi !

metromap
Plan du voyage en rouge: Sur la ligne Verte, Orange et Bleue